altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 14 juillet 2020

Reprise du Parsifal de Wagner mis en scène par Christoph Schlingensief et sous la direction de Pierre Boulez au festival de Bayreuth 2005.

Bayreuth 2005 (1) :
Parsifal à hue et à dia

© Jochen Quast / Bayreuther Festspiele

À l'été 2004, le nouveau Parsifal de Bayreuth engendrait un scandale mémorable sur la colline. Un an plus tard, quelques aménagements n'y changent rien : la production confiée à Christoph Schlingensief reste une aberration scénique, que ne parviennent à sauver ni la direction magique de Pierre Boulez ni un plateau bien faible.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 17/08/2005
Thomas COUBRONNE
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • R√©ouverture

  • Des t√©n√®bres √† la lumi√®re

  • R√©chauffement climatique

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Un an apr√®s l'√©chauffement des esprits suscit√© par le nouveau Parsifal de Bayreuth, on t√Ęche de gravir la Colline avec les id√©es larges. La mise en sc√®ne, qualifi√©e de monstrueuse par la presse locale en juillet 2004, allait-elle r√©ussir √† s'√©panouir apr√®s une ann√©e de maturation ? Que nenni ! Il faut conc√©der √† Schlingensief qu'il s'applique √† d√©passer la liturgie chr√©tienne au profit d'expressions plus primitives, plus violentes, plus chtoniennes du passage de la vie √† la mort, de la perdition √† la r√©demption. Seulement, l'id√©e ne suffit pas, il faut avoir les moyens de l'exposer ; c'est l√† que le b√Ęt blesse.

    Sans aucun signe fort pr√©dominant, on est vite noy√© sous un fatras inextricable d'objets, de travers√©es, de figurants qui parasitent le d√©cryptage ¬Ė d√©j√† ardu ¬Ė de la symbolique tr√®s personnelle du metteur en sc√®ne. Il y a bien longtemps qu'un s√©choir √† linge, une tente de scouts ou des masturbations r√©p√©t√©es ne choquent plus grand monde, mais devant la vacuit√© du propos et l'inintelligibilit√© de l'ensemble, on en vient presque √† regretter les productions √† la Wolfgang Wagner.

    Le d√©fil√© d√©risoire des personnalit√©s pseudo-¬úcum√©niques ¬Ė que fait Napol√©on parmi elles ? ¬Ė, les √©clairages sordides qui ne laissent presque rien voir d'une sc√©nographie par ailleurs fort laide, la volont√© de faire pacotille dans tous les accessoires et costumes, l'emploi embrouill√© jusqu'√† l'absurde des doubles et triples personnages ¬Ė avons-nous bien vu une vilaine doublure de Kundry √† lunettes emperruqu√©e de fuchsia ? ¬Ė √©vacuent tout myst√®re, toute puret√©, et jusqu'√† tout primitivisme.

    Quelle force √©vocatrice reste-t-il au lapin en tant que symbole de f√©condit√©, d√®s lors qu'il est en peluche ou promen√© dans une cage avec une petite mangeoire en plastique ? Que Parsifal paraisse au III dans un costume de Bugs Bunny, et l'expression de la gr√Ęce en prend un coup ! Et quel impact po√©tique √† la toge de Parsifal ointe de sang quand les fid√®les de Klingsor la font s√©cher, macul√©e d'aur√©oles tenaces ? La mention des insuffisances de la lessive de Montsalvat apporte-t-elle vraiment sa pierre √† l'√©difice ?

    Les sortilèges debussystes de la direction de Boulez

    En fermant les yeux, on pourrait pourtant presque se laisser aller au plaisir. Boulez prodigue des sortilèges de toute beauté, une direction aérée, cursive, frémissante à la moindre inflexion du discours harmonique, équilibrée et scintillante de timbres, avec des cuivres presque debussystes, une battue vivante, tranchante, réconciliant abstraction de la forme et netteté des entrelacs motiviques. Conception architecturale, ordonnée, riche d'éclairages multiples, relayée par un très bel orchestre du festival, toutefois un rien en-deçà de la fragilité lumineuse que le même Boulez avait tirée des Wiener Philharmoniker dans le Prélude à Paris en juin 2003.

    Mais pareil √©crin m√©ritait-il distribution si monochrome ? Et il ne s'agit pas ici de l'Amfortas soign√© d'Alexander Marco-Buhrmester, ne trahissant jamais la f√™lure profonde du roi bless√© mais nanti d'un timbre noble et d'une belle ligne ; ni de Michelle De Young, Kundry l√©g√®re, √† court de grave, de velours, de flamme, mais trouvant au moins assez de conviction pour √™tre s√©duisante et suggestive ; ni m√™me du Klingsor brutal et primitif de John Wegner, peut-√™tre le personnage le plus r√©ussi de la mise en sc√®ne, malgr√© quelques laideurs vocales √† couper le souffle ¬Ė Er ist sch√∂n, der Knabe !

    Mais que dire de l'impossible Gurnemanz Cro-Magnon de Robert Holl, aux nasalités béotiennes, aux accents mous, sans déclamation, sans aura ni sagesse, dépourvu d'autre attrait que les décibels, et encore ? Que dire surtout de l'horrible Parsifal d'Alfons Eberz, vociférant, rocailleux, poussif, qui rebuterait même en Siegfried ?

    On en vient à se demander comment on a pu aboutir à de telles incohérences : entre la mise en scène fourre-tout, le plateau hurlant et la direction mesurée, n'était-il pas à prévoir que ce Parsifal tirerait à hue et à dia ?




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 17/08/2005
    Thomas COUBRONNE

    Reprise du Parsifal de Wagner mis en scène par Christoph Schlingensief et sous la direction de Pierre Boulez au festival de Bayreuth 2005.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Parsifal, festival scénique sacré en trois actes (1882)
    Livret du compositeur d'après Chrétien de Troyes

    Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
    direction : Pierre Boulez
    mise en scène : Christoph Schlingensief
    décors : Daniel Angermayr et Thomas George
    costumes : Tabea Braun
    éclairages : Voxi Bärenklau
    préparation des choeurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Alexander Marco-Buhrmester (Amfortas), Kwangchul Youn (Titurel), Robert Holl (Gurnemanz), Alfons Eberz (Parsifal), John Wegner (Klingsor), Michelle De Young (Kundry), Clemens Bieber, Samuel Young (Gralsritter), Julia Borchert, Atala Sch√∂ck, Norbert Ernst, Miljenko Turk (Knappen), Julia Borchert, Martina R√ľping, Carola Guber, Anna Korondi, Jutta Maria B√∂hnert, Atala Sch√∂ck (Klingsors Blumenm√§dchen), Simone Schr√∂der (alto solo).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com