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CRITIQUES DE CONCERTS 31 octobre 2020

Reprise de Lohengrin de Wagner dans la mise en scène de Keith Warner et sous la direction de Peter Schneider au festival de Bayreuth 2005.

Bayreuth 2005 (3) :
Splendeurs lunaires

© Jochen Quast / Bayreuther Festspiele

En cet été sans Ring sur la Colline et après la débâcle de Parsifal, Wolfgang Wagner a reprogrammé pour la dernière fois l'une des productions favorites du public de ces dernières années : le Lohengrin de Keith Warner. Vision nocturne, tourmentée, esthétique en diable, servie par le couple phare du Bayreuth de notre époque : les époux Seiffert-Schnitzer.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 19/08/2005
Thomas COUBRONNE
 



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  • Après le calamiteux Parsifal de Schlingensief, le Lohengrin de Keith Warner a quelque chose de revigorant : on nous a tant rĂ©pĂ©tĂ© qu'il n'Ă©tait point de salut en dehors du questionnement de l'oeuvre, du regard nouveau, de l'iconoclasme le plus irrĂ©vĂ©rencieux et au besoin farouchement inesthĂ©tique, qu'on avait fini par mĂ©priser jusqu'Ă  l'idĂ©e d'une mise en scène traditionnelle, oĂą les personnages font ce qu'ils disent. Or, voici que la très belle production de Lohengrin nous rappelle qu'on peut y ĂŞtre exigeant, expressif, poĂ©tique, sans sombrer dans le ridicule. C'est en outre une des rares occasions de redĂ©couvrir aujourd'hui la mĂ©canique de l'invisible de la machinerie du Festspielhaus, et la puissance d'un visuel en adĂ©quation avec la musique.

    La lecture spectaculaire et nocturne de Warner sert à merveille un opéra de conflits en instaurant une construction parfaitement lisible entre les personnages, relayée par une scénographie exemplaire. Les tableaux se succèdent, plus beaux les uns que les autres, entre forêts noueuses, terre noire et boueuse d'un pays épais, et sommets géométriques d'une architecture tantôt hiératique – scènes de foule, dernière image – tantôt psychologique – le début du II et du III – de l'espace. Les éclairages magnifiques distillent en permanence une atmosphère lunaire où se perdent tour à tour un Telramund schizophrène, une Ortrud perverse, une Elsa tourmentée par ses propres démons.

    Un couple de protagonistes idéal

    D'autant que le plateau réunit le couple de protagonistes idéal : salué par une ovation délirante, Peter Seiffert est un Lohengrin souverain, au timbre lumineux et vaillant, à la projection parfaite, d'une voix héroïque qui semble tout droit rescapée du Bayreuth de la grande époque. Petra-Maria Schnitzer irradie de jeunesse et de vitalité, de beauté du timbre, en Elsa rongée par le doute dont on regrettera seulement que l'aigu plafonne souvent dans la nuance piano.

    Face à l'excellence des amants, unis à la scène comme à la ville, les méchants déploient de suffocantes laideurs vocales. Linda Watson n'a ni le mordant ni l'autorité d'Ortrud, empêtrée dans un timbre quelconque, une émission instable et un jeu scénique souvent faible. On en frémit d'avance pour sa Brünnhilde de la saison à venir au Châtelet. Hartmut Welker, sans plus avoir les moyens de Telramund – mais qui les a ? –, passe de la vocifération au murmure en une incarnation complexe. Quant à Reinhard Hagen, son roi Heinrich bénéficie peut-être de la seule belle basse chantante du festival 2005.

    Reste la direction efficace de Peter Schneider, aux cuivres toujours très étudiés, mais qui déborde parfois un peu le plateau, et surtout manque du tranchant dans les cordes qui ferait la différence. Des timbales un peu engourdies, des cordes graves un peu mornes empâtent un rien les scènes de foule, pourtant dopées par la vigueur des choeurs du festival, mais l'ensemble reste cursif, narratif, coloré.

    Entre Götz Friedrich, Werner Herzog, et enfin Keith Warner, Lohengrin apparaît comme une des oeuvres les plus épargnées par l'expérimentation scénique à Bayreuth. L'accueil triomphal du public évidemment séduit par cette production captivante et parfaitement aboutie ne surprendra personne, mais qu'on ne s'y trompe pas : le travail de Warner se nourrit de la force de l'opéra, et sa démarche, certes plus prudente que celle d'un Schlingensief, est aussi plus modeste et pas forcément moins intéressante.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 19/08/2005
    Thomas COUBRONNE

    Reprise de Lohengrin de Wagner dans la mise en scène de Keith Warner et sous la direction de Peter Schneider au festival de Bayreuth 2005.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Lohengrin, opéra romantique en trois actes (1850)

    Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
    direction : Peter Schneider
    mise en scène : Keith Warner
    décors : Stefanos Lazaridis
    costumes : Sue Blane
    Ă©clairages : Ulrich Niepel
    préparation des choeurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Reinhard Hagen (König Heinrich), Peter Seiffert (Lohengrin), Petra-Maria Schnitzer (Elsa), Hartmut Welker (Telramund), Linda Watson (Ortrud), Roman Trekel (Der Heerufer), Arnold Bezuyen (1. Edler), Helmut Pampuch (2. Edler), Miljenko Turk (3. Edler), Martin Snell (4. Edler).

     



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