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CRITIQUES DE CONCERTS 13 aoŻt 2020

Reprise d'Ariane à Naxos de Richard Strauss dans la mise en scène d'Elijah Moshinsky et sous la direction de Kirill Petrenko au Met de New York.

Splendeurs inattendues
© Marty Sohl / Metropolitan Opera

Jon Villars (Bacchus) et Violeta Urmana (Ariane).

Boudée par un public n'ayant d'yeux et d'oreilles que pour le Falstaff de Bryn Terfel ou pour la Manon de Renée Fleming, cette reprise d'Ariane à la scénographie luxueuse et portée par une distribution de toute première envergure pourrait bien s'avérer le joyau insoupçonné de cette semaine d'ouverture de saison du Met.
 

Metropolitan Opera, New York
Le 24/09/2005
Renaud LORANGER
 



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  • D√©cid√©ment, il est malais√© de faire entendre sa voix entre deux superstars du monde lyrique, au point que l'on se demande si les urgentes dol√©ances du Compositeur de cette miraculeuse Ariane ne s'adressent pas aussi au public, du moins √† un public absent qui se prive des bienfaits d'un moment de musique d'une rare authenticit√©. Les absents ont toujours tort, qu'ils se le tiennent pour dit ; dans l'intervalle, les invit√©s de messieurs Strauss et Hoffmannsthal s'en donnent √† coeur joie.

    La production sign√©e Elijah Moshinsky, en usage depuis d√©j√† treize ans, n'a pas pris une ride. On sourit, au prologue, √† la vue de cette burlesque construction en coupe, dans laquelle l'artiste et son ma√ģtre se retrouvent litt√©ralement prisonniers au sous-sol alors que les festivit√©s vont bon train au-dessus d'eux ; on sera s√©duit ensuite par les amalgames de coloris chatoyants des d√©cors et costumes d√©voil√©s pendant l'op√©ra, v√©ritables touches oniriques auxquelles n'√©chappent pas un brin de na√Įvet√©.

    Et c'est probablement là que réside toute la force de cette superbe conception scénique : la représentation de l'expérience de création artistique, vierge d'artifices et nue, comme une bulle de rêve hors du monde et franche de contraintes, lieu unique d'une catharsis salutaire même si fécondée par des éléments extérieurs.

    Susan Graham (le Compositeur) © Marty Sohl / Metropolitan Opera

    Succ√©dant √† Deborah Voigt dans le r√īle-titre, Violeta Urmana impressionne et √©meut par un souffle infini et le galbe d'une voix dont la chaleur contraste avec nombre d'interpr√®tes pr√©sentes et pass√©es. La sinc√©rit√© de l'incarnation vient compenser une certaine minceur de l'aigu, qui malgr√© sa puissance et son unit√© n'est pas encore celui d'un grand soprano straussien.

    Mutine, enj√īleuse, insolente et irr√©sistible, la Zerbinetta de Diana Damrau lui vaut, √† ses d√©buts in loco, un extraordinaire triomphe comme le public new-yorkais sait si bien en servir, si insistant dans son exultation qu'il force m√™me la soprano √† sortir de son personnage quelques secondes pour saluer apr√®s un Grossm√§chtige Prinzessin d'anthologie. La ductilit√© et le caract√®re ludique de la vocalisation ne sont pas sans rappeler une Bartoli, dans un tout autre registre, et la direction du Met annonce d√©j√† son retour en Constance et en Rosine au cours de prochaines saisons.

    Un compositeur à donner le frisson

    Malgr√© tout, √† travers tant de feux √©clatants, c'est √† Susan Graham que l'on doit la plus grande r√©ussite de ce spectacle. Le Komponist de la mezzo am√©ricaine marquera les m√©moires, tant par son unit√© de timbre et son homog√©n√©it√© de registres que par la souverainet√© d'un legato qu'on croirait destin√© √† l'√©criture straussienne et le bouleversant portrait qu'elle trace d'un personnage complexe, d'une humanit√© et d'une sensualit√© √† donner le frisson. Les r√īles secondaires sont tous superbement tenus, du Ma√ģtre de musique de Thomas Allen √† l'Harlekin de Christopher Maltman. Seule toute petite ombre au tableau, le Bacchus de Jon Villars, √† la caract√©risation un peu fruste.

    Dans la fosse, Kirill Petrenko tire de l'orchestre de la maison une peinture sonore aérée et souple dont la richesse s'allie à merveille avec la beauté du plateau.




    Metropolitan Opera, New York
    Le 24/09/2005
    Renaud LORANGER

    Reprise d'Ariane à Naxos de Richard Strauss dans la mise en scène d'Elijah Moshinsky et sous la direction de Kirill Petrenko au Met de New York.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Ariadne auf Naxos, opéra en un prologue et un acte (1912-16)
    Livret de Hugo von Hoffmannsthal

    Orchestre du Metropolitan Opera
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène : Elijah Moshinsky, reprise par Laurie Feldman
    décors : Michael Yeargan
    costumes : Michael Yeargan

    Avec :
    Thomas Allen (le Ma√ģtre de musique), Bernard Fitch (le Majordome), James Courtney (un Laquais), Mark Lundberg (un Officier), Susan Graham (le Compositeur), Jon Villars (le T√©nor / Bacchus), Patrick Carfizzi (le Perruquier), Diana Damrau (Zerbinetta), Violeta Urmana (Prima Donna / Ariadne), Tony Stevenson (le Ma√ģtre √† danse), Christopher Maltman (Harlekin), Eduardo Valdes (Brighella), Garrett Sorenson (Scaramuccio), Andrew Gangestad (Truffaldino), Olga Makarina (Na√Įade), Susanna Poretsky (Dryade), Nicole Heaston (Echo).

     



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