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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Concert de l'Orchestre de l'Âge des Lumières sous la direction de Marc Minkowski, avec la participation d'Anne Sofie von Otter au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Joyaux mal sertis
© Lilian Birnbaum / DG

À celle qui, grande berliozienne, s'initia pour lui aux métamorphoses haendéliennes, Marc Minkowski, tant épris du répertoire français, devait des Nuits d'été. Du triomphe de l'art sur un instrument terni, Anne Sofie von Otter fait du cycle de mélodies le joyau solitaire d'un programme sabordé par un Orchestre de l'Âge des Lumières soumis à des options interprétatives hasardeuses.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 04/10/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • L'affection qu'éprouve Marc Minkowski pour la musique de scène de Pelléas et Mélisande de Fauré est indiscutablement sincère ; il l'a prouvé le 27 janvier dernier en y dirigeant l'Orchestre de l'Opéra National de Paris. Et son interprétation ne diffère guère, soignant la courbe et le rebond, dans une constante volonté de faire chanter la phrase. Mais l'Orchestra of the Age of Enlightenment n'est pas, loin s'en faut, l'Orchestre de l'Opéra, alors même que jouer Fauré sur instruments d'époque ? et d'une époque, de manières qui n'ont rien à voir ? ne peut être qu'une incongruité.

    La sonorité malingre des vents, les cordes agressives, les cuivres inconstants sont à vrai dire en totale contradiction avec l'ampleur du geste du chef français qui, s'il parvient à quelques subtils éclairages, et même une belle intensité dans la Mort de Mélisande, ne peut obtenir le fondu sonore indispensable aux mystères de Maeterlinck. Reste alors à Anne Sofie von Otter, Mélisande debussyste d'exception, à ciseler une lointaine chanson anglaise entamée par le tranchant des cordes.

    A priori plus adapté aux exigences beethovéniennes depuis qu'un Harnoncourt, un Gardiner y ont bouleversé les habitudes d'écoute, l'orchestre britannique se montre sous son plus mauvais jour, celui-là même qui incite à fustiger l'appropriation du répertoire symphonique par les ensembles d'instruments anciens. Le hautbois grince, les cordes crissent, les traits dérapent, la justesse fluctue dangereusement ? l'ultime intervention à découvert des altos.

    Une 4e de Beethoven proprement grotesque

    Et sans doute vaudrait-il mieux taire l'exécution proprement grotesque de la 4e symphonie à laquelle se livre Marc Minkowski : ce ne sont plus des contrastes qu'il assène, mais des coups de boutoir. Pour ses fervents admirateurs, son Beethoven sanguin, bouillonnant, tranchera dans le vif, mais l'oreille un rien sensible se sentira agressée, manipulée, bousculée par ce train d'enfer qui expédie l'opus 60 en quatrième vitesse, atterrée par les effets de manche de la coda. Quant à la « tendresse » et à la « pure volupté » de l'Adagio tant admiré par Berlioz, le chef français semble les envoyer au diable.

    Mais Berlioz compositeur est miraculeusement mieux traité que Berlioz commentateur, et ses Nuits d'été apparaissent comme des joyaux mal sertis par d'irritantes curiosités. Car dans le dialogue amoureux avec la voix ? et von Otter, à l'égal de Delunsch, de Ko?ená, fait partie des égéries ?, Minkowski donne le meilleur de lui-même. Et il faut, pour soutenir la voix désormais décharnée de la mezzo suédoise, déployer d'infinies attentions. Les cordes sont toujours à vif, mais l'étrangeté va bien à Berlioz, et la chanteuse passe idéalement cet ensemble restreint, trouvant un relais idéal dans la capacité du chef à révéler d'étonnantes ressources de l'orchestre dans les piani.

    Dès lors, Anne Sofie von Otter peut oser tous les sortilèges de l'art. Plus de couleurs, évidemment, d'un timbre transparent qui aux extrêmes dévoile sa trame, mais un art infini de la nuance, et du mot, si finement, si rigoureusement dit. Çà et là, elle se surprend à tricher, d'un port de voix mal venu, d'un poitrinage excessif, d'un soupçon d'artifice, comme pour mieux renouer avec l'élégance de l'art, d'un fil ténu, tenu jusqu'à l'autodérision dans l'Île inconnue, pour laquelle Minkowski invente de fulgurantes bourrasques.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 04/10/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Concert de l'Orchestre de l'Âge des Lumières sous la direction de Marc Minkowski, avec la participation d'Anne Sofie von Otter au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Gabriel Fauré (1845-1927)
    Pelléas et Mélisande, musique de scène, op.80 (1898)

    Hector Berlioz (1803-1869)
    Les Nuits d'été, op. 7 (1840/1856)
    Six poèmes de Théophile Gautier
    Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano

    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonie n°4 en si bémol majeur, op. 60 (1807)

    Orchestra of the Age of Enlightenment
    direction : Marc Minkoswki

     


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