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CRITIQUES DE CONCERTS 24 octobre 2020

Nouvelle production de Don Carlo de Verdi dans la mise en scène de Nicolas Joel et sous la direction de Maurizio Benini au Théâtre du Capitole, Toulouse.

La vérité sur Don Carlo
© Patrice Nin

Brillante ouverture de saison au Capitole de Toulouse où Nicolas Joel redonne sa vraie dimension romantique et flamboyante au Don Carlo de Verdi, sans jamais avoir recours à la facilité d'une relecture expérimentale sous prétexte de faire du neuf. Une magnifique production qui livre enfin la vérité sur Don Carlo.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 07/10/2005
GĂ©rard MANNONI
 



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  • Chacun sait que les librettistes du Don Carlo de Verdi se sont inspirĂ©s du drame de Schiller et non de la vĂ©ritĂ© historique. D'un infant difforme et souffreteux, largement aussi cruel et intraitable que son père le redoutable Philippe II, Schiller a fait un hĂ©ros totalement romantique, beau et attachant, aussi malheureux et malchanceux en amour qu'en famille ou en politique. Il lui a inventĂ© un ami de coeur en la personne de Posa et des fiançailles rompues avec sa future belle-mère, pour que tous les ingrĂ©dients dans le goĂ»t d'alors soient rĂ©unis.

    Le premier mérite du travail de Nicolas Joel est d'avoir saisi parfaitement que l'intérêt principal de Carlo est cette folie romantique absolue, ce destin de loser irrémédiable qui rate tout ce qu'il entreprend, qui met sans cesse les autres en danger par ses entreprises d'écervelé fougueux, bref qui crée autour de lui une agitation permanente et incontrôlable. Il persiste à poursuivre sa belle-mère de ses aveux brûlants, il se jette tête baissée et l'épée à la main dans la cause perdue d'avance de la Flandre, pousse son ami de coeur, le fidèle Posa, jusqu'à une mort suicidaire pour le sauver, ne tire aucun profit de cette mort devenue un sacrifice inutile, compromet définitivement la reine dans un ultime rendez-vous, avant de disparaître mystérieusement récupéré par l'esprit de son grand-père, laissant un vrai champ de bataille derrière lui, sans oublier les dégâts causés aussi par Eboli à qui il a déclaré par erreur l'amour qu'il ressent pour la reine. À y regarder de près, un vrai désastre.

    Fabio Armiliato (Don Carlo) et Daniela Dessi (Elisabetta) / © Patrice Nin

    Le personnage joué par un Fabio Armiliato efflanqué, le visage tourmenté et la chevelure en folie, est à cet égard d'une exactitude parfaite et d'une vie confondante. Rarement Don Carlo aura été aussi crédible comme moteur dramatique principal de cette action complexe. Puissante, très timbrée, la voix n'est pas d'une très belle qualité. Mais un tel trublion est-il censé s'exprimer avec une voix d'ange ? En tout cas, la force dramatique de l'incarnation, emporte l'adhésion, en dépit des évidentes réserves purement vocales.

    Aucune réserve de cette ordre en revanche concernant la prise de rôle de Ludovic Tézier en Posa. Une leçon de chant absolue, somptueuse. Musicalité, legato, phrasé, beauté et égalité du timbre, justesse, puissance, Tézier a tout ce qu'il faut pour incarner aujourd'hui ce type d'emploi au plus haut niveau. Peut-être lui faudra-t-il seulement aller au-delà d'une tendance au statisme scénique. Il doit pouvoir s'investir corporellement davantage, même en considérant que sa relative réserve est due à cette première expérience du rôle.

    Ludovic Tézier (Posa) et Béatrice Uria-Monzon (Eboli) / © Patrice Nin

    À ce stade de sa carrière, Daniela Dessi mène sa jolie voix en grande professionnelle, avec une maîtrise absolue qui lui permet de n'utiliser que ce qu'il faut de puissance aux moments indispensables, jouant ailleurs sur le phrasé et les nuances avec un art consommé. Sans doute est-elle quand même une reine vocalement un peu trop prudente face à la générosité de l'Eboli de Béatrice Uria-Monzon, dont la voix et à la beauté qui n'hésitent jamais à s'investir sans restriction conviennent si spontanément.

    Le personnage de Philippe II est tout aussi dramatiquement travaillé que celui de Don Carlo. Nicolas Joel utilise la stature et la voix très sombre de Roberto Scandiuzzi – presque plus apte à être un Grand Inquisiteur qu'un roi – pour traduire une force intérieure en lutte permanente avec des événements qui lui posent problème. On sent dans ses gestes, dans tout son comportement, des hésitations, des emportement plus ou moins bien maîtrisés, un mal-être permanent, que bien peu de chanteurs ont su traduire de manière aussi intéressante. Il ne se contente pas de faire du beau son, mais crée un personnage complexe, en proie au doute. Sa scène avec le Grand Inquisiteur absolument déjanté d'Anatoli Kotscherga est impressionnante à cet égard, et il nous offre en outre dans l'ultime phrase de cette rencontre un fa aigu aussi convaincant que son fa grave deux octaves plus bas, ce qui est fort rare.


    La baguette énergique et précise de Benini

    Tout ce travail sur les personnages est soutenu par la baguette énergique et précise de Maurizio Benini qui tient la fosse et le plateau sous contrôle avec une perspicacité remarquable. Son approche globale de la partition est en outre d'une couleur et d'une ampleur qui répondent à la mise en scène très construite que Nicolas Joel a mise en place dans les imposants décors d'Ezio Frigerio et les très raffinés costumes de Franc Squarciapino.

    Nous sommes vraiment au XVIe siècle espagnol tel que la musique de Verdi nous pousse à l'imaginer : grand et écrasant, sensuel et morbide. Tant pis pour ceux qui auraient préféré que le metteur en scène suive la mode et situe l'action dans une sanisette ou un hall de gare. Tenir l'ouvrage à bout de bras dans sa vérité est infiniment plus difficile que d'en éviter les écueils par quelque décalage historique ou une délocalisation de fantaisie, procédés cache-misère tant répandus actuellement.

    Mais le Capitole reste une vraie maison d'opéra et non pas un lieu expérimental pour metteurs en scène qui font leurs premières dents.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 07/10/2005
    GĂ©rard MANNONI

    Nouvelle production de Don Carlo de Verdi dans la mise en scène de Nicolas Joel et sous la direction de Maurizio Benini au Théâtre du Capitole, Toulouse.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Don Carlo, opéra en quatre actes (version de Milan, 1884)
    Livret de Camille du Locle et Joseph Méry d'après le Don Carlos de Schiller
    Version italienne d'Achille de Lauzière-Thémines et Angelo Zanardini

    Choeur et Orchestre national du Capitole de Toulouse
    direction : Maurizio Benini
    mise en scène : Nicolas Joel
    décors : Ezio Frigerio
    costumes : Franca Squarciapino
    Ă©clairages : Vinicio Cheli

    Avec :
    Daniela Dessi (Elisabetta), Béatice Uria-Monzon (Eboli), Fabio Armiliato (Don Carlo), Ludovic Tézier (Rodrigo), Roberto Scandiuzzi (Filippo II), Anatoli Kotscherga (Il Grande Inquisitore), Balini Szabo (un moine), Magali de Prelle (Tebaldo), Philippe Do (Lerma / un hérault royal), Valérie Condoluci (une voix céleste), Olivier Heyte, André Heyboer, Jean-Louis Mélet, Vladimir Stojanovic, Frédéric Bourreau, Yuri Kissin (six députés flamands).

     



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