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CRITIQUES DE CONCERTS 19 novembre 2017

Reprise des Noces de Figaro de Mozart dans la mise en scène de Jean-Louis Martinoty et sous la direction d'Evelino Pidò au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Des Noces mythiques
© Alvaro Yanez

Deuxième reprise au Théâtre des Champs-Élysées de la production Jean-Louis Martinoty des Noces de Figaro, un spectacle qui ne fait qu'apparaître encore plus accompli avec le temps et qui prend de plus en plus valeur de référence, comme avant lui celui de Giorgio Strehler à l'Opéra. Un triomphe amplement mérité.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 16/10/2005
Gérard MANNONI
 



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  • Créées en 2001 sur cette même scène du TCE, les Noces de Figaro selon Martinoty furent déjà reprises en 2004 et c'est avec enthousiasme qu'on les voit revenir encore à l'affiche. Comme la production historique de Strehler pour l'ouverture de l'ère Liebermann à l'Opéra de Paris, ces Noces ont l'importance de ce que l'on appelle aujourd'hui un spectacle culte.

    En des temps où l'opéra dérive de plus en plus souvent vers une généralisation du gadget qui masque l'absence de vrai travail de théâtre, comment ne pas souligner l'intelligence et la perfection de ce que Jean-Louis Martinoty réalise avec cet ouvrage pourtant vu et entendu mille fois, parfois avec les plus grands chanteurs de l'époque ? Il y a ici une analyse absolument brillante et exacte des personnages, des situations, des personnages dans les situations et des situations par rapport aux personnages. Le tout en s'appuyant autant sur le texte que sur la parole, sans jamais trahir ce qui est dit ou fait, mais en donnant sans cesse, pourtant, l'impression que l'on découvre l'ensemble dans une dynamique nouvelle.

    Le travail d'acteur est poussé à l'extrême, soutenu par des chanteurs qui s'y donnent avec un évident plaisir et un talent incontestable. Ce sont de vrais personnages du Siècle des Lumières, à l'esprit vif, aux moeurs sans complexes, avec cet étrange mélange social de maîtres et de valets, où parfois les barrières s'estompent, sans pourtant jamais tomber
    pour l'instant du moins, car de subtiles détails annoncent que bientôt, un Comte Almaviva aura d'autres soucis que ceux de ses menus plaisirs.

    © Alvaro Yanez

    Dans les très beaux décors mi-abstraits mi-figuratifs de Hans Schavernoch, avec les costumes discrètement historiques de Sylvie de Segonzac, sous les savantes lumières mordorées de Jean Kalman, la folle journée se déroule avec tout ce qu'elle a de léger, de sombre, de pétillant, de menaçant, chaque personnage évoluant au gré des circonvolutions de l'intrigue. Tout cela est d'une perfection très rare dans le domaine de l'opéra et même du théâtre dramatique.

    La distribution est une fois encore en grande partie renouvelée. Pour leur jeu, tous les interprètes méritent les plus vibrants éloges, mais certains ont des moyens vocaux plus séduisants que d'autres. Patricia Ciofi est à nouveau Suzanne de façon magistrale. Veronica Cangemi campe une juvénile et touchante Comtesse, dont la voix, bien sûr, n'a rien à voir avec les grandes interprètes de la deuxième moitié du XXe siècle. On retrouve avec joie l'irrésistible Marcelline de Sophie Pondjiclis, alors que le Chérubin d'Anna Bonitatibus, crédible scéniquement, est quand même trop léger vocalement. Pauline Courtin est la plus charmante des Barbarina.

    Côtés messieurs, Rudolf Rosen a la stature, la sensualité naturelle et une bonne voix pour être un Comte de forte envergure. On apprécie aussi la vivacité de son jeu qui entre en plein dans toutes les intentions voulues par le metteur en scène. Coléreux, charmeur, violent, désarçonné, sûr de lui, perturbé par le doute, amoureux, toujours grand seigneur, il brûle les planches avec panache. Un peu moins séduisant vocalement, le Figaro d'Andrea Concetti a une belle vitalité lui aussi et beaucoup de naturel, malgré la complexité de ce que Martinoty exige aussi de lui.

    Quant à la direction d'Evelino Pidò, elle peut étonner par la rapidité de certains tempi, par un travail porté plutôt sur les accents et la dynamique que sur la qualité même du son, mais elle adhère on ne peut mieux à l'élan général d'un spectacle éblouissant qui remporte le plus mérité des triomphes.







    Pas d'accord

    Une reprise sans âme


    Elevées au rang de classique dès leur création, les Noces de Figaro respectueusement ingénieuses de Jean-Louis Martinoty ont pourtant bien vite perdu leur fraîcheur. Les idées du metteur en scène français paraissent essoufflées, comme plombées par une pénombre constante et un dispositif scénique certes érudit, mais rapidement lassant. Il est vrai que si Evelino Pidò dirige au moins aussi vite que René Jacobs, il ne peut prétendre à l'inspiration révolutionnaire de ce dernier, allant jusqu'à nier l'apport si spécifique des instruments anciens du Concerto Köln.

    Modeste, la distribution est souvent indigne de l'oeuvre. D'un investissement minimum, le Figaro d'Andrea Concetti ne prend même pas la peine d'esquisser les aigus de sa partie, se reposant complaisamment sur son naturel vocal. La Susanna autrefois gracieuse de Patrizia Ciofi n'est plus que l'ombre d'elle-même, atone dans le grave et transparente dans l'aigu, tandis que Veronica Cangemi, s'inventant une projection qui n'est pas la sienne, signe le plus évident des contre-emplois, voix et souffle diminués par la fréquentation assidue des ambitus vivaldiens les plus insensés.

    Le Comte aux moyens conséquents, mais insuffisamment raffinés de Rudolf Rosen, et surtout le Chérubin d'Anna Bonitatibus, dont la voix pimpante excuse bien des maniérismes, surnagent à peine de cette reprise calamiteuse d'une production qui, en se passant de René Jacobs, semble avoir perdu son âme.


    Mehdi MAHDAVI, 20/10/2006






    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 16/10/2005
    Gérard MANNONI

    Reprise des Noces de Figaro de Mozart dans la mise en scène de Jean-Louis Martinoty et sous la direction d'Evelino Pidò au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Le Nozze di Figaro, opera-buffa en quatre actes (1786)

    Choeur du Théâtre des Champs-Élysées
    Concerto Köln
    direction : Evelino Pidò
    mise en scène : Jean-Louis Martinoty
    décors : Hans Schavernoch
    costumes : Sylvie de Segonzac
    éclairages : Jean Kalman

    Avec :
    Rudolf Rosen (le Comte), Veronica Cangemi (la Comtesse), Patricia Ciofi (Susanna), Andrea Concetti (Figaro), Anna Bonitatibus (Cherubino), Sophie Pondjiclis (Marcellina), Angelo Romero (Antonio), Antonio Abete (Bartolo), Peter Hoarte (Don Basilio), Pauline Courtin (Barbarina), Christian Jean (Don Curzio).

     



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