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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Reprise de Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Peter Sellars et Bill Viola, sous la direction de Valery Gergiev à l'Opéra de Paris.

Ascension vers le mythe
© Eric Mahoudeau

Reprise à la Bastille du Tristan de Peter Sellars et Bill Viola, événement de la saison lyrique 2004-2005. Grâce à un plateau serti de grandes voix et à la direction impétueuse de Valery Gergiev, la réussite paraît encore supérieure. À l'instar de la dernière image de la vidéo, une véritable ascension vers le mythe pour cette production éblouissante.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 08/11/2005
Yannick MILLON
 



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  • La reprise d'un grand spectacle suscite souvent nostalgie et déception. Sur le papier, la nouvelle affiche de ce Tristan semble nettement moins attrayante. Et pourtant, chacun chante ici avec les justes moyens de chaque rôle, au point que le plateau présente un équilibre encore supérieur. Il est jusqu'au jeune marin et au pâtre d'Ales Briscein d'afficher une santé vocale éblouissante.

    Véritable révélation, ovationnée aux saluts, Ekaterina Gubanova domine du haut de ses vingt-six ans le rôle de Brangäne sans coup férir, avec un instrument d'une égalité dans les registres, d'une beauté de timbre, d'une plénitude époustouflantes, sans jamais donner l'impression de forcer. Alexander Marco-Burhmester trouve un emploi à sa mesure en Kurwenal bien trempé, éclatant d'aigu et de franchise d'émission, écuyer sympathique comme rarement. Et même si le métal de Willard White commence à s'éroder, son roi Marke n'en demeure pas moins un monument de magnétisme, bouleversant dans son abattement.

    Du grand chant wagnérien

    Lisa Gasteen est une Isolde volontaire, frondeuse, affrontant Tristan avec une morgue royale. La voix rappelle souvent Deborah Voigt, avec cette même accroche très proche du nez, ce timbre qui rayonne avec une belle homogénéité, un médium et un grave sculpturaux – un Ungeminnt de braise sur un orchestre cendré –, un aigu percutant, dardé sans se soucier de l'étoffe orchestrale.

    Reste le Tristan déchiré de Clifton Forbis, voilé d'une ombre barytonnante, d'une fêlure qui rappellent souvent Ramon Vinay. Certes, le timbre n'est pas le plus beau du monde, et certains sons engorgés rebutent même au I, mais le ténor américain, aux antipodes de Heppner, campe un chevalier meurtri, qui se jette dans ses derniers instants avec un engagement suicidaire, pour y déployer un aigu presque insoutenable. Si la distribution d'avril cherchait de nouvelles solutions par un retour à une typologie vocale héritée de Bellini, on renoue ici d'une certaine manière avec les feux du chant wagnérien de l'après-guerre.

    Du reste, loin de la symphonie pour instruments à vents et des atmosphères chambristes élaborées par Salonen, Gergiev privilégie un flux romantique nettement plus traditionnel, mais sans doute aussi plus idoine. Pourtant, le chef le plus occupé de la planète peine à maintenir stabilité rythmique et tension dramatique en début de soirée – le débarquement des choeurs en Cornouailles n'est pas loin du déraillement. Mais au II, la battue s'abreuve d'un chromatisme enivrant avant qu'au III, gonflée de l'énergie du désespoir, une arche que sous-tendent des cordes graves douloureuses s'élève.

    © Eric Mahoudeau

    Et bien qu'on ait déjà connu Gergiev plus fulgurant en continu, on applaudit à ces instants de théâtre qui étreignent et contaminent même la direction d'acteurs de Peter Sellars, qui s'humanise et gagne en naturel. Ainsi du roi Marke beaucoup moins maladroit lorsqu'il épie les amants ; de l'abandon du baiser à Tristan au profit de regards infiniment plus chargés de désir.

    Et même si, au premier acte, le rituel de purification par l'eau occulte presque l'allusion de Brangäne au philtre d'amour, à l'absorption de ce dernier, la vidéo de Bill Viola se fait le meilleur témoin possible du chavirement des sens qui ouvre à la passion les yeux des amants. Jusqu'aux derniers moments, la projection continuera d'instiller au spectacle un cadre onirique dont les atmosphères nocturnes du II – ce sous-bois au crépuscule toujours aussi évocateur – ou les corps évoluant dans une eau originelle préludent à une ascension de la dépouille de Tristan pendant la Liebestod qu'on n'est pas prêt d'oublier.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 08/11/2005
    Yannick MILLON

    Reprise de Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Peter Sellars et Bill Viola, sous la direction de Valery Gergiev à l'Opéra de Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde, drame musical en trois actes (1865)
    Livret du compositeur

    Chœurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Valery Gergiev
    mise en scène : Peter Sellars
    vidéo : Bill Viola
    costumes : Martin Pakledinaz
    éclairages : James F. Ingalls
    préparation des chœurs : Peter Burian
    producteur exécutif (vidéo) : Kira Petrov
    directeur de la photographie (vidéo) : Harry Dawson
    montage / mixage / vidéo direct : Alex MacInnis

    Avec :
    Lisa Gasteen (Isolde), Clifton Forbis (Tristan), Ekaterina Gubanova (Brangäne), Alexander Marco-Buhrmester (Kurwenal), Willard White (König Marke), Peteris Eglitis (Melot), Ales Briscein (Ein junger Seeman / Ein Hirt), Jean-Luc Ballestra (Der Steuermann).

     



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