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CRITIQUES DE CONCERTS 07 juillet 2020

Soir√©e de gala du Th√©√Ętre Mariinski avec l'Orchestre du Th√©√Ętre Mariinski sous la direction de Pierre Boulez et de Valery Gergiev √† l'Op√©ra de Paris.

Avantage à la Russie
© Eric Mahoudeau

En premier partie d'un gala consacr√© aux Joyaux de Balanchine, Gerard Mortier avait tenu √† rendre hommage √† la cr√©ation parisienne de Boris Godounov √† Garnier en 1908 en confiant les r√™nes de l'Orchestre du Th√©√Ętre Mariinski au tandem Boulez-Gergiev. Rencontre inattendue et confrontation passionnante pour deux cultures que tout oppose.
 

Palais Garnier, Paris
Le 06/11/2005
Benjamin GRENARD
 



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  • Qui mieux que Boulez et Gergiev pouvait repr√©senter les musiques fran√ßaise et russe ? En choisissant deux personnalit√©s on ne peut plus embl√©matiques, Gerard Mortier offre au public parisien la quintessence de la direction d'orchestre de ces deux cultures. Deux personnalit√©s bien tremp√©es, deux styles fondamentalement oppos√©s, avec comme trait d'union de cette improbable rencontre l'Orchestre du Th√©√Ętre Mariinski et le Palais Garnier.

    Boulez d'abord, ma√ģtre des lectures analytiques, mais aussi po√®te de la sonorit√©. Cette soir√©e est le premier contact du chef avec un orchestre aux antipodes de l'esth√©tique fran√ßaise, un joyau aux couleurs bigarr√©es, tranchantes, presque sauvages. Aurait-on jamais imagin√© Boulez diriger des trompettes au timbre appuy√©, aussi puissant que pinc√© ? La Mer de Debussy, assimilant la transparence du chef fran√ßais et les timbres bruts de la phalange russe, devient l'alliage inattendu et curieux de cette singuli√®re rencontre.

    Le r√©sultat est contrast√©. De l'aube √† midi sur la mer surprend par son √©paisseur et une justesse parfois d√©faillante. Malgr√© une direction livrant un beau travail de relief et de dosage, l'ensemble manque de souplesse ; la mati√®re debussyste reste engourdie. Le terrain est plus favorable dans Jeux de vagues, o√Ļ Boulez d√©fend un Debussy plus coloriste que po√©tique. Et si Dialogues du vent et de la mer √©tonne encore par sa consistance, tant la masse est une chose peu coutumi√®re chez Boulez, force est n√©anmoins de constater que cette alchimie de transparence et d'√©paisseur fait son effet, m√™me s'il faut reconna√ģtre que cette rencontre de premi√®re fra√ģcheur n'aura pas suffi √† sceller un apprivoisement respectif.

    © Eric Mahoudeau

    Surgit ensuite Gergiev, dont les approches r√©guli√®rement plus ¬ę terroristes ¬Ľ t√©moignent d'une griffe implacable. Dans la continuit√© des Mravinski, Richter et O√Įstrakh et d'une √©poque o√Ļ les valeurs humaines sont pr√™tes √† √™tre englouties √† tout moment dans l'ab√ģme des cercles concentrationnaires, le d√©miurge russe livre un Rom√©o et Juliette survolt√©, proprement tellurique, avec un orchestre chauff√© √† blanc.

    La comparaison avec Boulez suscite alors un √©tonnant constat. Malgr√© la gestique analytique du ma√ģtre fran√ßais, celle cabalistique et fanfaronne de Gergiev apprivoise totalement la p√Ęte sonore du Mariinski. En r√©sulte un son constamment habit√© par une tension rendant l'orchestre plus ductile et, plus √©tonnant encore, plus irr√©prochable de mise en place. Ce Rom√©o et Juliette ex√©cut√© d'un seul souffle est men√© par des tempi dont l'urgence laisse √† peine le temps de respirer : l√† o√Ļ Boulez pense de mani√®re s√©quentielle, Gergiev conduit l'ensemble d'une seule bourrasque.

    Mais si cette vision à la russe, littéralement hallucinée et trempée dans l'acier aura ce soir plus convaincu que la subtile poésie du génie français, il faut dire que le jeu, d'un bois essentiellement slave, n'aura pas été de toute équité pour Boulez. On ne dompte pas les Slaves si facilement.







    Danse :
    Gergiev hisse ses étoiles au firmament


    Il y a quatre-vingt-dix-huit ans, Serge de Diaghilev installait √† l'Op√©ra de Paris la troupe du Mariinski de Saint-P√©tersbourg. Ce fut le d√©but des c√©l√®bres Ballets russes. L'habitude fut t√īt prise d'associer concerts symphoniques et pi√®ces chor√©graphiques dans une m√™me soir√©e.

    L'Opéra de Paris vient de renouer avec cette tradition en mélangeant au même programme du Mariinski deux poèmes symphoniques et deux ballets. Dans le Paris de 2005, voilà qui déroute des spectacteurs moins curieux que leurs arrière-grands-parents.

    Aujourd'hui, le public se divise en amateurs de danse et amateurs de musique qui se croisent rarement. C'etait donc dimanche dernier l'occasion de les réunir. Cela ne devrait pas rester un événement unique : la collaboration entre le Mariinski et son chef Valery Gergiev avec l'Opéra devrait devenir dans le futur encore plus étroite et donner lieu à bien d'autres manifestations de ce type.

    Gala prestigieux que celui de dimanche avec dans la salle à peu près tout ce que Moscou et Paris comptent de mécènes en admiration devant le renouveau de la saison russe et l'amalgame toujours réussi de danseurs français et russes. L'Opéra Garnier est, comme son nom l'indique, une salle lyrique et non de concert. On s'en rend compte à chaque fois qu'un orchestre monte sur la scène : trous acoustiques, sonorités qui se perdent ou tourbillonnent.

    En revanche, c'est merveille quand l'orchestre se retrouve en fosse : les sonorit√©s s'y √©panouissent nettement plus. Ce n'est pas le m√™me Tcha√Įkovski que l'on entend quand l'orchestre joue sur sc√®ne Rom√©o et Juliette et quand il interpr√®te dans la fosse la 3e symphonie qui accompagne le ballet Diamants.

    Même direction endiablée, énergique et romantique de Valery Gergiev mais quelle suavité de couleurs quand l'orchestre est sous la scène. Les deux ballets extraits de Joyaux de Balanchine, Rubis et Diamants, entrés pour le premier au répertoire de l'Opéra en 1974 et pour le second en 2000, ont été relookés pour le décor et les costumes par le couturier Christian Lacroix.

    Les danseurs de l'Op√©ra accueillaient deux ballerines exceptionnelles du Mariinski. Dans Rubis, sur le Capriccio pour piano et orchestre de Stravinski, les solistes Marie-Agn√®s Gillot et Emmanuel Thibault √©taient accompagn√©s de Diana Vishneva, bien connue √† Paris puisqu'elle y a dans√© dans Don Quichotte et l'Histoire de Manon. Sourire malicieux, l'espi√®glerie jusqu'au bout des doigts, c'est un festival de fantaisie qu'elle d√©ploie. Dans Diamants, la star du Mariinski, Ulyana Lopatkina, montre elle aussi une virtuosit√©, une √©l√©gance, une beaut√© √† faire p√Ęlir son partenaire Jean-Guillaume Bart, fig√© dans un classicisme sans inspiration.

    Les deux étoiles féminines du Mariinski soulignent la supériorité de l'école russe de danse dans tout ce qui concerne les mouvements du haut du corps : les ondulations des bras de la Lopatkina sont aujourd'hui sans égal. Sans doute l'école française est-elle meilleure dans les jeux de jambes ? La collaboration entre les deux ballets doit se poursuivre. On échange les étoiles. Ne pourrait-on pas échanger aussi un peu les professeurs ?


    Nicole DUAULT






    Palais Garnier, Paris
    Le 06/11/2005
    Benjamin GRENARD

    Soir√©e de gala du Th√©√Ętre Mariinski avec l'Orchestre du Th√©√Ętre Mariinski sous la direction de Pierre Boulez et de Valery Gergiev √† l'Op√©ra de Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    La Mer, trois esquisses symphoniques (1905)

    Piotr Illitch Tcha√Įkovski (1840-1893)
    Roméo et Juliette, ouverture fantaisie (1869)

    Orchestre du Th√©√Ętre Mariinski
    direction : Pierre Boulez et Valery Gergiev

     


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