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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Version de concert Tamerlano et Alcina de Haendel par les Talens lyriques sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre du Châtelet, Paris.

Le sacre haendélien de Christophe Rousset

Des deux opéras de Haendel mis en scène par Pierre Audi et dirigés par Christophe Rousset, présentés en alternance à l'Opéra d'Amsterdam, Paris aura donc dû se contenter du reflet concertant. Mais un reflet en forme de défi, puisque le chef français dirigeait Tamerlano et Alcina dans la même journée.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 13/11/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Christophe Rousset connaît Haendel sur le bout de la baguette. Et depuis la création de ses Talens Lyriques, il n'a pas cessé de remettre ses opéras sur le métier, parmi lesquels Tamerlano et Alcina apparaissent comme des fétiches. Suite à la reprise de ces deux joyaux à l'Opéra d'Amsterdam, dans des mises en scène de Pierre Audi créées à Drottningholm, le chef français les présentait en versions de concert au Théâtre du Châtelet, en une seule et même journée, comme un aboutissement de son parcours haendélien, avant que d'être un pari un peu fou.

    D'autant que si les deux oeuvres, que onze années séparent, répondent aux canons de l'opera seria, leurs dramaturgies s'opposent. Par l'absence de fioritures et la richesse psychologique de ses personnages, Tamerlano (1724) révèle la nudité d'une tragédie classique. Réponse aux excès virtuoses du théâtre rival, où Farinelli triomphe dans les opéras de Porpora, Alcina (1735) convoque les enchantements de la Tragédie Lyrique et le style galant.

    Un miraculeux Tamerlano

    Alors que notre époque semble acquise à un Haendel tonitruant, bombardé de contrastes violents, Christophe Rousset préfère opérer par frappes chirurgicales, épousant le drame plutôt que de le forcer. Subtilement, au plus près des voix, il tend l'arc dramatique de Tamerlano, qui atteint son point culminant dans la scène d'hallucinations de Bajazet, dont Bruce Ford se révèle l'interprète idéal. La beauté du timbre et l'art du chant du ténor américain ne sont rien comparés à la profondeur qu'il confère à ce personnage de roi déchu, expressément remanié par Haendel un mois avant la première pour exalter les dons dramatiques exceptionnels de Francesco Borosini.

    Primo uomo attitré de la Royal Academy of Music, le castrat Senesino dut se contenter du personnage ingrat ? mais de la musique ô combien sublime ? d'Andronico, que Patricia Bardon investit de son superbe alliage de velours et de métal, tandis que l'abattage et le timbre pernicieux de Bejun Mehta collent à la peau du narcissique et tyrannique Tamerlano. Tiraillée entre ses devoirs envers ces trois hommes, l'Asteria de Sandrine Piau délivre une leçon de bel canto haendélien absolu.

    La fêlure d'Alcina

    Deux heures à peine après le suicide de Bajazet retentissaient les premiers accords, comme détachés par une fatigue bien excusable, de l'ouverture d'Alcina. Mais à partir de Vorrei vendicarmi, l'île de l'enchanteresse livre sa palette infinie de couleurs à ses ardents explorateurs. Et si la réussite s'avère finalement moindre que dans Tamerlano, c'est que la distribution ne s'impose pas avec la même évidence.

    D'Alcina, Christine Schäfer ne peut exprimer que la fêlure, dans un Ah ! mio cor, un Mi restano le lagrime, de suprême musicienne. Ailleurs, le manque d'italianità et l'absence de couleurs de ce timbre voilé interdisent toute séduction à la magicienne. Voix sans réelle beauté, Silvia Tro Santafé affiche en Ruggiero une santé confondante. D'une virtuosité débridée ? le tempo intenable de Sta nell'ircana ne l'effraie guère ?, la mezzo espagnole se montre également capable d'infinies subtilités dans un Verdi prati quasi-murmuré. De plus en plus étrange, de plus en plus instable, la voix de Marijana Mijanovic traduit toute la fragilité de Bradamante, tandis qu'Ingela Bohlin sait parer le timbre exquis de sa Morgana des ombres du violoncelle, dans Credete al mio dolor.

    Entre les deux concerts, Sandrine Piau et Christophe Rousset se sont vu remettre le Stanley Sadie Recording Prize pour Opera seria, leur récital d'airs de Haendel paru chez Naïve, preuve supplémentaire, s'il en était besoin, de l'intimité du chef français avec l'oeuvre du Caro Sassone.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 13/11/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert Tamerlano et Alcina de Haendel par les Talens lyriques sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Tamerlano, opera seria en trois actes HWV 18 (1724)
    Livret de Nicola Haym, d'après Agostino Piovene, inspiré de la tragédie Tamerlan ou la mort de Bajazet de Jacques Pradon.

    Avec :
    Bejun Mehta (Tamerlano), Bruce Ford (Bajazet), Sandrine Piau (Asteria), Patricia Bardon (Andronico), Kristina Hammarström (Irene), Lars Arvidson (Leone).

    Alcina, opera seria en trois actes (1735)
    Livret anonyme adapté de l'Isola di Alcina de Riccardo Broschi d'après l'Orlando furioso de l'Arioste

    Choeur du De Nederlandse Opera

    Avec :
    Christine Schäfer (Alcina), Ingela Bohlin (Morgana), Marijana Mijanovic (Bradamante), Silvia Tro Santafé (Ruggiero), Jeremy Ovenden (Oronte), Olivier Lallouette (Melisso).

    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset

     


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