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CRITIQUES DE CONCERTS 21 mai 2018

Nouvelle production du Nez de Dimitri Chostakovitch mise en scène par Yuri Alexandrov, par la troupe du Théâtre Mariinski sous la direction de Valery Gergiev à l'Opéra de Paris.

Délires corrosifs à la soviétique
© Eric Mahoudeau

Rareté sur les scènes européennes, le Nez de Chostakovitch fait son entrée à l'Opéra de Paris. Gerard Mortier a pris le parti de présenter cette oeuvre excentrique dans les circonstances les plus authentiques possibles, en permettant aux solistes, choeurs et orchestre du théâtre Mariinski d'investir la Bastille sous la direction de Gergiev.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 14/11/2005
Benjamin GRENARD
 



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  • À la fin des années 1920, Chostakovitch est l'un des représentants d'une musique soviétique qui prône l'avant-gardisme à tout crin, profitant pour une courte durée d'une période où la liberté d'expression en URSS n'est pas encore expression vaine. Le Nez tranche tout à fait avec ce que Chostakovitch écrira plus tard, si bien que qui connaît la musique très directe de ses pièces les plus illustres ne peut se faire une idée exacte de l'hermétisme de cet opéra ultra-moderne.

    Et pourtant, écrit à tout juste vingt-deux ans avec un goût achevé du grotesque et de l'illustration musicale, ce manifeste porte en lui la quintessence du style de son auteur. Dans ce contexte, tenir compte de la musique n'est pas le moindre des mérites de Yuri Alexandrov qui livre une mise en scène inventive et bien menée. Certes, tout ne convainc pas dans cette vision faisant passer Kovalev pour un affabulateur, car en décrédibilisant les souffrances du major, Alexandrov dépouille le Nez de cette identification au faible qui est le thème chostakovien par excellence.

    Mais force est de constater que la scénographie reflète fidèlement l'excentricité du propos. D'emblée, la perspective inversée de bâtiments qu'on croirait sortis du pinceau de Schiele illustre un espace à donner le vertige, chamboulé par l'irruption du fantastique et du grotesque. Des chorégraphies mécaniques ou déjantées se greffent habilement aux interludes, tout en servant accessoirement la narration.

    Quelques images fortes marquent davantage le discours : l'intervention du policier au I dans une tenue disproportionnée, aussi risible de grandiloquence qu'impressionnante ; le détournement néo-sectaire de la scène à la cathédrale de Kazan faisant très habilement écho à une musique irréelle ; la fin magistrale du II, dont la descente du décor est parfaitement réglée avec la musique ; le duo tragique au III entre Kovalev et son double, prisonnier d'un drap comme Kovalev l'est de son cauchemar.

    © Eric Mahoudeau

    Si, au plan musical, la troupe du Théâtre Mariinski se permet d'investir l'Opéra Bastille, c'est bien parce que le Nez est un chef-d'oeuvre d'excentricité que seuls les Russes peuvent défendre à sa juste valeur. L'hystérie de la battue de Gergiev emporte littéralement l'orchestre, atout majeur de la production. Percussions survoltées, démesure des climax, timbres tranchés et solos de haute tenue brossent un tableau synthétique d'une formation électrisée pour sa première parisienne. Gergiev, malgré ses irrégularités d'un soir sur l'autre, n'est jamais aussi à sa place que dans une fosse, où l'urgence se révèle naturellement une qualité dramatique de premier ordre.

    Au niveau vocal, les choeurs du Mariinski suscitent l'adhésion par leur présence brute, autant sur le plan sonore que sur le plan scénique. Les chanteurs solistes de la troupe, qu'il serait futile de détailler, se sortent aussi bien que possible d'une partition proprement inchantable, rendant plus que périlleuse toute incarnation de rôles comme le Nez ou le Gendarme.

    Malgré les aspects hermétiques du livret et de la musique, tous les ingrédients sont réunis pour découvrir ce chef-d'oeuvre corrosif du titan soviétique, rare témoignage du génie dans la débride la plus complète, avant des heures bien sombres. Mais attention, cette avant-garde est d'une modernité parfois proche de l'insoutenable. Néophytes, s'abstenir !




    Opéra Bastille, Paris
    Le 14/11/2005
    Benjamin GRENARD

    Nouvelle production du Nez de Dimitri Chostakovitch mise en scène par Yuri Alexandrov, par la troupe du Théâtre Mariinski sous la direction de Valery Gergiev à l'Opéra de Paris.
    Dimitri Chostakovitch (1906-75)
    Le Nez, opéra en trois actes et dix tableaux (1930)
    Livret de Evgueni Zamiatine, Georgui Ionine, Alexander Preis et Dimitri Chostakovitch d'après la nouvelle de Gogol.

    Choeurs et Orchestre du Théâtre Mariinski de St-Pétersbourg

    direction : Valery Gergiev
    mise en scène : Yuri Alexandrov
    décors : Zinovy Margolin
    costumes : Maria Danilova
    éclairages : Gleb Filshtinsky
    préparation des choeurs : Andrei Petrenko

    Avec :
    Vladimir Tyulpanov (Platon Kouzmich Kovalev), Alexei Tannovitsky (Ivan Iakovlevitch), Tatiana Kravtsova (Praskovia Ossipovna / la mère), Andrei Popov (le Gendarme du quartier), Sergei Semishkur (le Nez), Gennady Bezzubenkov (le Docteur), Sergei Romanov (le laquais), Vadim Kravets (l'employé du journal), Sergei Skorokhodov (Ivan, valet de Kovalev / un officier de police), Tatiana Filimonova (la dame), Valery Lebed (le père), Vasily Gorshkov (Pierre Féodorovitch), Alexander Gerasimov (Ivan Ivanovitch), Olga Markova Mikhailenko (une vieille dame noble), Ekaterina Tsenter (la marchande), Evgeny Strashko (Iarijkine), Larissa Shevchenko (Pélagie Grigorievna Podtotchine), Tatiana Pavlovskaia (la fille Podtotchine), Viktor Vikhrov (le vieillard), Alexander Gerasimov (un mercanti), Avgust Amonov (un colonel), Liudmila Kanunikova (une dame respectacle), Vladislav Uspensky et Nikolai Kamensky (ses deux enfants), Vladimir Samsonov (Khorzev-Mirza), Yuri Vorobiev (un policier en service / un valet), Rada Baklunova (Sirin).

     



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