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CRITIQUES DE CONCERTS 09 décembre 2019

Concert Vivaldi avec la mezzo Vesselina Kasarova et l'Ensemble 415 sous la direction de Chiara Banchini au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.

Perles irrégulières
© BMG

Lors de son dernier passage √† Paris dans Alcina, Vesselina Kasarova n'avait que partiellement convaincu de son ad√©quation avec le r√©pertoire baroque. Sa rencontre avec l'Ensemble 415, baroqueux s'il en est, paraissait donc pour le moins improbable. Par del√† les exc√®s, la mezzo-soprano bulgare n'en a pas moins offert des Vivaldi d'une envo√Ľtante inventivit√© musicale.
 

Le 07/12/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Il y a √† peine plus de dix ans, l'Ensemble 415 de Chiara Banchini livrait avec la complicit√© d'Andreas Scholl une des versions les plus extatiques du Stabat Mater de Vivaldi. Avec Vesselina Kasarova, diva consacr√©e de Zurich √† Paris dans le bel canto romantique de Rossini, Donizetti et Bellini, la perspective est √©videmment toute autre. Apr√®s deux concertos plus convaincants d'esprit et de couleurs que de mise en place, la mezzo bulgare fait une apparition sculpturale, √©tincelante, de rouge et de noir z√©br√©e, telle une Carmen contemporaine.

    Sous ses faux airs de femme fatale, la Kasarova impose d'emblée une présence, un rayonnement quasi-musical, décuplé dès que retentissent les premières notes. Transfigurée, elle attaque sa déploration d'une voix suffoquée, inquiétante : registres plus que disparates, oscillant entre pureté virginale et graves de matrone, les garants de l'orthodoxie vocale en seront pour leurs frais, à l'instar des docteurs ès styles, offusqués par tant d'excès.

    Impossible pourtant de r√©sister √† l'art envo√Ľtant de la chanteuse. Du seul instinct, chaque mesure semble na√ģtre de l'instant, de l'orientation du regard, de la souplesse du corps, du don absolu d'une grande artiste. Pas une nuance ne semble d√©finitive, tant la mezzo-soprano s'investit dans chaque pianissimo, jusqu'√† perdre le souffle, la justesse, retrouv√©s aux termes d'une qu√™te physique et spirituelle. Car ce chant n'est que vari√©t√©, dont pas un son ne ressemble au pr√©c√©dent, pas une intention ne se r√©p√®te : perle authentiquement irr√©guli√®re, baroque.

    Le dialogue avec les musiciens n'est de surcro√ģt jamais interrompu. Venus d'horizons si divers, l'Ensemble 415 et Vesselina Kasarova n'en communiquent pas moins avec le m√™me langage, la musique. Ainsi, Chiara Banchini a elle aussi ses d√©faillances, d'un archet moins volubile, moins spectaculaire que certains de ses pairs, mais aussi une capacit√© √† faire s'√©lever un chant √©corch√©, qui rend √† Vivaldi une profondeur oubli√©e, pour que deux femmes d'exception prouvent que la perfection technique n'est pas plus n√©cessaire que suffisante √† l'expression musicale.

    Bien davantage que le Stabat Mater, le Nisi Dominus flatte l'√©mission et le timbre lumineux de la mezzo-soprano, confondante d'abattage dans les parties les plus virtuoses. Et le Cum dederit, fragilement suspendu par une justesse sans cesse vacillante, mais d'une vari√©t√© dynamique absolument inou√Įe, inimaginable, et toujours r√©invent√©e, quasi-exp√©rimentale, n'a jamais √©t√© si hypnotique, tandis que le dialogue avec la viole d'amour du Gloria Patri se situe √† un intouchable niveau d'instrumentalit√©, d√®s lors que Vesselina Kasarova exalte les sonorit√©s de l'ensemble de son corps.

    D√©j√† intimement boulevers√©s, jusque dans nos certitudes, il ne nous restait plus qu'√† verser des larmes. Extrait d'Ariodante de Haendel, Scherza infida se situe au sommet de l'art de la fureur d√©sol√©e. A l'inverse d'une Magdalena Ko¬ěen√° fig√©e il y a peu dans une rh√©torique affect√©e, Vesselina Kasarova, la projection soudain intense, s'y jette √† corps perdu, versant des larmes de sang.




    Le 07/12/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Concert Vivaldi avec la mezzo Vesselina Kasarova et l'Ensemble 415 sous la direction de Chiara Banchini au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.
    Antonio Vivaldi (1678-1741)
    Concerto pour orchestre en sol mineur RV 108
    Concerto pour orchestre en fa mineur RV 143
    Stabat Mater, RV 621 (1712)
    Concerto pour deux violons et orchestre en la mineur op. 3 n¬į 8, RV 522
    Concerto ¬ę Madrigalesco ¬Ľ en r√© mineur RV 129
    Nisi Dominus, RV 608 (1717)

    Vesselina Kasarova, mezzo-soprano
    Ensemble 415
    direction et violon : Chiara Banchini

     


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