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CRITIQUES DE CONCERTS 17 février 2018

Nouvelle production de l'Amour des trois oranges de Prokofiev mise en scène par Gilbert Deflo et sous la direction de Sylvain Cambreling à l'Opéra de Paris.

Trois succulentes oranges
© Eric Mahoudeau

Belle réussite de cette entrée à la Bastille du célèbre mais très épineux opéra de Prokofiev l'Amour des trois oranges dans sa version originale en français. En tête d'affiche, une superbe composition de Charles Workman en Prince aux allures de Deburreau et une mise en scène qui sait traiter la vérité de chaque personnage, le tout dans une remarquable direction d'acteurs.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 05/12/2005
Gérard MANNONI
 



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  • Il était très astucieux de présenter successivement au public parisien deux opéras du XXe siècle à la fois aussi proches et aussi différents que le Nez de Chostakovitch et l'Amour des trois oranges de Prokofiev. L'Opéra de Paris explore des voies hors des sentiers battus par la plupart des maisons d'opéra et dans un univers poétique, onirique, farfelu et totalement typique de l'imagination russe.

    L'intrigue des Trois oranges est tout aussi peu cartésienne que celle du Nez. D'une certaine manière, on y nage en plein délire, mais un délire cousin de celui des contes philosophiques de Voltaire. Si elle donne l'impression de partir dans tous les sens, la fantaisie des auteurs n'est en fait jamais innocente et, comme dans les contes de Gogol ou de Tchekhov, elle est toujours soutendue par de multiples arrière-pensées d'ordre politique, social ou philosophique. En résultent des opéras qui, bien des années après une époque qu'ils étaient censés à révolutionner, gardent une originalité, une fraîcheur et une verdeur très rasserénantes dans une saison lyrique.

    Disons le d'emblée et sans chauvinisme : la production des Trois oranges est nettement plus cohérente et, finalement, réussie, que celle du Nez, par trop débridée et confuse. Ici, tout contribue à clarifier un propos que l'on est en droit de ne pas saisir au premier abord. La remarquable direction d'acteurs de Gilbert Deflo ne laisse rien au hasard et le moindre personnage est bien cerné, travaillé, imaginé de manière personnelle et théâtrale. La réussite la plus exceptionnelle en ce domaine concerne le rôle du Prince confié à l'excellent Charles Workman, maintes fois applaudi à l'Opéra dans Mozart notamment.

    © Eric Mahoudeau

    S'il chante à la perfection ce rôle délicat, il compose aussi un personnage dans le style de ce que faisait Jean-Louis Barrault recréant le grand mime Deburreau dans le film les Enfants du paradis. C'est follement subtil, poétique, irréel, et d'une très grande beauté de silhouette, de geste, d'expression. Mais tous les autres sont ciselés avec une égale ingéniosité et ce cirque assez dément possède une vie de chaque instant qui rehausse la portée de ce travail à la Meyerhold où le jeu théâtral est le support principal du propos politique de l'oeuvre. En effet, ne nous y trompons pas, sous ses aspects de Commedia dell'arte déjantée, le conte n'est pas plus innocent que Candide ou Zadig.

    Dans la pléthorique distribution, il faut citer en particulier le Farfarello de Jean-Sébastien Bou, jeune chanteur qui continue à honorer les espoirs mis en lui, la très belle voix d'Aleksandra Zamojka en Princeese Ninette, le remarquable Truffaldino de Barry Banks et l'irréprochable Roi de Trèfle de Philippe Rouillon. Béatrice Uria-Monzon est un peu sous-employée en Fata Margana, bien trop belle pour un aussi fourbe personnage ! Quant à José van Dam en Tchélio, on doit bien avouer que cet immense artiste n'est plus vocalement que l'ombre de lui-même, et que la voix ne passe plus la rampe que sur une part réduite de la tessiture du haut-médium. Préparés avec beaucoup de précision par Peter Burian, les choeurs ont une présence des plus efficaces malgré la difficulté de leur partie, et jouent le jeu voulu par Deflo avec un bel engagement. Les décors et les costumes dans le style du cirque sont très adaptés au propos et tout à fait cohérents avec l'ensemble du travail du metteur en scène.

    Dans la fosse, Sylvain Cambreling pourrait peut-être se laisser aller parfois à plus de lyrisme, mais il donne une lecture très claire de cette partition conçue comme un montage cinématographique par Prokofiev, ce qui vaut infiniment mieux que les excès sonores entendus avec l'Orchestre du Mariinski dans cette même fosse pour le Nez. Et le chef français mène tout ce monde dans un rythme qui est aussi celui qu'auraient certainement souhaité les auteurs de l'oeuvre, plus soucieux d'organiser une succession rapide et vive de tableaux que de se perdre en sensations romantiques.

    La soirée passe allègrement, pleine de belles images, de couleurs, de belle musique et de beau chant. Trois oranges succulentes au moment de Noël, voilà sans doute la meilleure production possible pour la période des fêtes.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 05/12/2005
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production de l'Amour des trois oranges de Prokofiev mise en scène par Gilbert Deflo et sous la direction de Sylvain Cambreling à l'Opéra de Paris.
    Sergei Prokofiev (1891-1953)
    L'Amour des trois oranges, opéra en un prologue et quatre actes
    Version originale en langue française

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Sylvain Cambreling
    mise en scène : Gilbert Deflo
    décors et costumes : William Orlandi
    éclairages : Joël Hourbeigt
    chorégraphie : Marta Ferri
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Lucia Cirillo (Sméraldine), Natacha Constantin (Nicolette), Hannah Esther Minutello (la Princesse Clarice), Letitia Singleton (Linette), Béatrice Uria-Monzon (Fata Morgana), Aleksandra Zamojska (Ninette), Guillaume Antoine (Léandre), Jean-Luc Ballestra (Pantalon), Barry Banks (Truffaldino), David Bizic (le Hérault), Jean-Sébastien Bou (Farfarello), Nicolas Marie (Le Maître de cérémonies), Philippe Rouillon (le Roi de Trèfle), José van Dam (Tchélio), Victor von Halem (La Cuisinière), Charles Workman (Le Prince).

     



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