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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Création à Paris du Siegfried de Wagner mis en scène par Bob Wilson et sous la direction de Christoph Eschenbach au Théâtre du Châtelet.

Ring 2005-2006 (3) :
Premier aboutissement

© M. N. Robert

Volker Vogel (Mime)

Entamé à l'automne dernier, le Ring du Châtelet reprend son cours après une interruption de presque un trimestre. Cette fois, entre une distribution relativement solide, une concentration nettement supérieure en fosse et les images toujours aussi envoûtantes de Robert Wilson, un certain rythme de croisière semble atteint avec ce Siegfried d'emblée d'un tout autre niveau.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 26/01/2006
Yannick MILLON
 



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  • Faut-il y voir un signe de maturation ? Ce troisième volet du Ring du Châtelet apparaît en tout cas nettement supérieur aux deux premiers. La réalisation scénique de Wilson retrouve le visuel magique de l'Or du Rhin, jusqu'à convaincre plus encore. On aura rarement vu deuxième acte aussi concentré, resserré dans sa dramaturgie, de l'inoubliable lever de rideau sur une forêt nocturne d'arbres mouvants aux apparitions chorégraphiées de l'oiseau, en passant par un épisode du dragon de ceux dont se délecte tout effrayé l'imaginaire de l'enfance.

    De plus, la direction d'acteurs se fait étonnament mobile, caractérisant au mieux le nain Mime, tantôt sournois et inquiétant, tantôt amusant et ridicule ? les traversées de scène à cloche-pied, affolées, pendant les réponses du Wanderer. Mais Wilson, à l'instar de Chéreau, semble concevoir un Siegfried anti-héros, grand benêt qui débarque en territoire fafnérien en slalomant entre les arbres, comme télécommandé, privé de libre arbitre. Comme toujours chez l'Américain, un travail scénique admirable d'économie, de stylisation, qui tend seulement à s'essouffler une fois la barrière de feu franchie au III.

    © M. N. Robert

    À l'heure où aucune typologie vocale n'est plus sinistrée que la voix de ténor wagnérien, le Siegfried de Jon Frederic West s'avère un premier choix. Voix virile, incroyablement puissante, qui tient parfaitement la distance et assure au mieux la zone de passage d'un rôle écrasant. Et tant pis pour la mezza-voce, car toutes les notes sont là, chantées d'égale émission, ce qui est déjà un luxe en soi.

    L'autre luxe, c'est le Mime glapissant, au timbre acéré, au parfait mélange de chanté et d'imprécations quasi-parlées de Volker Vogel, admirable diseur, admirable comédien, ne sombrant jamais dans l'histrionisme ; c'est aussi le Fafner XL de Kurt Rydl, grave abyssal et vibrato Paris-Bayreuth. Modeste en comparaison, la Brünnhilde de Linda Watson se démarque plus par son fréquent recours à la nuance piano, son chant sfumato, évaporé, à même de prodiguer de beaux moments ? Heilig schied sie aus Walhall ! ? que par une vaillance limitée ? un duo terminal court de souffle, soldé par un contre-ut étranglé.

    © M. N. Robert

    On ne reviendra pas sur les insuffisances du Wotan de Jukka Rasilainen, qui, sans doute porté par un entourage plus stable, retrouve en début de soirée un semblant de tenue, explicable aussi par la tessiture moins basse du Wanderer. On n'en dira pas autant de l'Erda sans rayonnement, engoncée dans son grave, de Qiu Lin Zhang, alors que l'Alberich de Sergei Leiferkus, exotique de couleur comme de diction, demeure un modèle d'incarnation fielleuse et de sûreté d'aigu.

    Après la fébrilité de la Walkyrie, la direction de Christoph Eschenbach gagne en souplesse, en fluidité narrative ? motif du Wanderer, Murmures de la forêt. Reste une sensible chute de tension au III qu'on espère passagère ? prélude agité mais sans ce tellurisme qui fait les grandes directions wagnériennes ; scène d'Erda en mal de souffle prophétique. Car l'Orchestre de Paris se montre sous son meilleur jour, qui parvient à éclairer la matière wagnérienne de ses cordes ductiles, de ses vents miroitants ? le solo de cor sans faille d'André Cazalet, la précision des interventions du tuba de Stéphane Labeyrie.

    Abouti au niveau scénique, estimable au niveau musical, ce Siegfried reste pour l'heure et de loin le meilleur maillon du cycle du Châtelet. En espérant un Crépuscule de la même eau




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 26/01/2006
    Yannick MILLON

    Création à Paris du Siegfried de Wagner mis en scène par Bob Wilson et sous la direction de Christoph Eschenbach au Théâtre du Châtelet.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Siegfried, deuxième journée en trois actes du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)
    Livret du compositeur

    Orchestre de Paris
    direction : Christoph Eschenbach
    mise en scène, scénographie : Robert Wilson
    costumes : Frida Parmeggiani
    éclairages : Robert Wilson & Kenneth L. Schutz

    Avec :
    Jon Frederic West (Siegfried), Volker Vogel (Mime), Jukka Rasilainen (Wotan), Sergei Leiferkus (Alberich), Kurt Rydl (Fafner), Linda Watson (Brünnhilde), Qiu Lin Zhang (Erda), Natalie Karl (voix de l'Oiseau de la forêt).

     



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