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CRITIQUES DE CONCERTS 07 avril 2020

Domaine Privé Anne Sofie von Otter à la Cité de la Musique, Paris.

Anne Sofie dans tous ses Ă©tats
© DG Universal

Du baroque à la pop, Anne Sofie von Otter est partout chez elle, avec la même aisance, la même conscience aiguë du style. Et ceux qui doutaient encore de sa capacité à passer quasi-instantanément d'un répertoire à l'autre auront pu goûter son art de la ciselure une semaine durant grâce au Domaine Privé que lui consacrait la Cité de Musique.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 28/01/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Son Domaine PrivĂ©, espace de libertĂ© offert Ă  un musicien par la CitĂ© de la Musique pour y dĂ©voiler son univers artistique, Anne Sofie von Otter l'a voulu comme une anthologie de la mĂ©lodie : quatre siècles de musique pour cette exploration ciselĂ©e de l'Europe musicale. EntourĂ©e de ses plus fidèles complices, la mezzo suĂ©doise traverse les styles, les langues, les rĂ©pertoires avec cette classe inimitable qui a fait d'elle une star par ses seules qualitĂ©s musicales. Car en termes de timbre, d'ambitus, de simple projection, cette voix que l'on a appris Ă  connaĂ®tre, Ă  aimer, n'a jamais Ă©tĂ© spectaculaire. D'autant que ces derniers temps, son velours si fragile a paru plus d'une fois terni, dĂ©charnĂ© mĂŞme, d'une palette de plus en plus limitĂ©e.

    Le programme de mélodies baroques qui ouvrait cette semaine avec la chanteuse la plus polyvalente de sa génération n'aura rien laissé paraître de ces légères fêlures. Sachant plus que toute autre, par la conscience aiguë de ses limites, jouer d'une acoustique, Anne Sofie von Otter prend possession de l'Amphithéâtre de la Cité de la Musique par sa seule présence, et ose ces plus infinitésimales nuances qui sont sa signature.

    Détails insoupçonnés

    Jamais pourtant l'affectation ne prend le pas sur le naturel de cet art subtil : le Lamento d'Arianna se dévoile dans toute sa nudité, tandis que le virevoltant Amanti, io vi so dire de Benedetto Ferrari se pare des plus réjouissants accents, que la berceuse d'Arnalta suspend dans un rêve éveillé – celui d'Anne Sofie von Otter telle qu'il faudrait toujours l'entendre, en toute intimité. Sans doute les contre-ténors ont-ils su mettre davantage d'étrangeté à Purcell, mais les Dowland révèlent des détails insoupçonnés. Et surtout, ce Lambert si délicatement dit, et orné, ouvre de précieuses perspectives.

    Plus que l'art de la chanteuse, un rien distante de surcroît, le deuxième programme fait valoir cette seconde carrière à laquelle Marc Minkowski se consacre de plus en plus. Si la Valse de l'empereur est un peu grasse, sa 1re symphonie de Brahms est loin de manquer d'allure. Des effets appuyés certes, attendus aussi, mais un sens de la progression, et surtout de la pâte sonore, qui font une vision d'un autre temps, sans doute, mais d'autant plus exaltante que le Chamber Orchestra of Europe est en état de grâce.

    DĂ©cevants Mahler

    En revanche, les Lieder eines fahrenden Gesellen de Mahler déçoivent. Sublimement enregistrés avec John Eliot Gardiner, ils pâtissent principalement de l'acoustique redoutable de la Salle des concerts, écrin bien moins favorable à une voix fragilisée aux extrêmes. Car la conduite supérieure de la ligne ne compense pas toujours la blancheur du timbre, où l'on souhaiterait des angles plus saillants.

    Le programme de mélodies françaises souffre peu ou prou des mêmes travers. Chambriste réputée, toujours à l'écoute, la mezzo suédoise peine à paraître concernée dans la Bonne chanson de Fauré, dont les consonnes se perdent dans un espace trop vaste, d'une ciselure dès lors bien inutile. C'est au disque, encore, qu'il faudra donc goûter cet art de l'impalpable.

    Pour l'ultime concert, un programme Pop & folk merveilleusement peaufiné, Anne Sofie von Otter apparaît métamorphosée, l'enthousiasme retrouvé, tant cette musique lui semble une seconde peau. La mezzo suédoise mène son show avec une irrésistible décontraction, usant du micro avec virtuosité : Musique populaire suédoise, bien sûr, clin d'œil à Mistinguett – Mon homme, d'une gouaille ravageuse –, et surtout des Weill simplement géniaux d'abattage. Et lorsqu'en bis, l'Octavian, l'Ariodante, le Sesto de sa génération entonne Charles Trenet, c'est notre coeur qui fait boum !




    Cité de la Musique, Paris
    Le 28/01/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Domaine Privé Anne Sofie von Otter à la Cité de la Musique, Paris.
    Domaine privé Anne Sofie von Otter
    22, 24, 26, 28 janvier 2005 à la Cité de la Musique

     


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