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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Récital du pianiste Ivan Moravec dans le cadre de Piano**** au Théâtre du Châtelet, Paris.

La leçon d'un maître tchèque

Peu souvent entendu chez nous, et surtout peu préoccupé de médiatisation, le grand pianiste tchèque Ivan Moravec nous a rappelé le temps d'une soirée miraculeuse de Piano**** ce qu'était l'essence même de l'art pianistique : un art tourné vers l'essentiel, vers la substantifique moëlle du discours musical, loin des effets et de la virtuosité gratuite.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 25/01/2006
Gérard MANNONI
 



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  • La France, c'est vrai, a mis un certain temps avant de s'intéresser à Ivan Moravec. Et même aujourd'hui, alors que le grand maître du piano a soixante-quinze ans passés, il ne jouit pas encore chez nous de la popularité accordée à tant de valeurs secondaires. Et pourtant, n'est-il pas l'un des très rares pianistes dont l'art ne passe pas d'abord par une démonstration technique ?

    Avec lui, on se situe d'emblée dans l'héritage des Serkin, des Gieseking, des Kempff, pour ne citer que quelques noms parmi ceux d'une génération disparue et pour qui faire de la musique passait avant toute autre préoccupation. Disciple notamment de Michelangeli, Moravec incarne un type de rapport à l'instrument et au répertoire en voie d'extinction. Les nouvelles générations ont le plus souvent une autre vision des moyens à employer pour s'exprimer, pour séduire. La technique prime souvent, avec tout ce que cela a de positif et d'exaltant, de limitatif aussi. Mais qui sait nous faire rêver avec cette subtilité, cette finesse, cette profondeur d'analyse dans la plus totale simplicité apparente ?

    Dès les Scènes d'enfants de Schumann qui ouvrent la soirée, on comprend que le ton sera celui de la confidence, mais d'une confidence travaillée et mise en forme de manière à occuper l'espace entier de la vaste salle du Châtelet. Ce n'est aucunement de la musique de salon, et surtout pas dans ces pièces intimes tellement chargées des humeurs les plus diverses de l'âme romantique.

    Avec la suite Pour le piano, de Debussy, nous changeons totalement d'univers sonore, avec des couleurs plus affirmées, où la fluidité le dispute à la lumière. Le toucher est miraculeux, l'instrument réagit comme de manière autonome, d'une vie qui lui semble propre. Quant à Chopin, qu'il s'agisse de la Fantaisie en fa mineur, de la 1re ballade ou des Nocturnes, c'est le même effacement de la virtuosité derrière la pensée et la sensibilité.

    La phrase chante avec liberté, dans un rubato idéal d'équilibre, les accès d'angoisse ou de violence paraissent venir du plus profond de l'être et non de la force des poignets, et les épanchements mélancoliques vous fendent l'âme tant ils sont directs, sincères, incontournables dans leur poétique désespérance. Jamais une nuance n'est forcée, jamais un effet n'est excessif ou inutile. Aucun exhibitionnisme mais juste ce qu'il faut d'impudeur pour révéler à un public ce que ces pages ont éveillé en vous.

    Du choix des oeuvres jusqu'à leur interprétation, on reconnaît le cheminement de l'artiste authentique dont les choix s'imposent par leur évidence, dans la maîtrise d'un art tourné vers l'essentiel. Quelle leçon !




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 25/01/2006
    Gérard MANNONI

    Récital du pianiste Ivan Moravec dans le cadre de Piano**** au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Schumann, Debussy, Chopin
    Ivan Moravec, piano

     


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