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CRITIQUES DE CONCERTS 18 aoŻt 2019

Reprise de Rigoletto de Verdi dans la mise en sc√®ne de J√©r√īme Savary et sous la direction de Renato Palumbo √† l'Op√©ra de Paris.

La pierre angulaire

√Ä la t√™te d'une distribution in√©gale, le chef Renato Palumbo a donn√© une magistrale le√ßon de direction pour cette reprise de la production de J√©r√īme Savary de Rigoletto. Des d√©buts parisiens qui marqueront les m√©moires et les musiciens de l'orchestre, √† une √©poque o√Ļ les grands chefs verdiens sont devenus une denr√©e rare.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 11/02/2006
Gérard MANNONI
 



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  • C'est peut-√™tre en ce qui concerne le choix des chefs d'orchestre que la politique artistique de Gerard Mortier s'est montr√©e jusqu'√† pr√©sent d'une efficacit√© peu discutable, √† quelques exceptions pr√®s portant d'ailleurs davantage sur l'ad√©quation d'une personnalit√© et d'un r√©pertoire que sur la qualit√© intrins√®que desdites personnalit√©s. En invitant √† Paris Renato Palumbo il nous a r√©v√©l√© un chef verdien de tout premier ordre. Il est bien rare d'entendre une partition aussi d√©licate que celle de Rigoletto men√©e avec pareille intelligence et un sens aussi aigu de la place de cette musique dans l'oeuvre du compositeur. Avec Rigoletto, Verdi n'a pas encore totalement oubli√© le bel canto pur, mais il s'est d√©j√† bien engag√© sur d'autres chemins, ceux d'un r√©alisme et d'une th√©√Ętralit√© qui marqueront de plus en plus ses partitions ult√©rieures.

    Il faut donc savoir en permanence jongler avec plusieurs styles, passer des langueurs orn√©es d'un romantisme un peu √©vanescent aux √©lans et aux fureurs de passions exprim√©es de mani√®res beaucoup plus directes. Il faut aussi trouver les couleurs qui mettent le mieux en valeur chaque √©tat d'√Ęme et laisser r√™ver l'orchestre au bon moment pour le lancer au galop quelques mesures plus loin. Tout cela, Renato Palumbo le ma√ģtrise avec une s√Ľret√© confondante, tenant vraiment toute la repr√©sentation au bout de sa baguette et recueillant √† la fin, non seulement l'ovation de la salle, mais les applaudissements de tout l'orchestre lui-m√™me !

    La mise en sc√®ne de J√©r√īme Savary n'a rien perdu de son efficacit√©. C'est de l'excellent travail traditionnel, o√Ļ l'on raconte l'histoire et pas tout autre chose, dans un d√©cor et des costumes correspondant √† l'√©poque de l'action. On en presque tout d√©rout√© !

    Une Gilda aux mille nuances

    La distribution est largement domin√©e par la Gilda de Laura Claycomb, tr√®s jolie personne √† la voix ravissante et si bien men√©e qu'elle se permet mille nuances en des moments o√Ļ tant d'autres interpr√®tes ne peuvent que se soucier de faire du son. C'est musical, merveilleux √† entendre, avec des aigus tour √† tour percutants et suspendus comme on n'en fait plus et une ligne de chant men√©e sans faiblesse.

    La ligne de chant, voil√† ce qui manque au t√©nor turc B√ľlent K√ľlekci √† la voix sans charme, au timbre ingrat, √† la silhouette gauche. De Ram√≥n Vargas √† Marcelo Alvarez, cette production avait b√©n√©fici√© de Ducs de Mantoue d'une toute autre pointure et dot√©s surtout de moyens d'un √©clat plus verdien. Malgr√© un constant investissement dramatique le Rigoletto d'Andrzej Dobber p√Ętit aussi d'un manque de rayonnement vocal, avec un bas m√©dium sans relief et une certaine difficult√© √† rendre justice au phras√© bel cantiste quand il se pr√©sente.

    En revanche, on remarque la très belle voix grave de Ain Anger, Sparafucile impressionnant tant par la qualité du timbre que par la composition du personnage. Autant Martine Mahé s'impose en Giovanna, autant Dagmar Pecková ne parvient à donner ni présence ni relief à Maddalena.

    Mais, une fois encore, malgré ses inégalités et ses faiblesses de plateau, le spectacle fonctionne, comme toujours à l'opéra quand le chef, pierre angulaire de l'édifice musical, a la présence, l'autorité, la technique et l'inspiration adéquats.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 11/02/2006
    Gérard MANNONI

    Reprise de Rigoletto de Verdi dans la mise en sc√®ne de J√©r√īme Savary et sous la direction de Renato Palumbo √† l'Op√©ra de Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1883)
    Rigoletto, opéra en trois actes (1851)
    Livret de Francesco Maria Piave d'après le Roi s'amuse de Victor Hugo

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Renato Palumbo
    mise en scène : Jérome Savary
    décors : Michel Lebois
    costumes : Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi
    éclairages : Alain Poisson
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    B√ľlent K√ľlekci (Il Duca di Mantova), Andrzej Dobber (Rigoletto), Laura Claycomb (Gilda), Ain Anger (Sparafucile), Dagmar Peckov√° (Maddalena), Philippe Fourcade (Il Conte di Monterone), Martine Mah√© (Giovanna), Sergei Stilmachenko (Marullo), Mihajlo Arsenski (Matteo Borsa), Yuri Kissin (Il Conte di Ceprano), Natacha Constantin (La Contessa), Letitia Singleton (Paggio della Duchessa), Jian-Hong Zhao (Usciere di corte).

     



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