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CRITIQUES DE CONCERTS 02 avril 2020

Nouvelle production de Mazeppa de mise en scène par Peter Stein et sous la direction de Kirill Petrenko à l'Opéra de Lyon.

La vérité dramatique par la musique
© Michel Cavalca

Anatoli Kotscherga (Kotchoube√Į)

Alors que Paris pr√©sente un Don Giovanni d√©tourn√© √† la D√©fense, Lyon offre une nouvelle production de Mazeppa sous des dehors historicisants. On laissera cependant de c√īt√© la mise en sc√®ne d√©cevante de Peter Stein pour se d√©lecter d'un niveau musical admirable, o√Ļ le Kotchoube√Į d'Anatoli Kotscherga emporte tout sur son passage.
 

Opéra national, Lyon
Le 05/02/2006
Benjamin GRENARD
 



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  • Du premier r√īle au moindre second couteau, la nouvelle production lyonnaise de Mazeppa affiche un plateau irr√©prochable. Qu'il s'agisse de la Maria passionn√©e jusqu'√† la folie d'Anna Samuil, jeune fille immature et ind√©cise jusque dans ses demi-teintes, ou du cosaque ivrogne d√©jant√© d'Eberhard Francesco Lorenz, chaque r√īle sonne dramatiquement juste.

    Mikha√Įl Agafonov est un Andre√Į lumineux et puissant, t√©nor ardent et juv√©nile mais suffisamment senti psychologiquement pour ne pas ravir la premi√®re place aux v√©ritables personnages masculins de premier plan que sont Mazeppa et Kotchoube√Į. Lioubov bris√©e, √©pouse et m√®re pr√™te √† se damner corps et √Ęme, Marianna Tarasova, au timbre de mezzo rac√© et √† la projection id√©ale, offre une incarnation m√©morable.

    Dans cette distribution remarquable, les qualit√©s vocales des deux rivaux s'ajustent jusqu'√† faire parfaitement sens avec le drame. On ne sera ainsi nullement surpris que des deux adversaires, Maria choisisse Mazeppa, car le baryton magnifique, souple et puissant de Wojtek Drabowicz, d'une parfaite √©galit√©, est s√©duisant et m√Ęle √† souhait. Certes moins styl√©, Anatoli Kotscherga, √† l'√©mission rugueuse, presque r√Ępeuse et √† la projection ph√©nom√©nale, sid√®re par sa musicalit√© brute qui nous vaut un d√©but de II confondant de v√©rit√©. La noirceur du pourtant tr√®s honorable Orlik de Marek Gasztecki en p√Ęlirait presque en comparaison, car Kotscherga a un art de la caract√©risation si marqu√© que l'on finit par se demander si Kotchoube√Į ne devrait pas supplanter Mazeppa comme r√īle-titre.



    Pour soutenir ce plateau de choix, Kirill Petrenko fait la d√©monstration d'une direction d'√©toffe parfaitement tcha√Įkovskienne, tour √† tour th√©√Ętrale, puissante, lyrique et chantante. Si l'ouverture d√©bute un rien en de√ß√†, jamais la tension ne faiblira dans cette lecture aussi ouvrag√©e qu'habit√©e. Et certainement pas dans des choeurs dont l'excellence et l'impact physique ne sont plus √† vanter.

    En comparaison, la mise en sc√®ne de Peter Stein para√ģt anecdotique. Porter sur sc√®ne un sujet historique pose toujours des probl√®mes tout √† fait sp√©cifiques. Il en est ainsi de Mazeppa comme des op√©ras de Moussorgski : vaut-il mieux se focaliser exclusivement sur l'√©v√©nement historique, avec costumes d'√©poque et les apparats aff√©rents, ou, par l'introduction d'anachronismes, solliciter particuli√®rement le regard du spectateur, afin que certains aspects du texte saillissent davantage ?

    Une mise en scène exsangue

    En recourrant √† la premi√®re m√©thode ¬Ė mais d'autres y ont r√©ussi ¬Ė, Peter Stein ne nous r√©v√®le rien d'autre que nous ne connaissions d√©j√†. Ne ressort de ce travail sc√©nique qu'une lecture s√®che : si les d√©cors font parfois sens ¬Ė perspective ferm√©e, presque √©trangl√©e, du deuxi√®me tableau pour une maison Kotchoube√Į prise en √©tau apr√®s le d√©part de Maria ¬Ė ils ne suffisent pas √† nourrir un propos exsangue. Une mise en sc√®ne dont, fatalement, le seul m√©rite est de ne pas froisser grand monde.

    √Ä l'heure o√Ļ le metteur en sc√®ne est devenu le premier argument de vente dans les grandes maisons d'op√©ra, cette production reste la preuve rassurante qu'une √©quipe musicale de choc peut rester √† elle seule capable de produire un spectacle de haute tenue.




    Opéra national, Lyon
    Le 05/02/2006
    Benjamin GRENARD

    Nouvelle production de Mazeppa de mise en scène par Peter Stein et sous la direction de Kirill Petrenko à l'Opéra de Lyon.
    Piotr Illitch Tcha√Įkovski (1840-1893)
    Mazeppa, opéra en un trois actes et six tableaux, (1884)
    Livret de Viktor Bourénine et du compositeur d'après Pouchkine

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra de Lyon
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène : Peter Stein
    décors : Ferdinand Wögerbauer
    costumes : Anna Maria Heinrich
    éclairages : Duane Schuler
    chorégraphie : Heinz Wanitschek
    préparation des choeurs : Alan Woodbridge

    Avec :
    Wojtek Drabowicz (Mazeppa), Anatoli Kotscherga (Kotchoube√Į), Marianna Tarasova (Lioubov), Anna Samuil (Maria), Mikhail Agafonov (Andre√Į), Marek Gasztecki (Orlik), Ian Caley (Iskra), Eberhard Francesco Lorenz (Cosaque ivre).

     



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