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CRITIQUES DE CONCERTS 20 avril 2019

Le Fou de Marcel Landowski à l'Opéra de Montpellier

Une déraison magistrale
© Marc Ginot

Le Fou de Marcel Landowski a su être le témoin à charge des pires drames de notre temps, d'où son succès succès hier comme aujourd'hui presque un demi-siècle après sa création. Choisi à l'Opéra de Montpellier pour célébrer les 85 ans du compositeur, mort malheureusement quatre mois avant la première, ce spectacle en guise d'hommage a remporté un grand succès et doit être repris à Nancy et à Paris, au Châtelet.
 

Opéra, Montpellier
Le 12/04/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • Voilà une musique qui accuse de façon foudroyante l'issue trop fatale de la lutte entre le pouvoir et la science. L'argument ? Une ville assiégée vit ses dernières heures dans la famine la plus atroce. Le seul espoir des habitants réside dans les travaux du savant Peter Bel, acharné à mettre au point une machine de guerre qui doit sauver la cité. Parvenu à ses fins, le savant constate avec horreur que s'il peut sauver la cité, il risque de détruire le monde. Devant cette révélation, il refuse de livrer le secret de sa découverte, malgré l'amitié du chef de l'Etat, malgré les menaces du chef de la police et surtout malgré les supplications de son épouse, Isadora. Nul n'étant capable de le faire renoncer, devant la colère du peuple, Peter Bel sera assassiné.
    L'idée du drame est née dans les tranchées lors du second conflit mondial, une nuit où Marcel Landowski était de garde, mitraillette au poing. Plus tard, il demanda à Patrice de la Tour du Pin d'en écrire le livret à partir de certains de ses vers qui avaient impressionné le compositeur. Le poète offrit ses vers, mais non sa plume et Marcel Landowski écrivit le livret avec l'aide de son épouse, la pianiste Jacqueline Pottier, qui trouva le titre de l'oeuvre et écrivit certaines répliques d'Isadora.


    La partition, où se mêlent quelques effets électroacoustiques, est d'une violence rare, et l'on retrouve la puissance tellurique de certaines pages de Stravinsky, de Milhaud ou d'Honegger. Mais c'est du Landowski 100 %, car au-delà de ces références à peine suggérées, presque des réminiscences, il y a la pâte sonore à laquelle désormais il nous habituera, avec ces grands à-plats, ces agrégats sonores qui, de la pluritonalité, flirtent avec l'atonalité, pour mieux permettre aux lignes mélodiques de sourdre, tel le souvenir de cet amour fou qui liait Peter Bel et Isardora. Cette oeuvre n'est qu'un crescendo terrifiant jusqu'à la mort du savant, du " fou " ... puis, comme si l'armée ennemie soudain disparaissait, l'oeuvre se termine par un immense choeur, avec soprano solo, d'une beauté diaphane, et soudain la voix parlée de Peter Bel qui énonce :
    " pour que la vie continue sur la terre,
    il faut que tout cesse pour moi... "
    Pascal Rophé, à la tête de l'Orchestre national de Montpellier qu'il a su transformer - surtout si l'on compare avec les quelques CD qui viennent de paraître chez Actes-Sud - s'est attaché à lire la partition, sans pathos ni grandiloquence. Cette distance prise avec les mots rend à la musique toute sa force.


    D'autant plus que, sur scène, la distribution était d'une qualité supérieure. Cinq chanteurs, dont la diction parfaite permettait de suivre l'action selon les moindres inflexions du livret, guidés par le sens du tragique exacerbé de Daniel Mesguich. Deux personnages sont en scène de la première à la dernière note, Isadora et Peter. L'action gravite autour d'eux. Elle, son amour et sa peur. Lui, sa science et sa conscience. Lui, c'est François Le Roux. Nous avons deux grands barytons en France, les deux formés à l'Opéra-Studio par Louis Erlo et son équipe, les deux alternant, voici un quart de siècle, en Papageno, Jean-Philippe Lafont et Le Roux. Plus différents aujourd'hui, on ne peut concevoir. Le Roux est le maître du texte chanté. Le mot prime la note. Mais la voix est si prenante que la mélodie n'y perd rien et que l'auditeur vit chaque subtilité aussi bien du langage que de la partition. C'est du grand art, doublé d'un sens de la scène incroyable, d'une force dramatique, d'une qualité tragique exceptionnelles. Et Olivier Heyté qui est son double possède une voix si semblable qu'on en doute...
    Claude Darbellay est une découverte. Il est grand, noble, une voix ample et généreuse. Il a tout pour incarner un chef d'Etat qui perd tout pouvoir devant l'honnêteté du savant. Le jeune Martial Desfontaines, avec sa trompette de ténor aigu, campe un chef de la police impitoyable et cauteleux à souhait.
    Enfin il y a Brigitte Balleys. J'ai souvent eu l'occasion d'écrire toute mon émotion devant la beauté de la voix de cette cantatrice. Mais en Isadora, elle se révèle une tragédienne de haut vol, une sorte de douleur incarnée qui sans fard, ni artifice, vous arrache les larmes.




    Opéra, Montpellier
    Le 12/04/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Le Fou de Marcel Landowski à l'Opéra de Montpellier
    Le Fou de Marcel Landowski
    Pascal Roffé, direction musicale
    Noëlle Geny, direction des choeurs
    Daniel Mesguich, mise en scène
    Patrick Méeüs, décors et lumières
    Dominique Louis, costumes
    Avec François Le Roux (Peter Bel=, Olivier Heyté (le reflet de Peter Bel), Claude Darbellay (le Prince), Martial Desfontaines (Arthus), Brigitte Balleys (Isadora).

     


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