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CRITIQUES DE CONCERTS 20 juin 2024

Partenope de Leonardo Vinci et de Georg Friedrich Haendel par La Cappella de'Turchini sous la direction d'Antonio Florio à la Cité de la Musique, Paris.

Partenope triomphante

Sonia Prina

Depuis la création de la Cappella de'Turchini, Antonio Florio s'est attaché à défendre le répertoire napolitain des XVIIe et XVIIIe siècles. Pour honorer Parthénope, mythe fondateur de la ville de Naples, le chef italien a mené ses troupes jusqu'à Londres, après un détour par Venise, révélant de superbes affinités avec l'opéra haendélien.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 28/02/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • En Parth√©nope, mythe fondateur de la ville de Naples, deux personnages l√©gendaires se confondent. Mais √† la sir√®ne au corps d'oiseau vaincue par la lyre d'Orph√©e, puis la ruse d'Ulysse, sur le corps √©chou√© de laquelle fut b√Ętie la ville, le librettiste romain Silvio Stampiglia (1664-1724) a pr√©f√©r√© la vierge grecque, fille du Roi de Thessalie, fondatrice de la ville apr√®s sa victoire sur le peuple de Cumes, h√©ro√Įne id√©ale pour le dramma in musica alors en pleine mutation. Si le livret de Partenope ne manque pas de faire triompher la fid√©lit√©, ce membre fondateur de l'Acad√©mie de l'Arcadie se garde bien d'appliquer √† la lettre les normes institu√©es par des r√©formateurs plus z√©l√©s, tel Apostolo Zeno, en s'illustrant dans le m√©lange des genres tant pris√© √† Venise.

    De Caldara à Vivaldi, et au gré des adaptations, le livret de Partenope, parfois transformé en Rosmira fedele, connut une fortune considérable durant la première moitié du XVIIIe siècle. À cet égard, la version de Leonardo Vinci, créée à Venise en 1725, n'est pas loin de réhabiliter le musicien calabrais, considéré comme le meilleur compositeur d'opéras de sa génération. Sa veine mélodique inépuisable permet en effet à l'intrigue de progresser avec une rare fluidité.

    Flattée par la tessiture courte et les accents belliqueux de Partenope, Sonia Prina ne fait qu'une bouchée de la vierge guerrière, malgré une justesse approximative et les gargarismes qui lui tiennent lieu de vocalises. Sans se départir de ses accents de soubrette, Maria Grazio Schiavo anime sa rivale Rosmira avec style et musicalité, la voix trémulante et la tessiture hybride de Maria Ercolano apportant une fragilité bienvenue au malheureux Arsace.

    L'esprit des intermèdes comiques

    Si l'√©lan qui caract√©risait sa lecture lors de la premi√®re fran√ßaise de l'oeuvre au Festival de Beaune lui fait parfois d√©faut, Antonio Florio sait retrouver l'esprit des interm√®des comiques, o√Ļ √©clate le g√©nie bouffe de Domenico Sarro, magistralement servi par l'irr√©sistible Eurilla de l'in√©narrable Giuseppe de Vittorio.

    Le succ√®s de l'op√©ra fut tel qu'il ne tarda pas √† parvenir aux oreilles de Haendel, qui en r√©utilisa une douzaine d'airs dans son pasticcio Elpidia, avant d'en donner sa propre version en 1730. Sensiblement modifi√©, le livret de Stampiglia permit au caro sassone de s'illustrer dans un genre qu'il avait jusqu'alors peu fr√©quent√©, la com√©die. Confi√© √† une soprano, Partenope n'en est que plus volage, tandis que la tessiture d'alto conf√®re au travestissement de Rosmira davantage d'ambigu√Įt√© et de d√©termination.

    Malgré quelques inégalités d'émission et une justesse parfois très relative, Roberta Invernizzi et Sonia Prina y font preuve de vertus comparables, en lignes sculptées, ornées avec un art infini. Face au pouvoir suprême de l'idiome vocal, l'entourage ne peut que s'incliner. Renata Pokupic révèlerait pourtant une belle sensibilité si elle ne courait tant après les graves d'Arsace, alors que les belles manières de haute-contre à la française de Cyril Auvity sont loin de remplir la superbe armure d'Emilio.

    D√®s lors, l'orchestre haend√©lien a toute latitude pour triompher, d'autant que pour son coup d'essai en la mati√®re, Antonio Florio r√©alise un v√©ritable coup de ma√ģtre, tirant le maximum d'une Cappella de'Turchini tour √† tour rutilante, subtile, ironique, et surtout th√©√Ętrale, comme pour mieux contredire les propos acerbes de l'impresario Owen Swiney : ¬ę Partenope [
    ] est le plus mauvais livret que j'ai lu de ma vie : Signor Stampiglia essaie d'y √™tre humoristique et spirituel ¬Ľ. Il y est indiscutablement parvenu.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 28/02/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Partenope de Leonardo Vinci et de Georg Friedrich Haendel par La Cappella de'Turchini sous la direction d'Antonio Florio à la Cité de la Musique, Paris.
    Dimanche 26 février

    Leonardo Vinci (1690 (?)-1730)
    Rosmira fedele (Partenope), opéra en trois actes (1725)
    Intermèdes comiques de Domenico Sarro (1679-1744)
    Livret de Silvio Stampiglia

    Sonia Prina (Partenope)
    Maria Ercolano (Arsace)
    Maria Grazia Schiavo (Rosmira)
    Lucia Cirillo (Emilio)
    Makoto Sakurada (Armindo)
    Rosario Totaro (Ormonte)
    Giuseppe Naviglio (Beltramme)
    Giuseppe de Vittorio (Eurilla)

    Mardi 28 février

    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Partenope, opéra en trois actes (1730)
    Livret de Silvio Stampiglia

    Roberta Invernizzi (Partenope)
    Renata Pokupic (Arsace)
    Sonia Prina (Rosmira)
    Cyril Auvity (Emilio)
    Valentina Varriale (Armindo)
    Christian Senn (Ormonte)

    La Cappella de'Turchini
    direction : Antonio Florio

     


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