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CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2019

Récital Hommage au castrat Giovanni Carestini par le contre-ténor Philippe Jaroussky, accompagné par le Concert d'Astrée sous la direction de Stéphanie-Marie Degand au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Quelques grammes de Carestini
© Ana Bloom

De Carestini, Hasse disait que quiconque ne l'avait pas entendu ne connaissait pas la perfection du chant. C'est dire qu'en rendant hommage au plus sérieux rival de Farinelli, Philippe Jaroussky a placé la barre très haut. Malgré la beauté du timbre, la musicalité et l'énergie déployées, le costume du castrat s'est révélé trop large pour les épaules du contre-ténor le plus doué de sa génération.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 11/03/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • L'art des castrats fascinerait-il tant s'il n'Ă©tait irrĂ©mĂ©diablement perdu ? Ainsi, l'une des plus vastes utopies de la renaissance baroque ne consiste-t-elle pas Ă  vouloir recrĂ©er une vocalitĂ© mythique, illustrĂ©e par des figures romanesques, Ă  l'intrigante ambiguĂŻtĂ© ? Ces cinquante dernières annĂ©es, mezzo-sopranos et contre-tĂ©nors n'ont cessĂ© de se disputer la suprĂ©matie sur ce rĂ©pertoire en joutes de plus en plus virtuoses, jusqu'Ă  ce que la technique ne s'en mĂŞle, mixant deux voix pour faire naĂ®tre l'illusion finalement peu convaincante du plus cĂ©lèbre des musici, Farinelli.

    Non moins bien, et souvent mieux servis par les compositeurs, ses rivaux les plus illustres sortent peu Ă  peu de l'oubli. Ainsi, Andreas Scholl a consacrĂ© son dernier disque Ă  Senesino, castrat haendĂ©lien par excellence, tandis que pour son premier rĂ©cital au Théâtre des Champs-ÉlysĂ©es, Philippe Jaroussky a choisi de rendre hommage Ă  Giovanni Carestini, dit « Il Cusanino Â».

    Ă€ en croire le tĂ©moignage pâmĂ© du flĂ»tiste et thĂ©oricien Johann Joachim Quantz, rapportĂ© par le musicographe anglais Charles Burney, ce dernier n'avait rien Ă  envier Ă  son exact contemporain Farinelli : « C'Ă©tait un acteur très vivant et intelligent et, sa personnalitĂ© comprenant une grande part d'enthousiasme, avec une imagination vive et inventive, il rendait intĂ©ressant tout ce qu'il chantait, avec goĂ»t, Ă©nergie et des embellissements judicieux Â».

    D'abord soprano, Carestini dĂ©buta Ă  Rome en 1721 dans le rĂ´le de Costanza de la Griselda de Scarlatti, avant de remporter un succès retentissant dans Costanza e Fortezza de Johann Joseph Fux, faisant valoir deux octaves, du si grave au contre-ut, Ă  l'occasion du couronnement de Charles VI en 1723. Avec les annĂ©es, sa voix Ă©volua, selon Burney, vers un contralto « d'une rondeur, d'une profondeur et d'une beautĂ© sans pareilles Â».

    Un timbre dont l'assise tend à se dérober

    Les airs de Siface de Porpora et de I Fratelli riconosciuti de Capelli, illustrent la première période, d'une tessiture plus aiguë que les extraits de Farnace de Leo et de la Clemenza di Tito de Hasse, d'un ambitus non moins démesuré pour un contre-ténor. Philippe Jaroussky a beau les investir avec panache, les nombreux sauts typiques de la vocalité des castrats amenuisent l'impact d'un timbre dont l'assise tend parfois à se dérober, tandis que le musicien, aussi subtil soit-il, peine à maintenir le souffle rhétorique d'une musique tour à tour hypnotique et pyrotechnique.

    Usant d'un ambitus tout aussi Ă©tendu, les airs Ă©crits par Haendel pour Carestini, pilier de la « Seconde AcadĂ©mie Â» de novembre 1733 Ă  juillet 1735, prĂ©sentent des tessitures plus restreintes. Le timbre du contre-tĂ©nor y gagne en rondeur comme en couleurs, atteignant sa plĂ©nitude dans Qui l'augel, extrait d'Aci, Galatea e Polifemo, dans sa version avec flĂ»te obligĂ©e remaniĂ©e pour Senesino, et reprise par Carestini le 7 mai 1734.

    Le costume du castrat n'en reste pas moins trop large, là où l'énergie, l'investissement même ne peuvent pallier un certain manque de souffle dramatique : superbement chanté, orné avec conviction, sinon une constante pertinence, le Scherza infinda d'Ariodante se maintient au bord du gouffre haendélien.

    Vaillamment soutenus par un Concert d'Astrée placé sous la direction de son violon solo, Stéphanie-Marie Degand, les déchaînements virtuoses de l'acrobatique Qui ti sfido extrait d'Arianna in Creta, balaieraient pourtant toutes les réserves si Philippe Jaroussky ne s'affirmait au fil de ses prestations comme le meilleur contre-ténor de sa génération, dont les dons innombrables méritent d'être transcendés, au-delà d'un pouvoir de séduction aussi singulier qu'exaltant.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 11/03/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Récital Hommage au castrat Giovanni Carestini par le contre-ténor Philippe Jaroussky, accompagné par le Concert d'Astrée sous la direction de Stéphanie-Marie Degand au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Hommage Ă  Giovanni Carestini

    Arcangelo Corelli (1653-1713)
    Concerto grosso n° 3 en ut mineur

    Nicola Porpora (1686-1768)
    Tu che d'ardire m'attendi
    , air d'Erminio (Siface)

    Giovanni Maria Capelli (1648-1726)
    Ciel nemico avverse stelle, air d'Attalo (I Fratelli riconosciuti)

    Leonardo Leo (1694-1744)
    Se mi dai morte, air de Farnace (Farnace)

    Johann Adolf Hasse (1699-1783)
    Concerto pour flûte, cordes et basse continue en sol majeur op. 3 n° 7
    Se mai sento, Vo disperato, airs de Sesto (la Clemenza di Tito)

    Antonio Vivaldi (1678-1741)
    Concerto pour violon et cordes en ré majeur RV. 208, « Le Grand Mongol »

    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Tu preparati a morire, Scherza infida, airs d'Ariodante (Ariodante)
    Concerto grosso op. 6 n° 2
    Qui l'augel, air d'Aci (Aci e Galatea)
    Ove son
    Qui ti sfido
    , air de Teseo (Arianna in Creta)

    Philippe Jaroussky, contre-ténor

    Le Concert d'Astrée
    Alexis Kossenko, flûte solo
    direction et violon solo : Stéphanie-Marie Degand

     


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