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CRITIQUES DE CONCERTS 26 mai 2018

Récital Hommage au castrat Giovanni Carestini par le contre-ténor Philippe Jaroussky, accompagné par le Concert d'Astrée sous la direction de Stéphanie-Marie Degand au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Quelques grammes de Carestini
© Ana Bloom

De Carestini, Hasse disait que quiconque ne l'avait pas entendu ne connaissait pas la perfection du chant. C'est dire qu'en rendant hommage au plus sérieux rival de Farinelli, Philippe Jaroussky a placé la barre très haut. Malgré la beauté du timbre, la musicalité et l'énergie déployées, le costume du castrat s'est révélé trop large pour les épaules du contre-ténor le plus doué de sa génération.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 11/03/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • L'art des castrats fascinerait-il tant s'il n'était irrémédiablement perdu ? Ainsi, l'une des plus vastes utopies de la renaissance baroque ne consiste-t-elle pas à vouloir recréer une vocalité mythique, illustrée par des figures romanesques, à l'intrigante ambiguïté ? Ces cinquante dernières années, mezzo-sopranos et contre-ténors n'ont cessé de se disputer la suprématie sur ce répertoire en joutes de plus en plus virtuoses, jusqu'à ce que la technique ne s'en mêle, mixant deux voix pour faire naître l'illusion finalement peu convaincante du plus célèbre des musici, Farinelli.

    Non moins bien, et souvent mieux servis par les compositeurs, ses rivaux les plus illustres sortent peu à peu de l'oubli. Ainsi, Andreas Scholl a consacré son dernier disque à Senesino, castrat haendélien par excellence, tandis que pour son premier récital au Théâtre des Champs-Élysées, Philippe Jaroussky a choisi de rendre hommage à Giovanni Carestini, dit « Il Cusanino ».

    À en croire le témoignage pâmé du flûtiste et théoricien Johann Joachim Quantz, rapporté par le musicographe anglais Charles Burney, ce dernier n'avait rien à envier à son exact contemporain Farinelli : « C'était un acteur très vivant et intelligent et, sa personnalité comprenant une grande part d'enthousiasme, avec une imagination vive et inventive, il rendait intéressant tout ce qu'il chantait, avec goût, énergie et des embellissements judicieux ».

    D'abord soprano, Carestini débuta à Rome en 1721 dans le rôle de Costanza de la Griselda de Scarlatti, avant de remporter un succès retentissant dans Costanza e Fortezza de Johann Joseph Fux, faisant valoir deux octaves, du si grave au contre-ut, à l'occasion du couronnement de Charles VI en 1723. Avec les années, sa voix évolua, selon Burney, vers un contralto « d'une rondeur, d'une profondeur et d'une beauté sans pareilles ».

    Un timbre dont l'assise tend à se dérober

    Les airs de Siface de Porpora et de I Fratelli riconosciuti de Capelli, illustrent la première période, d'une tessiture plus aiguë que les extraits de Farnace de Leo et de la Clemenza di Tito de Hasse, d'un ambitus non moins démesuré pour un contre-ténor. Philippe Jaroussky a beau les investir avec panache, les nombreux sauts typiques de la vocalité des castrats amenuisent l'impact d'un timbre dont l'assise tend parfois à se dérober, tandis que le musicien, aussi subtil soit-il, peine à maintenir le souffle rhétorique d'une musique tour à tour hypnotique et pyrotechnique.

    Usant d'un ambitus tout aussi étendu, les airs écrits par Haendel pour Carestini, pilier de la « Seconde Académie » de novembre 1733 à juillet 1735, présentent des tessitures plus restreintes. Le timbre du contre-ténor y gagne en rondeur comme en couleurs, atteignant sa plénitude dans Qui l'augel, extrait d'Aci, Galatea e Polifemo, dans sa version avec flûte obligée remaniée pour Senesino, et reprise par Carestini le 7 mai 1734.

    Le costume du castrat n'en reste pas moins trop large, là où l'énergie, l'investissement même ne peuvent pallier un certain manque de souffle dramatique : superbement chanté, orné avec conviction, sinon une constante pertinence, le Scherza infinda d'Ariodante se maintient au bord du gouffre haendélien.

    Vaillamment soutenus par un Concert d'Astrée placé sous la direction de son violon solo, Stéphanie-Marie Degand, les déchaînements virtuoses de l'acrobatique Qui ti sfido extrait d'Arianna in Creta, balaieraient pourtant toutes les réserves si Philippe Jaroussky ne s'affirmait au fil de ses prestations comme le meilleur contre-ténor de sa génération, dont les dons innombrables méritent d'être transcendés, au-delà d'un pouvoir de séduction aussi singulier qu'exaltant.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 11/03/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Récital Hommage au castrat Giovanni Carestini par le contre-ténor Philippe Jaroussky, accompagné par le Concert d'Astrée sous la direction de Stéphanie-Marie Degand au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Hommage à Giovanni Carestini

    Arcangelo Corelli (1653-1713)
    Concerto grosso n° 3 en ut mineur

    Nicola Porpora (1686-1768)
    Tu che d'ardire m'attendi
    , air d'Erminio (Siface)

    Giovanni Maria Capelli (1648-1726)
    Ciel nemico avverse stelle, air d'Attalo (I Fratelli riconosciuti)

    Leonardo Leo (1694-1744)
    Se mi dai morte, air de Farnace (Farnace)

    Johann Adolf Hasse (1699-1783)
    Concerto pour flûte, cordes et basse continue en sol majeur op. 3 n° 7
    Se mai sento, Vo disperato, airs de Sesto (la Clemenza di Tito)

    Antonio Vivaldi (1678-1741)
    Concerto pour violon et cordes en ré majeur RV. 208, « Le Grand Mongol »

    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Tu preparati a morire, Scherza infida, airs d'Ariodante (Ariodante)
    Concerto grosso op. 6 n° 2
    Qui l'augel, air d'Aci (Aci e Galatea)
    Ove son
    Qui ti sfido
    , air de Teseo (Arianna in Creta)

    Philippe Jaroussky, contre-ténor

    Le Concert d'Astrée
    Alexis Kossenko, flûte solo
    direction et violon solo : Stéphanie-Marie Degand

     


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