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CRITIQUES DE CONCERTS 15 juillet 2020

Création française, à l'Opéra national de Lyon, de Faustus, la dernière nuit de Pascal Dusapin dans la mise en scène de Peter Mussbach et sous la direction de Jonathan Stockhammer.

Une damnation sans Marguerite
© Alain Franchella & Bernard Stofleth

Entre la Staatsoper de Berlin, o√Ļ il fut cr√©√© voila deux mois et le Ch√Ętelet √† Paris en novembre 2006, Faustus, cinqui√®me op√©ra de Pascal Dusapin, fait escale √† l'Op√©ra de Lyon. Salle au trois quart pleine, applaudissements ch√©tifs, la musique du surdou√© et prolixe compositeur fran√ßais aurait m√©rit√© plus d'enthousiasme en ce dimanche apr√®s-midi lyonnais.
 

Opéra national, Lyon
Le 12/03/2006
Nicole DUAULT
 



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  • Merveilleusement √©crite, en phase avec les voix, la musique de Faustus, la derni√®re nuit est √† la fois monochrome et contrast√©e, fluide et sobre. Si elle respire la s√©duction du diable, le livret anglais est bavard et encombr√© de r√©f√©rences philosophiques, aussi pesantes que la mise en sc√®ne de Peter Mussbach, directeur artistique de la Staatsoper avec lequel Dusapin avait d√©j√† collabor√© pour son pr√©c√©dent op√©ra, cr√©√© √† la Bastille en 2003, Perel√†, l'homme de fum√©e.

    Ne cherchons pas Marguerite ! Dans l'histoire de Faust, Dusapin a zappé cet épisode. Il s'est d'ailleurs servi pour son conte musical du texte du dramaturge anglais Christopher Marlowe, antérieur de deux siècles à celui de Goethe. Il le truffe d'évocations littéraires et de personnages romanesques. De la Bible à Flaubert, on s'y perd ! Sly, l'alcoolo (Robert Wörle) vient tout droit de la Mégère apprivoisée de Shakespeare, contemporain de Marlowe. Quant à Togod (Jaco Huijpen), c'est l'anagramme de Godot. La seule soprano de l'opéra (magnifique Caroline Stein) est un ange déchu et aveugle qui perd ses ailes, se métamorphose en star, évidemment sophistiquée, et tente de mettre en garde Faust.

    Les personnages √©voluent sur un immense cadran d'horloge, pos√© en oblique, qui rappelle √©trangement celui que Willy Decker avait r√©serv√© √† Salzbourg pour la Traviata l'√©t√© dernier. Faust (Georg Nigl) est sur l'aiguille des minutes ; M√©phisto (Urban Malmberg) sur celle des heures. Ils ont le m√™me cr√Ęne ras√©, le m√™me costume noir trop large, le m√™me visage blafard de clown triste. Les aiguilles avancent inexorablement. Dans ce d√©cor en noir et blanc, Faust s'accroche aux aiguilles, essayant de retarder l'in√©luctable. Il interroge M√©phisto, l'assaille de ses obsessions : la lumi√®re, la qu√™te du savoir.

    © Alain Franchella & Bernard Stofleth

    Le dialogue que viennent interrompre les personnages secondaires se r√©v√®le une joute verbale. Et dans cette derni√®re nuit, du cr√©puscule √† l'aube, dans l'attente d'une apocalypse, Faust se cherche. Il sait qu'il est damn√©. Entre les lamentations de l'ange et l'hilarit√© moqueuse de M√©phisto, il cherche √† comprendre l'agencement du monde et la coh√©rence voulue par ce He qu'il n'ose pas appeler Dieu. Il pose des questions dont il ne conna√ģtra jamais les r√©ponses. √Ä ses suppliques, une seule phrase qui nous renvoie √† l'aphorisme du Bartleby de Melville : ¬ę Je pr√©f√©rerai ne pas ¬Ľ. Les aiguilles de l'horloge avancent ou reculent jusqu'√† ce que le h√©ros soit broy√© dans un robot-mixeur. Que reste-t-il du monde? Le n√©ant. Plus pessimiste, on meurt !

    Dans cet op√©ra, qui ressemble plus √† un oratorio de chambre dont il a la finesse qu'√† une grande oeuvre lyrique, la musique, intense, expressive, donne des couleurs √† tout ce noir et blanc qu'on aimerait moins fig√©, plus anim√©, moins conforme aux principes de mise en sc√®ne du th√©√Ętre allemand traditionnel. Dusapin met en √©vidence une puissance sonore qui exploite les tr√©fonds de l'univers et de l'√Ęme humaine.

    Pendant une heure trente, il nous plonge dans la noirceur. Sa musique d'une sensible et sobre intensité nous tient en permanence en haleine. Un regret ? La mauvaise diction des chanteurs qui, dans un texte compliqué, oblige sans cesse à se référer aux surtitres. Un rêve ? Que pour son prochain opéra, Dusapin trouve un librettiste qui simplifie, synthétise son discours théorique. Les plus belles histoires sont les plus claires.




    Opéra national, Lyon
    Le 12/03/2006
    Nicole DUAULT

    Création française, à l'Opéra national de Lyon, de Faustus, la dernière nuit de Pascal Dusapin dans la mise en scène de Peter Mussbach et sous la direction de Jonathan Stockhammer.
    Pascal Dusapin (*1955)
    Faustus, the last night, opéra en une nuit et onze numéros (2006)
    Livret du compositeur d'après la Tragique Histoire du Docteur Faust de Christopher Marlowe (1588)
    En langue anglaise

    Orchestre de l'Opéra de Lyon
    direction : Jonathan Stockhammer
    mise en scène : Peter Mussbach
    décors : Michael Elmgreen et Ingar Dragset
    costumes : Andrea Schmidt-Futterer
    éclairages : Sven Hogref

    Avec :
    Georg Nigl (Faust), Urban Malmberg (Mefistophélès), Robert Wörle (Sly), Jaco Huijen (Togod), Caroline Stein (l'Ange).

     



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