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CRITIQUES DE CONCERTS 15 novembre 2018

Récital du baryton Stéphane Degout, accompagné au piano par Hélène Lucas au Théâtre du Châtelet, Paris.

Rigueur et perfection

À une époque où le monde lyrique s'applique à broyer les chanteurs les plus prometteurs en moins de temps qu'il n'en faut pour énumérer leurs qualités, Stéphane Degout a su atteindre un accomplissement technique doublé d'une rigueur musicale d'un autre âge. Pour son premier récital au Châtelet, le baryton français s'est lancé sans filet dans un programme sombre et tumultueux.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 20/03/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Stéphane Degout pourrait se contenter de jouer de son charme, tant il dégage de rayonnante jeunesse, ou encore des séductions d'un baryton clair et franc, aux graves somptueux. Pourtant, il préfère aborder la mélodie et le lied en diseur, plutôt même en conteur. Mais là où d'autres tombent dans l'affectation, dissimulant sous ce qu'ils croient être de l'art un douloureux manque de moyens, le jeune chanteur soigne la ligne avec une constante rigueur.

    Car d'une conscience absolue du moindre résonateur, Stéphane Degout se joue des inépuisables ressources d'une technique absolument parfaite. A-t-on jamais entendu français aussi purement et aussi souverainement chanté ? Tous les pièges de la langue sont attaqués de front : des nasales aux voyelles les plus sourdes, l'éclat règne sur ce timbre vigoureux. Et l'intelligence, sur un programme dense et périlleux.

    Dans l'art du récital, la diversité s'érige en effet plus souvent en obstacle qu'elle n'évite la monotonie. Passer d'un compositeur à l'autre sans en approfondir les contours peut ainsi révéler davantage de superficialité que de versatilité. Stéphane Degout prend ce risque dans la première partie de son programme, mais avec une telle cohérence de conception qu'il parvient à tendre un véritable arc dramatique de Der Zwerg à Erlkönig de Schubert, sans concession à la facilité, qui consisterait à surjouer la galerie de personnages qui hantent ces ballades en effets vocaux déplacés.

    Somptueux legato

    Par son art consommé de la dynamique et de la ciselure, le baryton français rend ses visions palpables (Belsatzar de Schumann) avec une intense subtilité, sans jamais cesser de nourrir un legato somptueux des richesses d'un timbre d'une rare homogénéité, posant des consonnes idéalement dosées sur une ligne cultivée. La perfection, en somme


    En vérité, il aura manqué à Stéphane Degout un rien de fantaisie, sinon de liberté. Le lieu, la circonstance, y sont sans doute pour beaucoup, car un récital à l'Abbaye de Royaumont l'avait montré d'un naturel plus souriant et décontracté. Ici, le regard trahit souvent l'intention, ainsi lorsqu'il trébuche sur un vers d'un Roi des aulnes visiblement redouté ou du Grillon des Histoires naturelles de Ravel. Mais à l'heure où tant de chanteurs ne peuvent se passer de leur partition, sa connaissance profonde des pièces, comme la complicité qui l'unit à Hélène Lucas, sont le gage d'une qualité unique.

    Plus encore que dans le lied, où sa sombre intériorité ne s'accorde pas toujours avec la quête de transparence de la pianiste, c'est dans la mélodie française que l'art du jeune baryton se révèle exemplaire, et même aujourd'hui inapprochable par son naturel raffiné. Des Histoires naturelles, et peut-être plus encore du Tournoiement de Saint-Saëns, Stéphane Degout transmet ainsi l'évidence poétique du texte mis en musique, tandis que le Galop donné en bis appelle irrépressiblement d'autres Duparc.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 20/03/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Récital du baryton Stéphane Degout, accompagné au piano par Hélène Lucas au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Trois Ballades de François Villon (1910)

    Franz Schubert (1797-1828)
    Der Zwerg, D 771 (1822-1823)

    Robert Schumann (1810-1856)
    Belsatzar, op. 57 (1840)

    Franz Liszt (1811-1866)
    Die drei Zigeuner, S 320 (1860)

    Hugo Wolf (1860-1903)
    Der Feuerreiter, M 44 (1824)

    Kurt Weill (1900-1950)
    Ballade vom ertrunkenen Mädchen, op. 1 (1928)

    Franz Schubert (1797-1828)
    Erlkönig, D 328 (1815)

    Claude Debussy (1862-1918)
    Fêtes galantes II (1893-1904)

    Camille Saint-Saëns (1835-1921)
    Mélodies persanes, op. 26 (1870-1872) (extraits)

    Maurice Ravel (1875-1937)
    Histoires naturelles (1906)

    Stéphane Degout, baryton
    Hélène Lucas, piano

     


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