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CRITIQUES DE CONCERTS 03 aoŻt 2020

Concert de l'Orchestre national de France sous la direction de Vladimir Ashkenazy, avec la participation de la violoniste Janine Jansen et de l'altiste Julian Rachlin au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris, puis √† l'Auditorium de Dijon.

La faute à l'acoustique ?

La critique musicale française est souvent décriée pour sa trop grande subjectivité, et le fait qu'une même soirée puisse recueillir des avis radicalement opposés ne laisse pas d'agacer. Mais dans le cas d'un même programme donné deux soirs de suite dans des salles très différentes, les contradictions peuvent aussi venir
de l'acoustique.

 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 16/03/2006
Yannick MILLON
 



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  • Il est assez connu que les grands mozartiens sont rarement de grands chostakoviens, et vice versa. Du reste, √† l'heure o√Ļ l'on comm√©more massivement les deux compositeurs, les concerts Mozart-Chostakovitch s'av√®rent rarement pleinement convaincants. C'est ce qu'aura confirm√© ce programme du National o√Ļ Ashkenazy survole dans un premier temps la Symphonie concertante pour violon et alto du ma√ģtre salzbourgeois.

    Tempi relativements rapides mais machine tournant √† vide, p√Ęte sonore sans chair, sans couleur, aux contours mal d√©finis, articulations inexistantes, phrases d√©sesp√©r√©ment planes : on d√©croche avant m√™me l'entr√©e des solistes. Le violon de Janine Jansen, beau √† pleurer, ferait sans doute des miracles ailleurs, et reste quoi qu'il en soit bien plus captivant que l'alto confidentiel, presque imperceptible dans son m√©dium, de Julian Rachlin.

    Mais tous deux, emmenés par un chef échoué en terre étrangère, se contentent d'échanges de phrases et de relais systématiquement appuyés, sans vraie recherche de style. Le mouvement lent tourne vite à la page postromantique tant ses motifs sont distendus, tant chaque suspension est plus étirée que la précédente, au point d'asphyxier le langage mozartien.

    On attend en revanche le chef russe dans son répertoire de prédilection après la pause. Seulement, pour que la réussite soit complète, il aurait fallu que la 4e symphonie de Chostakovitch s'arrête à l'issue de son mouvement initial. On aurait alors tenu l'une des versions les plus extraordinaires et terrifiantes de cet ouvrage titanesque.

    Un premier mouvement litt√©ralement inou√Į

    Tempo intial tr√®s lent, scansions rythmiques √©crasantes, √† la mani√®re d'un rouleau-compresseur, orchestre jouant √† l'acm√© de ses possibilit√©s dynamiques et d'une tension ¬Ė l'acuit√© insoutenable des trompettes ; la noirceur des trombones, chauff√©s √† blanc ¬Ė qui jamais ne se rel√Ęche pendant les √©pisodes piano o√Ļ sourdent des solos absolument impeccables. Car m√™me si les cordes manquent d'hyst√©rie, d'√©lectricit√© dans le passage fugu√© prestissimo, le climat glac√© et inhumain au possible d√©nonce au mieux les ravages du stalinisme, et l'on reste riv√© √† son fauteuil.

    Seulement, la symphonie comporte encore deux mouvements, qui ne se hisseront ce soir jamais au m√™me niveau. Le Scherzo peine √† trouver ses marques, trop soucieux d'une mise en place impeccable, et voit l'orchestre baisser de concentration, tout comme le Finale, o√Ļ la valse de mort initi√©e par les cordes dans un trois temps impitoyable manque de mordant, et s'essouffle d√®s ses premi√®res mesures. Et bien que le dernier climax demeure impressionnant et la descente aux enfers terminale de belle facture, on est loin de la machine √† broyer de l'homme qui avait pris aux tripes pendant l'int√©gralit√© du premier mouvement.

    C'√©tait sans doute le prix √† payer pour une entr√©e en mati√®re aussi fracassante et satur√©e, litt√©ralement inou√Įe !







    Canapé tout confort

    L'Auditorium de Dijon, réputé pour son acoustique incomparable dans tout l'hexagone, n'est peut-être pas la meilleure salle pour Mozart. Comme parée d'un vêtement trop large, la Symphonie concertante s'y évapore dans une réverbération superflue et son image sonore, enveloppée dans un halo, demeure légèrement floue. Si l'orchestre d'Ashkenazy demeure consistant, avec des dosages loin de la musicologie, on ne dédaignera pas ses cors modernes, enfin infaillibles, et on note que l'épaisseur orchestrale est habilement compensée par un discours allant toujours de l'avant.

    Mais ce sont surtout les solistes qui captent l'attention. La violoniste Janine Jansen et Julian Rachlin à l'alto, couple idéal, livrent un chant gémellaire de toute beauté, d'une intense complicité. Le jeu de la violoniste, d'une présence étonnante jusque dans des sons filés pianissimo, fascine par son intelligence du phrasé, ciselant la moindre note dans une matière pétillante, d'autant que l'altiste, bien que plus fragile, lui donne une réplique efficace.

    Après ce Mozart moderne, un Chostakovitch à l'occidentale, loin des timbres hypertendus typiquement russes. Ashkenazy profite du confort que lui offre le National, mettant en relief des cuivres brillants, puissants, et des bois épais. On notera une finition quasiment irréprochable et un souci de la couleur orchestrale qui porte l'ONF à un rang international.

    Malgr√© l'excellence, le chef russe passe cependant √† c√īt√© de la 4e symphonie. Car sa pr√©dilection pour une lecture tr√®s instrumentale, voire l√©ch√©e, n'est pas plus au service de l'architecture d√©mente de l'oeuvre qu'elle n'en sert le propos urgent et tragique. Certes, on se d√©lecte de la beaut√© sonore, des solos qui s'√©panouissent magnifiquement dans une acoustique qui tend nettement √† lisser ; mais rien n'accroche v√©ritablement l'oreille. Ce qui pouvait para√ģtre d√©mesur√© au TCE ne remplit pas m√™me l'espace de l'Auditorium de Dijon.

    En r√©sulte une 4e pour cha√ģne hi-fi et canap√© tout confort qui √©clipse le Chostakovitch architecte de la d√©mesure comme celui du souffle tragique hors du commun, si bien que l'on se dit finalement qu'Ashkenazy n'a pas su choisir.


    Benjamin GRENARD
    Auditorium de Dijon, 17/03/2006





    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 16/03/2006
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre national de France sous la direction de Vladimir Ashkenazy, avec la participation de la violoniste Janine Jansen et de l'altiste Julian Rachlin au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris, puis √† l'Auditorium de Dijon.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre en mib majeur, K. 364 (1779)
    Janine Jansen, violon
    Julian Rachlin, alto

    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n¬į 4 en ut mineur, op. 43 (1936)

    Orchestre national de France
    direction : Vladimir Ashkenazy

     


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