altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 05 juillet 2020

Recréation de Vénus et Adonis d'Henry Desmarest dans la mise en scène de et sous la direction de Christophe Rousset à l'Opéra de Nancy.

Les amours contrariées de Vénus et Adonis
© Ville de Nancy

La musique th√©√Ętrale d'Henry Desmarest, destin romanesque et carri√®re contrari√©e, m√©rite indiscutablement d'√™tre red√©couverte. Apr√®s Didon en 1999, Christophe Rousset recr√©e √† Nancy V√©nus et Adonis, premier op√©ra du compositeur pr√©sent√© √† la cour du duc de Lorraine. Une r√©surrection majeure, malgr√© une mise en sc√®ne anecdotique.
 

Opéra, Nancy
Le 28/04/2006
Mehdi MAHDAVI
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • R√©ouverture

  • Des t√©n√®bres √† la lumi√®re

  • R√©chauffement climatique

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Pendu en effigie le 28 mai 1700 pour n'avoir pas renonc√© √† son amour pour Marie-Marguerite de Saint-Gobert, malgr√© le refus de son p√®re d'accorder cette noble main √† un musicien en vue mais par trop roturier, Henry Desmarest fut contraint de parcourir l'Europe enti√®re avant d'√™tre nomm√© surintendant de la musique du duc L√©opold de Lorraine, √† la cour de Lun√©ville, le 20 avril 1707. Quelques mois √† peine apr√®s son entr√©e en fonction, il y fit repr√©senter V√©nus et Adonis, trag√©die en musique cr√©√©e √† l'Acad√©mie royale de musique le 28 juillet 1697, pr√©c√©d√©e d'un nouveau prologue.

    Comme pour mieux s'affranchir des pr√©mices trop rigides d'une oeuvre d'une fluidit√© in√©dite, Christophe Rousset, √† qui l'Op√©ra de Nancy a confi√© la premi√®re ex√©cution moderne de l'oeuvre, n'a retenu ni l'une ni l'autre version de ce morceau de circonstance. En effet, si sa forme demeure fortement marqu√©e par le mod√®le incontest√© des trag√©dies lyriques de Lully, dont Desmarest √©tait consid√©r√©, parmi les jeunes musiciens √©duqu√©s dans le sillage de Monsieur le Surintendant de la Musique du Roy, comme le plus digne successeur, V√©nus et Adonis s'en distingue par la souplesse avec laquelle s'encha√ģnent airs et r√©citatifs accompagn√©s par l'orchestre ou la seule basse continue, l'int√©gration particuli√®rement habile des divertissements √† l'action, et surtout l'humanit√© des personnages, que le librettiste Jean-Baptiste Rousseau n'h√©site pas √† faire descendre de leur pi√©destal divin ou h√©ro√Įque.

    Là réside justement le danger d'un tel opéra pour un metteur en scène moderne. Car dans sa volonté de réconcilier avec notre sensibilité contemporaine volontiers psychologisante une oeuvre qui répond, malgré son incontestable originalité, aux canons d'un divertissement codifié soumis à la succession des affects, notamment illustrée par l'irruption du personnage de la Jalousie, Ludovic Lagarde frise sans cesse l'anachronisme sentimental.

    Quand Rousseau et surtout Desmarest humanisent les divinit√©s, le metteur en sc√®ne inscrit en effet les passions dans une quotidiennet√© qui n'est pas loin de faire basculer la trag√©die dans l'anecdote. On se fr√īle, se caresse ou s'√©treint comme dans un roman-photo, impression renforc√©e par les d√©cors aux couleurs flashy de Bernard Quesniaux qui figent for√™ts, jardins ou palais dans une m√™me atmosph√®re de galerie d'art branch√©e, d√®s lors que le peintre se contente d'exposer ses oeuvres plut√īt que de sc√©nographier.

    Charnels, les ballets d'Odile Duboc s'appuient en revanche sur la rhétorique baroque, artisans du lien nécessaire entre la musique et la scène, alors même que Christophe Rousset, toujours orfèvre de ses Talens Lyriques dans un printemps décidément glorieux, tend lui aussi à niveler les contrastes pour jouer d'une émotion plus directe, plus palpable même. Les airs bouleversants de Cidippe et de Vénus y gagnent en sensibilité ce que les ballets perdent en rebond, et la fureur de Mars en spectaculaire.

    Un plateau très équilibré

    Mais sa distribution est d'un √©quilibre id√©al entre vocalit√© et d√©clamation. D'une ma√ģtrise stylistique absolue, Anna-Maria Panzarella traduit les errements de Cidippe, amante malheureuse d'Adonis, par la vari√©t√© des accents, quand Karine Deshayes, d'une clart√© d'√©locution inattendue, pare V√©nus des couleurs les plus sensuelles de son instrument charnu, merveilleusement √©panoui dans la tessiture de soprano.

    S'il peut encore gagner en liberté expressive, l'Adonis de Sébastien Droy relève le défi de la haute-contre à la française avec une émission d'une rare fluidité et une diction du plus parfait naturel, qui en font plus qu'une promesse pour les grands emplois ramistes. Enfin, timbre de velours souvent à court de graves, le Mars d'Henk Neven incarne sans doute mieux la crédulité et la faiblesse que la colère, d'autant que la jalousie de Jean Teitgen lui oppose son évidente noirceur dans une trop courte apparition, à l'instar de celles du Plaisir d'Anders Dahlin et de la Bellone d'Ingrid Perruche, précieux ornements d'un choeur peu rompu aux exigences de ce répertoire, malgré de louables efforts de diction.

    Parce qu'elle a eu le courage de la sc√®ne, malheureusement contrariante, plut√īt que de la version de concert, cette r√©surrection s'inscrit comme un √©v√®nement majeur dans la red√©couverte minutieuse et ¬Ė trop ¬Ė patiente de la trag√©die lyrique post-lullyste.




    Opéra, Nancy
    Le 28/04/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Recréation de Vénus et Adonis d'Henry Desmarest dans la mise en scène de et sous la direction de Christophe Rousset à l'Opéra de Nancy.
    Henry Desmarest (1661-1741)
    Vénus et Adonis, tragédie en cinq actes et un prologue (1697)
    Livret de Jean-Baptiste Rousseau d'après les Métamorphoses d'Ovide.

    Choeur de l'Opéra de Nancy et de Lorraine
    direction : Merion Powell
    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset
    mise en scène : Ludovic Lagarde
    chorégraphie : Odile Duboc
    décors : Bernard Quesniaux
    costumes : Virginie et Jacques Weil
    éclairages : Sébastien Michaud
    études musicales : Violaine Cochard
    dramaturgie : Pierre Kuentz

    Avec :
    Karine Deshayes (Vénus), Sébastien Droy (Adonis), Anna-Maria Panzarella (Cidippe), Henk Neven (Mars), Ingrid Perruche (Bellone), Laure Baert (une habitante de Chypre), Yu Ree Jang (une habitante de Chypre, une nymphe), Ryland Angel (un suivant de Mars), Anders Dahlin (un habitant, un plaisir), Jean Teitgen (la jalousie, un habitant).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com