altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2019

Création française de Das Theater der Wiederholungen de Bernhard Lang, dans le cadre de la série Frontières de l'Opéra de Paris.

Quand la musique l'emporte
© Éric Mahoudeau

Spectacle hors du commun que ce Théâtre des répétitions de Bernhard Lang proposé dans la série Frontières de l'Opéra de Paris à l‘amphithéâtre de l'Opéra Bastille. Une musique brillante malgré ses longueurs, mais un spectacle qui la frôle sans jamais s'y intégrer vraiment et suscite bien des interrogations.
 

Amphithéâtre de l'Opéra Bastille, Paris
Le 26/04/2006
GĂ©rard MANNONI
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Violetta et ses followers

  • Vieux prĂŞtre d’IsraĂ«l

  • Salzbourg 2019 (8) : Et puis s’en va…

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • D'un cĂ´tĂ©, il y a une partition musicale et de l'autre, le traitement visuel d'une oeuvre que son auteur appelle Musiktheater, ce qui implique sa volontĂ©, son dĂ©sir, de ne pas en rester Ă  la forme du concert. Tout homme de théâtre qui s'y attaque prend donc la responsabilitĂ© de choisir ce qu'il va tenter de rendre de manière concrète Ă  un public qui n'est pas censĂ© utiliser seulement ses oreilles.

    On sait que dans le domaine de la création contemporaine d'avant-garde, il est habituel d'expliquer par écrit ses intentions. C'est louable, généralement indispensable, mais aussi un peu pervers et dangereux car cela mène bien souvent à constater tout ce qui sépare intentions et réalisation, sans compter les cas où l'on se décharge par écrit de ce que l'on n'a pas su montrer.

    Donc, si l'on rĂ©fère aux propos rapportĂ©s sur le programme de ce spectacle, le metteur en scène-chorĂ©graphe Xavier Le Roy, après nous avoir aimablement rappelĂ© – on aurait pu l'oublier – qu'une oeuvre musicale n'est ni un journal tĂ©lĂ©visĂ© ni un film documentaire, prĂ©cise que son travail de metteur en scène « a dĂ©butĂ© par une rĂ©flexion sur les moyens théâtraux appropriĂ©s permettant de soutenir ou d'exprimer sur scène ce qui est dĂ©jĂ  formulĂ© dans la composition musicale, ce qui pourrait correspondre au style utilisĂ© dans le traitement musical du sujet Â».

    © Éric Mahoudeau

    C'est mieux, il est vrai, que s'il cherchait Ă  faire tout le contraire, encore qu'il existe bien d'autres approches, dont celle consistant, pour Ă©viter tout plĂ©onasme, Ă  occuper l'espace existant entre la musique et les paroles et qui a donnĂ© souvent de bons rĂ©sultats. Xavier Le Roy dit aussi ne pas avoir cherchĂ© « Ă  illustrer le sujet de l'oeuvre, mais Ă  accentuer ou Ă  prolonger les intentions de la composition musicale Â».

    Mais que voit-on ? Bien sĂ»r, un thème comme celui de la cruautĂ© s'appuyant sur des textes de Sade, de William Burroughs et des procès verbaux du procès de Nuremberg, se prĂŞte non sans dangers Ă  une reprĂ©sentation figurative, Ă  moins d'ĂŞtre Pasolini. Or les solutions proposĂ©es par Xavier Le Roy, en s'Ă©loignant radicalement du sujet, nous Ă©loignent tout autant de la musique, car elles n'en soulignent ou n'en illustrent que les aspects les plus superficiels, ceux d'une certaine forme d'Ă©criture pour laquelle le texte n'est qu'un support de sens et non de mots, ces derniers explosĂ©s, coupĂ©s, hachĂ©s, distendus, n'Ă©tant jamais rendus intelligibles, et oĂą la notion de « rĂ©pĂ©tition Â» n'est pas traitĂ©e au premier degrĂ©.

    La gestuelle ubuesque qu'il propose, les déplacements incongrus qu'il imagine, ont le double inconvénient d'être terriblement répétitifs au premier degré – mais pas du tout au sens voulu par la musique – et si intellectuellement sophistiqués et prétentieux qu'ils feraient regretter l'agressivité directe des scènes réalistes sado-maso de Salo, par exemple.

    Là où un spectacle qui se voulait non figuratif devait au moins s'élever au niveau de la musique en bénéficiant de son souffle et en lui communiquant le sien propre, on en reste au niveau d'un papillonnage frivole qui pousse le spectateur à sourire, voire à rire, quand musique et parole racontent tout autre chose. Bien sûr, pour Sade comme pour Burroughs, et l'on oserait même ajouter pour les tortionnaires des camps de concentration, cruauté et plaisir allaient de paire, mais, avec de complexes ramifications et implications dans l'inconscient aux antipodes des propositions de Xavier Le Roy mais bien présentes, en revanche, dans la musique.

    Une partition musicale d'une richesse exceptionnelle

    La richesse incontestable de celle-ci, la qualité d'une écriture qui s'appuie sur un sens exceptionnel de l'orchestration et notamment des timbres, le traitement des voix aussi bien pour les solistes que pour le choeur, le travail sur le son et sa spatialisation, la variété des thématiques abordées, avec cet inattendu détour par le free jazz dans la deuxième partie et cette conclusion en une apothéose sonore qui se dissout finalement dans l'obscurité, tout emporte l'adhésion et engendre l'émotion, même si d'évidentes longueurs sont à déplorer.

    Le traitement des textes, lui aussi, est bien autre chose qu'un simple désossement. C'est une déstructuration-restructuration subtile et complexe qui ne trahit guère leur force originale mais la restitue sous une forme autre que la lecture linéaire. On, a donc l'impression d'entendre une oeuvre puissante, en voyant un spectacle qui serait fait pour une autre partition, ou qui, à force de vouloir tout prendre à contre-courant, finit par partir à la dérive et accoster sur une autre île.

    Mais le plus étrange de tout cela est qu'à la fin de la soirée, malgré ces aspects négatifs, et après des moments d'exaltation musicale, de lassitude, de fou-rire nerveux, d'émotion parfois rude, de réflexion, d'exaspération aussi, on a le sentiment d'avoir assisté à quelque chose de fort, d'original, d'inhabituel, grâce à la qualité de l'interprétation musicale, des éclairages, de la mise en espace globale des musiciens et des choeurs, de l'utilisation de ce lieu froid par nature et qui prend soudain vie, et de la manière dont cette musique s'impose envers et contre tout.

    On sort insatisfait, un peu grincheux et fatigué, mais un choc a eu lieu, des interrogations nous restent, et surtout, on a entendu une partition de tout premier ordre qui, elle, va vraiment au coeur de son sujet. Et de quel sujet !




    Amphithéâtre de l'Opéra Bastille, Paris
    Le 26/04/2006
    GĂ©rard MANNONI

    Création française de Das Theater der Wiederholungen de Bernhard Lang, dans le cadre de la série Frontières de l'Opéra de Paris.
    Bernhard Lang (*1957)
    Das Theater der Wiederholungen, Musiktheater en trois parties
    Livret d'après des textes du Marquis de Sade et de William Burroughs, des archives de procès et des témoignages

    Création française

    Ensemble vocal Les Jeunes Solistes
    direction : Daniel Navia et Rachid Safir
    Klangforum Wien
    direction : Johannes Kalitzke
    mise en scène et chorégraphie : Xavier Le Roy
    costumes : Christine Rebet
    Ă©clairages : Andreas Fuchs
    régie son, spatialisation, technique son : Peter Böhm
    dramaturgie : Wolfgang Reiter

    solistes : Anna Maria Pammer, Jenny Renate Wicke, Ekkerhard Abele, David Cordier, Alfred Werner, Martin Wölfel.
    danseurs : Le Kwatt, Gaetan Bulourde, Herman Diephuis, Paul Gazzola, Frédéric Seguette.

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com