altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
dťsinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2020

Les Elégies de Philippe Fénelon à l'opéra de Nancy-Lorraine

La quête séraphique de Fénelon

Apr√®s Le Chevalier imaginaire et surtout Salamb√ī, Philippe F√©nelon est devenu l'un des compositeurs les plus controvers√©s mais aussi des plus incontournables de la musique actuelle. Sa derni√®re oeuvre, El√©gies, est bas√©e sur une des oeuvres majeures de la po√©sie allemande. Cr√©√©e sc√©niquement √† Nancy, elle fut reprise le 7 avril √† Lausanne, √† Caen le 13 et le sera √† l'Op√©ra du Rhin (Strasbourg) √† partir du 25 mai 2000.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 30/03/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • R√©chauffement climatique

  • Pas si muet

  • Adams chez Pierre & Gilles

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • " Qui donc, si je criais, m'entendrait parmi la hi√©rarchie des anges ? "
    par ce vers débutent ces mystérieuses et fascinantes Elégies de Duino, ultime oeuvre de Rainer-Maria Rilke, et sans doute la plus importante de toute sa production. Il pourrait sembler sacrilège d'extraire quoique ce soit de ces Elégies, tant la matière est fortement architecturée et les thèmes étroitement tissés les uns avec les autres. Or, Philippe Fénelon a su non pas extraire, mais élire quelques-unes de ces Elégies, celles qui, pour lui, suscitaient cette musique intérieure qu'il a sécrétées autour des vers de Rilke. Tout ceci tient de l'ineffable, mais ce n'est pas scénique.

    Je n'ai pas assist√© √† la cr√©ation, le 18 novembre 1996, √† l'auditorium de l'Op√©ra Bastille de ce qui s'appelait alors Dix-huit Madrigaux, mais je comprends l'√©motion des auditeurs d'alors devant le travail des Jeunes Solistes. Or la pr√©sentation nanc√©enne, mise en espace (plut√īt qu'en sc√®ne, comme l'indique le programme), r√©duit les chanteurs au nombre de six (deux sopranos, deux t√©nors, un baryton et un haute-contre), accompagn√©s par un trio √† cordes et th√©orbe, sous la direction sensible d'Henri Farge. La r√©f√©rence √† Monteverdi est telle qu'il n'est plus n√©cessaire, m√™me souhaitable de conserver le titre original de Dix-huit Madrigaux.

    Carmello Agnello - disciple jadis de Bussotti, puis assistant d'Harry Kupfer - a conçu dans un univers de couleurs sombres et de lumières confidentielles (signées Manfred Voss) des déplacements et des gestes, des entrées et des sorties qui sont comme des séparations et des retrouvailles dans cette quête de de l'Ange gardien des secrets du coeur de Rilke. La chorégraphie est moins satisfaisante, j'aurai pour ma part apprécié que les corps se laissent emporter par l'inspiration musicale et donnent l'impression d'être à l'origine du mouvement musical.

    Ce dernier est d'ailleurs d'une beaut√© rare. Il na√ģt de la simplicit√© d'un mot, d'une note, pour rejoindre l'autre. Et l'accord s'harmonise, le couple devient m√©lodie. Tonal ? atonal ? qu'est-ce √† dire ? F√©nelon poss√®de sa propre grammaire, et elle se rapproche plus qu'aucune autre de l'√©criture des po√®tes. Et si lui seul en poss√®de les clefs de cet univers, les portes en sont ouvertes √† tous les auditeurs.

    Dommage à ce niveau, que Christian Cheyrézy n'ait pas été aussi loin dans les oppositions de sa scénographie. Il reste trop timide, trop timoré, car il y a des mots de Rilke, des accents de Fénelon qui eussent mérité une compréhension coloriée moins frileuse. Mais quoi qu'il en soit, Elégies est une grande oeuvre et un spectacle avec lequel on est aux anges.




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 30/03/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Les Elégies de Philippe Fénelon à l'opéra de Nancy-Lorraine
    direction musicale (Henri Farge), mise en scène (Carmelo Agnello), scénographie (Christian Cheyrizy), costumes (René Zamudio), lumières (Manfred Voss), sopranos (Julie Hassler et Béatrice Mayo-Felip), haute-contre (Michel Géraud), ténors (Michael Bennett et Eric Raffard), baryton (Jen-Christophe Jacques), violoncelle (Eléna Andreyev), alto (Gilles Deliège), théorbe (Caroline Delume), violon (André Pons-Valdès).
     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com