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CRITIQUES DE CONCERTS 13 décembre 2019

Nouvelle production du Retour d'Ulysse de Monteverdi mise en scène de Philippe Arlaud et sous la direction d'Andrea Marchiol au Grand Théâtre de Genève.

Le Retour Ă  l'essentiel
© Isabelle Meister

Kresimir Spicer (Ulysse)

On aura pu craindre un instant un spectacle un peu mode, mais après son Orfeo contesté, Philippe Arlaud poursuit son cycle monteverdien au Grand Théâtre de Genève avec un Retour d'Ulysse essentiel, en parfaite osmose avec la réalisation musicale d'Attilio Cremonesi et un plateau superlatif dominé par la stature saisissante de l'Ulysse de Kresimir Spicer.
 

Bâtiment des Forces motrices, Genève
Le 17/06/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Sans doute Philippe Arlaud a-t-il succombĂ© avec un rien de facilitĂ© Ă  la tentation d'une scĂ©nographie « tendance Â», peuplĂ©e d'une faune aux relents branchĂ©s. Mais contrairement au Couronnement de PoppĂ©e complaisamment encombrĂ© de poncifs de David McVicar, ce Retour d'Ulysse vise Ă  l'essentiel, c'est-Ă -dire le livret de Badoaro, dont il conserve le dĂ©coupage en cinq actes, plutĂ´t que celui en trois actes de la partition. Ouverte de part et d'autre sur l'horizon, cette villa immaculĂ©e accrochĂ©e, comme lieu de constance et d'attente, n'a-t-elle pas quelque chose d'antique ?

    Économe de moyens, mais d'une inventivité constante, le metteur en scène apprivoise les contraintes du plateau du Bâtiment des forces motrices, dont il magnifie l'exiguïté en l'utilisant sur toute sa profondeur. D'un équilibre parfait entre épique – images de mer et d'îles sobrement projetées sur un rideau effleuré par la brise – et comique, son travail se concentre avant tout sur ces personnages-types si justement campés de l'opéra vénitien : Pénélope chasseresse d'une superbe dignité ; Euryclée, seule silhouette noire de cette Ithaque blanche, voûtée, au regard fixé sur l'horizon ; Eumée jardinier, amoureux de ses cactus ; Mélantho, plus fantasme d'infirmière que femme de chambre en chef, toujours flanquées de ses trois irrésistibles doubles, agiles supportrices de prétendants idéalement nouveaux riches ; et les dieux mêmes, bustes joyeusement kitsch, prisonniers de leurs colonnes-guérites.

    Surtout, l'osmose paraît totale entre cette simple virtuosité scénique et la réalisation musicale. Attilio Cremonesi a en effet ajouté un grand nombre de ritournelles et sinfonie, sans que celles-ci ne semblent jamais incongrues ou plaquées, mais découlant d'une évidence, d'une nécessité théâtrale. Sans doute le chef italien aurait-il suscité chez un Ensemble baroque du Grand Théâtre de Genève encore tâtonnant davantage de couleurs et de contrastes qu'Andrea Marchiol, son assistant et remplaçant pour deux représentations. Ce dernier n'en sait pas moins conduire le discours avec souplesse, s'effaçant devant une distribution particulièrement soignée.

    © Isabelle Meister

    Hans-Jürg Rickenbacher est certes un Télémaque bien peu séduisant, voix sans relief et acteur transparent, mais son rôle est réduit à la portion congrue. La Minerve de Marisa Martins est en revanche assez redoutable d'imprécision et de verdeur. Musicienne inspirée, diseuse incomparable, Marie-Claude Chappuis manque toutefois d'ampleur pour Pénélope, dont la tessiture tend à malmener son joli mezzo aigu.

    Mais le reste du plateau est idéal. Jamais le contre-ténor délicat de Christophe Dumaux n'avait été mieux employé que dans la Fragilité humaine, tandis que l'Irus clownesque mais sans excès de Robert Burt, l'Eumée merveilleusement bonhomme, attendrissant de Leonardo de Lisi, le Neptune superbement chantant de Luigi De Donato, la Mélantho d'égale beauté physique et vocale de Janja Vuletic, l'Eurymaque délié d'Emiliano Gonzalez Toro, décidément parfait dans ce répertoire, les prétendants réjouissants d'Antonio Abete, Thomas Michael Allen et Daniele Zanfardino, composent les ornements bigarrés du palais d'Ulysse.

    L'Euryclée d'Hanna Schaer, actrice prodigieuse lors de la reconnaissance, est simplement tragique. Surtout, Kresimir Spicer, en voix superlative, fauve, naturellement conséquente, semble ne plus faire qu'un avec Ulysse, dont il habite la destinée avec une maîtrise saisissante du langage montéverdien.

    Il faudrait, même s'il n'y avait tout le reste, se précipiter au Grand Théâtre de Genève pour cette incarnation absolue, qui domine, sans jamais l'écraser, ce volet essentiel du cycle monteverdien de Philippe Arlaud, qui s'achèvera dès septembre prochain avec le Couronnement de Poppée.




    Bâtiment des Forces motrices, Genève
    Le 17/06/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production du Retour d'Ulysse de Monteverdi mise en scène de Philippe Arlaud et sous la direction d'Andrea Marchiol au Grand Théâtre de Genève.
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    Il Ritorno d'Ulisse in patria, dramma in musica en trois actes (1640)
    Livret de Giacomo Badoaro

    Ensemble baroque du Grand Théâtre
    direction : Andrea Marchiol
    mise en scène, décors et éclairages : Philippe Arlaud
    costumes : Andrea Uhmann
    chorégraphie : Anne-Marie Gros

    Avec :
    Christophe Dumaux (L'Umana FragilitĂ ), Katia Valletaz (Amore), (La Fortuna / Minerva), Antonio Abete (Il Tempo / Feace / Antinoo), Kresimir Spicer (Ulisse), Marie-Claude Chappuis (Penelope), Hans-JĂĽrg Rickenbacher (Telemaco), Janja Vuletic (Melanto), Emiliano Gonzalez Toro (Eurimaco), Thomas Michael Allen (Pisandro / Feace), Daniele Zanfardino (Anfinomo / Feace), Robert Burt (Iro), Hanna Schaer (Ericlea), Leonardo de Lisi (Eumete), Sanghun Lee (Giove), Luigi De Donato (Nettuno), Sonia Yoncheva (Giunone).

     



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