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CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2019

Concert symphonique de l'Orchestre national de France sous la direction de Kurt Masur avec la participation du violoniste Sergei Khachatryan au festival de Saint-Denis 2006.

Un violon en passe de rentrer dans l'histoire

Sergei Khachatryan, à tout juste vingt ans, est en passe d'entrer dans l'histoire violonistique. Alors que Masur reste superficiel dans une 9e de Dvořak décevante, le violoniste conserve toute l'actualité et l'intégrité du message chostakovien, rappelant la légendaire maîtrise d'Oïstrakh dans le même ouvrage. Le talent n'attend décidément pas le nombre des années.
 

Basilique, Saint-Denis
Le 15/06/2006
Benjamin GRENARD
 



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  • Qui a entendu le 1er concerto pour violon de Chostakovitch par son illustre dédicataire David Oïstrakh ne peut qu'appréhender un autre soliste dans cette oeuvre poignante, née dans les heures les plus sombres de la musique soviétique. Autant de sublime et de perfection habitent pourtant Sergei Khachatryan, promis à une carrière des plus transcendantes à tout juste vingt ans. À l'heure où l'interprétation souffre d'une haute technicité trop souvent désincarnée, le jeune Arménien reprend ce flambeau d'exception où technique miraculeuse et vérité de l'expression ne sont que la face et le dos d'une seule et même chose.

    La moindre ambiance est pensée, vécue avec une intense intériorité, servie par une maîtrise incomparable de la couleur et du temps. D'emblée, un vibrato très serré, mûrement dosé, animant juste ce qu'il est nécessaire un temps vitrifié et un espace aux confins du silence, ouvre le concerto. De bout en bout de l'ouvrage, on reste subjugué par une maturité qui en parachève l'architecture colossale en érigeant méticuleusement, pierre par pierre, cette cadence aussi vibrante que déchirante, en conduisant graduellement cette poignante passacaille à l'alacrité piquante du final.

    Le violoniste détient l'art du discours, au sens presque littéraire du terme, celui où la musique pure, renouant avec la tradition russe, acquiert une signification extra-musicale : chaque note, dans un style quasi parlando, semble jeter une lumière décisive et actuelle sur la criante tragédie intérieure d'un grand créateur pris dans la tourmente de l'histoire.

    Face à ce soliste étincelant, d'une clarté parfois tranchante, l'Orchestre national de France a tendance à s'embourber dans l'acoustique trop réverbérante de St-Denis. Il est vrai aussi que Kurt Masur, sans pour autant négliger la finition de l'ensemble, privilégie une certaine épaisseur, qui a le mérite de donner une ampleur appréciable à l'orchestre, particulièrement aux cors. On peut imaginer lecture plus authentiquement chostakovienne, mais l'alchimie fonctionne efficacement avec le violon solo.

    Quoi qu'il en soit, Masur propose une Symphonie du nouveau monde fort charpentée, quelquefois rondouillarde, avec des cuivres généreux, des lignes de basses phrasées à l'allemande, néanmoins vive et dramatique par la manière de gérer les contrastes. Timbales sculptées dans la masse, son épais, puissant et bien dessiné, l'ONF se distingue par une excellente tenue. Mais si Masur ne sombre pas dans le véniel péché de la langueur allemande, sa vision n'en demeure pas moins pesante par son emploi immodéré d'une masse orchestrale trop consistante. Un choral de cuivres plus éléphantesque que marmoréen ponctue un solo de cor anglais tout droit et bien anecdotique, si bien que l'on passe clairement à côté du mouvement lent.

    Si Masur campe avec plus de bonheur un Finale qui s'accommode davantage avec son goût pour les effets orchestraux, l'ensemble donne tout de même l'impression d'une lecture superficielle, qui regarde davantage du côté d'un Hollywood germanisant que de la finesse, du pétillement et de la verdeur tchèques. Dvořak aurait-il délaissé dans son hommage au nouveau monde tout ce qui fait la saveur de sa patrie d'origine ?




    Basilique, Saint-Denis
    Le 15/06/2006
    Benjamin GRENARD

    Concert symphonique de l'Orchestre national de France sous la direction de Kurt Masur avec la participation du violoniste Sergei Khachatryan au festival de Saint-Denis 2006.
    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Concerto pour violon et orchestre en la mineur, op. 77 (1947-48)
    Sergei Khachatryan, violon

    Anton Dvořak (1841-1904)
    Symphonie n° 9 en mi mineur « du nouveau Monde Â» (1893)

    Orchestre national de France
    direction : Kurt Masur

     


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