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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Concert de la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen avec la participation du pianiste David Fray dans le cadre des concerts Jeanine Roze Production au Théâtre du Châtelet, Paris.

David Fray, la révélation de l'année
© Sumiyo Ida

La défection d'Hélène Grimaud a donné sa chance à un jeune talent. Il s'appelle David Fray, il a 25 ans, et s'avère l'une des plus solides révélations de l'année. Depuis ses succès au Conservatoire, son nom était fréquemment prononcé. Son premier grand concert parisien était attendu avec fébrilité, surtout dans le cadre d'un prompt remplacement. Un triomphe.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 14/06/2006
Nicole DUAULT
 



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  • Salle comble comme toujours pour un concert aussi méticuleusement organisé que ceux de Jeanine Roze. Le programme prévu pour Hélène Grimaud reste inchangé autour de la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen. Cette formation composée de solistes chambristes est sans doute l'une des phalanges aux sonorités les plus millimétrées. C'est d'abord un régal de l'entendre sous la direction du rigoureux premier violon, Florian Donderer, dans la 103e symphonie de Haydn. Les instrumentistes en exaltent les plus précieuses richesses autant dans le côté savant, érudit, aristocratique que dans les passages empreints de folklore et de musique populaire.

    David Fray fait ensuite son entrée. Silhouette mincissime blottie dans un frac un peu trop grand avec ses basques flottantes : le musicien et son habit n'ont pas encore eu le temps de se faire l'un à l'autre. Le jeune pianiste se jette sur son clavier comme pour s'y intégrer. Dès les premières notes du Concerto en ré de Bach, les contorsions, le chantonnement dénotent tout ce qu'il doit à Glenn Gould. Jusqu'au mouchoir qu'il tortille entre deux silences. Il faut voir cette assimiilation assez maniériste comme un simple péché de jeunesse.

    D'une virtuosité sans faille, David Fray impose ses cadences avec une détermination dont la poèsie n'est jamais pas absente et se montre enjoué, avec une sensibilité d'écorché vif, sans jamais le moindre regard adressé au public. Concentré à l'extrême, il se tourne en revanche en permanence vers les musiciens, intériorisant son propos, tout en imposant ses tempi. Son Bach est à la fois charnel et analytique, émouvant de vitalité et tiré au cordeau. On comprend vite comment et pourquoi il s'est déjà interessé aux oeuvres pour piano de Pierre Boulez qu'il a jouées devant le compositeur, vite séduit et qui le parraine d'ailleurs cet été au festival de piano de la Ruhr.

    À l'entracte, toutes les conversations tournent autour du pianiste prodigieux qui n'est heureusement pas un prodige. Qui est-il ? Tarbais d'origine, élevé par des parents tous deux enseignants, l'un en philo, l'autre en allemand, il est un pur produit du Conservatoire Supérieur National. Mais il ne vit pas refermé sur ses seules études pianistiques et s'interesse aussi à la voix, portant aux nues Dietrich Fischer-Deiskau et Cecilia Bartoli par exemple.

    De retour en salle, le 20e concerto de Mozart compose la deuxième partie du concert, belle lecture, même si on sent le jeune homme moins à l'aise que dans Bach. Sans faute stylistique, il accentue davantage la fièvre et le côté dramatique que le rêve de ce concerto parmi les plus célèbres. Ravie par cette révélation, la salle en redemande. Un spectateur est particulièrement aux anges : Jacques Rouvier, professeur au Conservatoire, qui a formé David Fray comme d'ailleurs la momentanément défaillante Hélène Grimaud.

    Pour tous ceux qui n'ont pu entendre le jeune pianiste, une chance sera peut-être de le rencontrer dans les festivals de l'été, entre Vaison-La-Romaine et La Roque d'Anthéron. Et ce ne sera qu'un prélude aux concerts de l'hiver puisque Kurt Masur au National et Eschenbach à l'Orchestre de Paris ont déjà programmé cet artiste si prometteur.







    Un pianiste avec lequel il faudra compter

    Depuis un certain Concours international de Montréal en 2004, où il décrocha un Deuxième Grand Prix qui, de l'avis de bien des témoins, ne récompensait pas sa prestation à sa juste valeur, David Fray s'était indiscutablement placé dans le petit peloton de tête des étoiles montantes du piano. En outre, qu'il ait rapidement bénéficié de l'attention bienveillante de musiciens aussi prestigieux que Pierre Boulez ou Christoph Eschenbach, tendait aussi à indiquer que son nom n'allait pas tarder à s'imposer dans les salles de concert. Après ce concert au Châtelet, c'est désormais chose faite.

    On peut bien sûr ergoter sur tel ou tel détail rythmique dans le Concerto en ré mineur de Bach que, sans doute crispé, David Fray aborde telle une bourrasque, notamment l'Allegro liminaire. De même, la subtilité de l'articulation dans l'Adagio est admirable, mais on aurait aimé que le pianiste mène ses phrases véritablement jusqu'à leur terme. L'essentiel est toutefois immédiatement perceptible : une personnalité est à l'oeuvre, aux commandes d'un arsenal pianistique et d'un éventail expressif hors du commun. Lesquels trouvent à s'employer dans toute leur étendue dans un 20e concerto de Mozart proprement enthousiasmant.

    On ne sait quoi louer en premier : la remarquable gestion des gradations dynamiques et donc des changements de climat dans le premier mouvement ; la beauté du cantabile dans la Romance centrale ; l'investissement presque hargneux du Rondo, dans lequel l'orchestre ne peut que se mettre au diapason d'une motricité rythmique irrésistible ? superbes échanges avec les vents. Globalement, le contrôle des couleurs et des nuances est évident, avec une légèreté qui s'écarte cependant de la tentation à excessivement perler le piano mozartien et donc à lui refuser une virulence qui est pourtant essentielle.

    Toutes les qualités de David Fray ont pu également briller grâce à la présence de la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen. Il faut saluer bien bas la prestation de la phalange allemande, à l'homogénéité sans faille, d'une opulence sonore par ailleurs formidable. Ouvrant la soirée avec la Symphonie du roulement de timbales de Haydn, les musiciens de Brême ont administré une leçon de discipline, avec des transitions immaculées, tour de force s'agissant d'un orchestre jouant sans chef. Si Bach les a trouvés parfois prudents, leur Haydn et leur Mozart montrent une assimilation bien gérée des avancées baroqueuses par les formations modernes ? vivacité d'articulation et timbales anciennes à l'appui.

    La joie de jouer des uns et des autres ont soulevé une salle et fait oublier l'absence d'Hélène Grimaud. Il faut remercier Jeanine Roze et Michel Franck d'avoir donné au public la possibilité de réellement découvrir David Fray.


    Yutha TEP





    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 14/06/2006
    Nicole DUAULT

    Concert de la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen avec la participation du pianiste David Fray dans le cadre des concerts Jeanine Roze Production au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Joseph Haydn (1732-1809)
    Symphonie n° 103 en mib majeur, « mit dem Paukenwirbel »

    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Concerto pour clavier en ré majeur BWV. 1052

    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Concerto pour piano et orchestre n° 20 en ré mineur, K. 466

    Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
    David Fray, piano

     


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