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CRITIQUES DE CONCERTS 09 juillet 2020

Cr√©ation des Aveugles de Xavier Dayer au Th√©√Ętre G√©rard Philipe de St-Denis, dans le cadre des productions de l'Atelier lyrique de l'Op√©ra de Paris.

Des aveugles déjà vus
© √Čric Mahoudeau

Pour le dernier spectacle de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris cette saison, Christian Schirm a commandé un opéra au Suisse Xavier Dayer : prometteurs sur le papier, es Aveugles, d'après la pièce de Maurice Maeterlinck, se révèlent au final décevants, le compositeur n'ayant pas su opter avec fermeté pour une voie esthétique précise.
 

Th√©√Ętre G√©rard Philipe, Saint-Denis
Le 19/06/2006
Laurent VILAREM
 



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  • On comprend ais√©ment ce qui a pu s√©duire Xavier Dayer dans l'id√©e de cr√©er un op√©ra √† partir des Aveugles de Maurice Maeterlinck. D'autant que le jeune compositeur suisse, assez m√©connu en France, pr√©tendait ne se situer ni dans la lign√©e de Pell√©as ni dans celle d'Ariane et Barbe-Bleue de Dukas. Il est vrai que les Aveugles √©voluent dans un univers beaucoup plus trouble que les palais du royaume d'Allemonde. Douze aveugles, √©gar√©s, tentent de retrouver le chemin de leur hospice, apr√®s que le pr√™tre qui les accompagnait en promenade a disparu.

    Assur√©ment, on est ici bien plus proche du th√©√Ętre d'un Samuel Beckett tant l'intrigue √† proprement parler ne repose que sur les soliloques de personnages indiff√©renci√©s. Murmurant, chuchotant, les non-voyants apeur√©s pressentent les dangers que l'arriv√©e d'un chien et la d√©couverte macabre d'un corps, seules, viendront incarner.

    Xavier Dayer a choisi douze chanteurs et un ensemble instrumental de cinq musiciens (avec guitare et percussion) qui, plac√©s √† droite de la sc√®ne, partagent la p√©nombre g√©n√©rale. Le metteur en sc√®ne, Marc Paquien, symbolise la for√™t o√Ļ se d√©roule l'action par une plate-forme dor√©e o√Ļ √©voluent, presque immobiles, six hommes et six femmes, plac√©s en deux groupes de part et d'autre du plateau.

    Optant pour un statisme qui valorise la blancheur immacul√©e des costumes, le metteur en sc√®ne, en accord avec le caract√®re fantastique de la pi√®ce, impose une sc√©nographie lente mais ne parvient gu√®re √† sugg√©rer les alentours inqui√©tants que la pi√®ce dessine ¬Ė une for√™t, des rochers, la pr√©sence obs√©dante de la mer.

    ¬© √Čric Mahoudeau

    On aurait pu s'attendre √† un spectacle sensible. Or le spectateur reste de marbre devant l'action et ne parvient gu√®re √† entrer dans l'histoire. Pourquoi, quand on sent le potentiel de l'oeuvre, ne se d√©gage-t-il aucun sentiment d'urgence, de vie, ni m√™me de po√©sie? On ne peut en tenir rigueur √† la troupe de l'Atelier lyrique de l'Op√©ra de Paris qui, avec des prestations parfois in√©gales, se montre cependant tr√®s bien pr√©par√©e et investie, on ne peut non plus bl√Ęmer le m√©tier d'un compositeur qui, ma√ģtre d'une grande palette expressive dans l'√©criture vocale ¬Ė dans laquelle il ose un certain lyrisme parall√®lement √† des s√©quences polyphoniques tr√®s efficaces ¬Ė d√©ploie une oreille tr√®s fine et tr√®s s√Ľre, l'√©criture instrumentale demeurant relativement en revanche peu frappante.

    C'est sans doute ici que r√©side le probl√®me. La musique, trop dispers√©e, n'ajoute rien. Oscillant entre violence dramatique et simple r√©citatif, h√©sitant entre la folie et le silence, le compositeur ne d√©cide pas clairement quelle trajectoire donner √† son oeuvre. Dans un univers comme celui de Maeterlinck, il fallait pourtant trancher. Sans quoi les phrases peuvent n'√©grener que banalit√©s et l'action √©voluer dans l'indiff√©rence. Les rares moments r√©ussis ¬Ė par exemple, les √©pisodes mettant en sc√®ne la m√®re folle ¬Ė sont symptomatiquement ceux o√Ļ la musique semble enfin prendre son temps.

    Les choix √©taient tous estimables : faire des Aveugles un op√©ra extr√™mement dramatique ¬Ė on aurait pu aller plus loin dans la folie ¬Ė ou plus ¬ę atmosph√©rique ¬Ľ ¬Ė on aurait pu faire plus dans le silence ¬Ė, mais √† ne rien vouloir choisir, Xavier Dayer a sign√© une oeuvre appliqu√©e mais d√©pourvue d'enjeux pour le spectateur, et qui, √† d√©faut d'avoir √©t√© vue, n'aura pas √©t√© entendue.




    Th√©√Ętre G√©rard Philipe, Saint-Denis
    Le 19/06/2006
    Laurent VILAREM

    Cr√©ation des Aveugles de Xavier Dayer au Th√©√Ętre G√©rard Philipe de St-Denis, dans le cadre des productions de l'Atelier lyrique de l'Op√©ra de Paris.
    Xavier Dayer (*1972)
    Les Aveugles, opéra en un acte
    Livret du compositeur d'après la pièce éponyme de Maurice Maeterlinck

    Création mondiale

    Commande de l'Atelier lyrique de l'Op√©ra de Paris, en partenariat avec le Festival de Saint-Denis et le Th√©√Ętre G√©rard Philippe de Saint-Denis¬ĖCentre dramatique national.

    Ensemble Carin
    direction Guillaume Tourniaire
    mise en scène : Marc Paquien
    costumes : Claire Risterucci
    éclairages : Dominique Bruguière

    Avec :
    Hye-Youn Lee (premi√®re aveugle en pri√®re), Yun Jung Choi (deuxi√®me aveugle en pri√®re), Letitia Singleton (Troisi√®me aveugle en pri√®re), Diana Axentii (une aveugle folle), Elisa Cenni (une jeune aveugle), Marie-Adeline Henry (la plus vieille aveugle), Jason Bridge (Deuxi√®me aveugle-n√©), Jo√ęl Prieto (le sixi√®me aveugle), Bartlomiej Misluda (le cinqui√®me aveugle), Ivan Geissler (le troisi√®me aveugle-n√©), Igor Gnidil (le plus vieil aveugle), Ugo Rabec (premier aveugle-n√©).

     



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