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CRITIQUES DE CONCERTS 22 aoűt 2019

Création des Aveugles de Xavier Dayer au Théâtre Gérard Philipe de St-Denis, dans le cadre des productions de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris.

Des aveugles déjà vus
© Éric Mahoudeau

Pour le dernier spectacle de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris cette saison, Christian Schirm a commandé un opéra au Suisse Xavier Dayer : prometteurs sur le papier, es Aveugles, d'après la pièce de Maurice Maeterlinck, se révèlent au final décevants, le compositeur n'ayant pas su opter avec fermeté pour une voie esthétique précise.
 

Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis
Le 19/06/2006
Laurent VILAREM
 



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  • On comprend aisĂ©ment ce qui a pu sĂ©duire Xavier Dayer dans l'idĂ©e de crĂ©er un opĂ©ra Ă  partir des Aveugles de Maurice Maeterlinck. D'autant que le jeune compositeur suisse, assez mĂ©connu en France, prĂ©tendait ne se situer ni dans la lignĂ©e de PellĂ©as ni dans celle d'Ariane et Barbe-Bleue de Dukas. Il est vrai que les Aveugles Ă©voluent dans un univers beaucoup plus trouble que les palais du royaume d'Allemonde. Douze aveugles, Ă©garĂ©s, tentent de retrouver le chemin de leur hospice, après que le prĂŞtre qui les accompagnait en promenade a disparu.

    Assurément, on est ici bien plus proche du théâtre d'un Samuel Beckett tant l'intrigue à proprement parler ne repose que sur les soliloques de personnages indifférenciés. Murmurant, chuchotant, les non-voyants apeurés pressentent les dangers que l'arrivée d'un chien et la découverte macabre d'un corps, seules, viendront incarner.

    Xavier Dayer a choisi douze chanteurs et un ensemble instrumental de cinq musiciens (avec guitare et percussion) qui, placés à droite de la scène, partagent la pénombre générale. Le metteur en scène, Marc Paquien, symbolise la forêt où se déroule l'action par une plate-forme dorée où évoluent, presque immobiles, six hommes et six femmes, placés en deux groupes de part et d'autre du plateau.

    Optant pour un statisme qui valorise la blancheur immaculée des costumes, le metteur en scène, en accord avec le caractère fantastique de la pièce, impose une scénographie lente mais ne parvient guère à suggérer les alentours inquiétants que la pièce dessine – une forêt, des rochers, la présence obsédante de la mer.

    © Éric Mahoudeau

    On aurait pu s'attendre à un spectacle sensible. Or le spectateur reste de marbre devant l'action et ne parvient guère à entrer dans l'histoire. Pourquoi, quand on sent le potentiel de l'oeuvre, ne se dégage-t-il aucun sentiment d'urgence, de vie, ni même de poésie? On ne peut en tenir rigueur à la troupe de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris qui, avec des prestations parfois inégales, se montre cependant très bien préparée et investie, on ne peut non plus blâmer le métier d'un compositeur qui, maître d'une grande palette expressive dans l'écriture vocale – dans laquelle il ose un certain lyrisme parallèlement à des séquences polyphoniques très efficaces – déploie une oreille très fine et très sûre, l'écriture instrumentale demeurant relativement en revanche peu frappante.

    C'est sans doute ici que réside le problème. La musique, trop dispersée, n'ajoute rien. Oscillant entre violence dramatique et simple récitatif, hésitant entre la folie et le silence, le compositeur ne décide pas clairement quelle trajectoire donner à son oeuvre. Dans un univers comme celui de Maeterlinck, il fallait pourtant trancher. Sans quoi les phrases peuvent n'égrener que banalités et l'action évoluer dans l'indifférence. Les rares moments réussis – par exemple, les épisodes mettant en scène la mère folle – sont symptomatiquement ceux où la musique semble enfin prendre son temps.

    Les choix Ă©taient tous estimables : faire des Aveugles un opĂ©ra extrĂŞmement dramatique – on aurait pu aller plus loin dans la folie – ou plus « atmosphĂ©rique Â» – on aurait pu faire plus dans le silence –, mais Ă  ne rien vouloir choisir, Xavier Dayer a signĂ© une oeuvre appliquĂ©e mais dĂ©pourvue d'enjeux pour le spectateur, et qui, Ă  dĂ©faut d'avoir Ă©tĂ© vue, n'aura pas Ă©tĂ© entendue.




    Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis
    Le 19/06/2006
    Laurent VILAREM

    Création des Aveugles de Xavier Dayer au Théâtre Gérard Philipe de St-Denis, dans le cadre des productions de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris.
    Xavier Dayer (*1972)
    Les Aveugles, opéra en un acte
    Livret du compositeur d'après la pièce éponyme de Maurice Maeterlinck

    Création mondiale

    Commande de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris, en partenariat avec le Festival de Saint-Denis et le Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis–Centre dramatique national.

    Ensemble Carin
    direction Guillaume Tourniaire
    mise en scène : Marc Paquien
    costumes : Claire Risterucci
    éclairages : Dominique Bruguière

    Avec :
    Hye-Youn Lee (première aveugle en prière), Yun Jung Choi (deuxième aveugle en prière), Letitia Singleton (Troisième aveugle en prière), Diana Axentii (une aveugle folle), Elisa Cenni (une jeune aveugle), Marie-Adeline Henry (la plus vieille aveugle), Jason Bridge (Deuxième aveugle-né), Joël Prieto (le sixième aveugle), Bartlomiej Misluda (le cinquième aveugle), Ivan Geissler (le troisième aveugle-né), Igor Gnidil (le plus vieil aveugle), Ugo Rabec (premier aveugle-né).

     



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