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CRITIQUES DE CONCERTS 12 novembre 2019

Version concert de Simon Boccanegra de Verdi sous la direction de James Levine au Festival de Verbier 2006.

Verbier 2006 :
Le retour du ma√ģtre

© Mark Ostow

Après plusieurs mois d'une convalescence aussi frustrante qu'importune, le monde lyrique retrouve avec soulagement le chef américain James Levine, alors qu'un quatuor d'étoiles parmi les plus brillantes des scènes internationales se retrouve, rassemblé par lui et pour lui, autour d'un ouvrage peu fréquenté de la première maturité verdienne.
 

Salle Médran, Verbier
Le 03/08/2006
Renaud LORANGER
 



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  • La nouvelle, √† la fois cr√®ve-coeur et improbable, avait constern√© le milieu musical, au printemps dernier. James Levine, op√©r√© √† l'√©paule droite suite √† une chute banale sur sc√®ne √† Boston, devait renoncer √† toutes ses activit√©s professionnelles jusqu'√† l'√©t√©, soit en gros la moiti√© de deux saisons, celle du Metropolitan Opera o√Ļ il assume toujours les fonctions de directeur musical, et celle du Boston Symphony o√Ļ il a succ√©d√© √† Seiji Ozawa l'an dernier.

    Depuis, les sp√©culations sur l'√©tat de sant√© r√©el du chef et, surtout, sur sa capacit√© effective √† mener √† terme les deux mandats qui sont les siens n'ont fait que redoubler. Un r√©cent concert valaisan, sans faire taire les sceptiques, aura eu pour m√©rite de jeter un peu de lumi√®re sur la situation. C'est un James Levine en bonne forme qui monte sur le podium, souriant, visiblement aminci, m√™me si un tremblement notable et r√©current du c√īt√© gauche ne vient qu'alimenter un moulin √† rumeurs qui tourne depuis des ann√©es.

    La musique, pass√©es ces pr√©occupations, est servie avec foi, avec ferveur m√™me, par un orchestre de jeunes professionnels royalement inspir√©s par leur mentor estival. On ne sait qu'admirer d'abord : l'√©nergie vitale incomparable, fleuve bouillant de s√®ve et de passion, qui coule de source ; ou bien la remarquable virtuosit√© technique, d'un niveau de fusion intellectuelle √† faire p√Ęlir bien des ensembles autrement plus √©tablis, des deux c√īt√©s de l'Atlantique ?

    Comme souvent avec Levine, on reste partag√© entre une gestique minimaliste, d'une efficacit√© √† toute √©preuve, devant un sens extr√™me de la couleur et du poli des textures, devant une attention devenue l√©gendaire √† chaque nuance, √† chaque inflexion vocale, mais aussi devant une certaine distance, organique autant que physique, entre le chef et sa propre interpr√©tation de ce Boccanegra, qu'il fait rena√ģtre avec le concours d'une distribution qui, superlative sur le papier, ne se r√©v√©lera pas plus qu'ad√©quate.

    Le triomphe du Fiesco de Ferruccio Furlanetto

    Triomphe, en tout premier lieu au Fiesco de Ferruccio Furlanetto, dont chacune des interventions est habitée de la plus profonde conviction, musicale autant que dramatique. Jordan Bisch, jeune baryton américain, fait des merveilles en Paolo Albiani ; Marcello Giordani, capable du meilleur comme du pire, est ici très en voix, avec quelques faiblesses d'émission rachetées par la plénitude et l'ampleur d'un aigu claironnant et ensoleillé qui a fait sa renommée.

    Si l'on ne peut que saluer en Barbara Frittoli une interprète sensible et concentrée, dotée de l'un des plus beaux timbres de soprano lyrique actuels, on reste sceptique au final devant un emploi qui semble aujourd'hui un peu limitrophe. Sous des fausses allures de grand lyrique, cette Amelia Grimaldi n'est-elle pas, ni plus ni moins, la nature même du spinto verdien ? Avec en mémoire les extatiques Desdémone new-yorkaises de la soprano, difficile ici d'approuver totalement.

    Et finalement, on ne sait trop par quel bout prendre la prestation de Carlo Guelfi. Si la couleur vocale comme l'intonation conviennent certainement √† l'homme m√Ľr sens√© appara√ģtre d√®s apr√®s le prologue, le souffle est court, le phras√© erratique, l'√©mission constamment engorg√©e, le timbre morne. Un constat technique bien d√©cevant qu'une dose certaine de v√©rit√© psychologique ne parvient aucunement √† vivifier.




    Salle Médran, Verbier
    Le 03/08/2006
    Renaud LORANGER

    Version concert de Simon Boccanegra de Verdi sous la direction de James Levine au Festival de Verbier 2006.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Simon Boccanegra, opéra en un prologue et trois actes (1857)
    Livret de Francesco Maria Piave d'après la pièce d'Antonio Garcìa Guttiérez

    The Collegiate Chorale
    direction : Robert Bass
    UBS Verbier Festival Orchestra
    direction : James Levine

    Avec :
    Carlo Guelfi (Simon Boccanegra), Ferruccio Furlanetto (Jacopo Fiesco), Jordan Bisch (Paolo Albiani), Morris Robinson (Pietro), Barbara Frittoli (Amelia Grimaldi), Marcello Giordani (Gabriele Adorno), Garrett Sorenson (un héraut), Jane Bunnell (nourrice d'Amelia).

     



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