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CRITIQUES DE CONCERTS 27 janvier 2023

Concert de l'Orchestre du Festival de Lucerne sous la direction de Claudio Abbado, avec la participation du baryton Thomas Quasthoff au festival de Lucerne 2006.

Lucerne 2006 (1) :
La puissance de l'esprit

© Priska Ketterer

En ouverture du festival de Lucerne 2006, Abbado propose une 6e symphonie de Mahler d'une force interprétative telle qu'elle atteint une dimension où l'esprit transcende la matière. Auparavant, Thomas Quasthoff, dans les Monologues de Jedermann de Frank Martin, atteignait des cimes expressives où la douleur se mariait à la rédemption.
 

Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
Le 11/08/2006
Michel LE NAOUR
 



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  • Claudio Abbado a toujours entretenu une connivence avec la musique de Mahler et a souvent remis sur le métier les neuf symphonies qui furent à l'origine de sa carrière de chef d'orchestre en Europe. Depuis l'été 2003 au festival de Lucerne, il revient sans cesse à ce corpus symphonique avec lequel il se sent en correspondance.

    Public des grands jours dans la superbe Konzertsaal, construite par Jean Nouvel au bord du Lac des Quatre Cantons. Abbado a réussi à redonner vie à une manifestation inaugurée dans les années 1930 par Arturo Toscanini et qui sommeillait quelque peu. Le maître des lieux ce soir se confronte à la complexe 6e symphonie de Mahler avec un orchestre de prestige – celui du Festival – composé d'instrumentistes triés sur le volet par le maestro – des membres du Mahler Chamber Orchestra, de la Philharmonie de Berlin, de la Tonhalle de Zürich, de l'Ensemble à vents Sabine Meyer, du Quatuor Alban Berg ou encore de la violoncelliste Natalia Gutman


    Avec le temps, la vision d'Abbado s'est transformée, épurée, et a gagné sans doute en raison des affres de la vie en puissance dramatique, en tension et en clarté. D'entrée de jeu la dimension tragique est installée et prend à la gorge : le rythme inexorable, la cruauté des thèmes sont à peine évincés le temps d'un instant par le thème féminin d'Alma ou le lyrisme généreux de l'Andante moderato, d'une sensibilité à fleur de peau qui arrache des larmes.

    Le Scherzo – placé en troisième position comme il devient à la mode de le faire – est une véritable danse des morts claudicante, grinçante, instable, inquiétante, qui ne lâche pas l'auditeur. Le Finale entretient un climat de ténèbres où tout est consommé, sans espoir, implacable, à l'image de ces trois coups de marteau successifs qui glacent d'effroi. Il s'écoule de longues secondes avant que le chef ne reprenne contact avec une réalité dont on ne sort pas indemne. Plus qu'une expérience, une véritable ascèse, presque un chemin de croix.

    Une voix des profondeurs de la nature humaine

    Le climat ne prêtait guère plus à l'optimisme en première partie de programme. Succédant à Cecilia Bartoli qui, la veille, avait convaincu dans des airs de Mozart, Thomas Quasthoff officie dans les Six Monologues de Jedermann de Frank Martin orchestrés en 1949 d'après le drame de Hugo von Hofmannsthal. Face à la misère d'un homme confronté à l'urgence de la mort et qui doit en une heure abandonner tous ses oripeaux pour atteindre, loin des contingences matérielles, la force spirituelle d'un passage vers l'au-delà, la voix de Quasthoff sonde les profondeurs de la nature humaine, la tragédie de la solitude et la confrontation face à soi-même.

    Tour à tour interrogatif, angoissé, haletant, tourmenté, résigné puis conforté par le pardon de Dieu, le baryton allemand rend justice à cette partition intense par une sobriété, une intériorité et un dépouillement exceptionnels, servi par un timbre soyeux et profond. Capable de tout faire, Quasthoff prouve encore sa maîtrise hors du commun. Il rattache l'oeuvre de Frank Martin aux grands cycles de lieder mahlériens.

    L'orchestre tisse une toile sonore que dessine Abbado avec une gestique ample mais mesurée afin de laisser s'épanouir le chant en toute liberté jusqu'à la prière finale pacifiée. On sort d'un tel concert à la fois bouleversé et quelque peu étourdi par ce point de non retour qui fait même oublier qu'en ce mois d'août il pleut sans cesse sur Lucerne.

    Une ouverture en fanfare pour le festival 2006, mais pas celle des Trompettes de la Renommée, plutôt celle du Dies irae en ces temps si troublés.




    Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
    Le 11/08/2006
    Michel LE NAOUR

    Concert de l'Orchestre du Festival de Lucerne sous la direction de Claudio Abbado, avec la participation du baryton Thomas Quasthoff au festival de Lucerne 2006.
    Frank Martin (1890-1974)
    Six Monologues de Jedermann (1943-1949)
    Thomas Quasthoff, baryton

    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n° 6 en la mineur, « Tragique Â» (1906)

    Orchestre du Festival de Lucerne
    direction : Claudio Abbado

     


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