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CRITIQUES DE CONCERTS 24 octobre 2020

Création du spectacle Zaide · Adama au festival de Salzbourg 2006.

Salzbourg 2006 (8) :
Zaïde ou la métamorphose

© Monika Rittershaus

Dans le cadre de son cycle Mozart 22, le festival de Salzbourg propose une Zaïde augmentée de la partition Adama de la compositrice Chaya Czernowin, le tout mis en scène par l'excellent Claus Guth. Un spectacle sombre et obsédant mal accueilli par le public en dépit de l'engagement des interprètes et de la cohésion de la dramaturgie et de la musique.
 

Landestheater, Salzburg
Le 19/08/2006
Thomas COUBRONNE
 



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  • Difficile d'être péremptoire à propos d'un tel projet. On pourra toujours trouver que Zaïde est une turquerie un peu légère pour déboucher sur un spectacle aussi noir, on pourra aussi refuser d'entendre la musique du divin Mozart juxtaposée, parfois même superposée à une création reptilienne et chuintante et à des jeux vocaux tout sauf classiques.

    Mais à y regarder de plus près, le sujet, à plus forte raison morcelé comme l'est restée la partition, n'a rien de très réjouissant : il y a l'amour malheureux ; il y a surtout la captivité, la loi aveugle qui brise les destinées individuelles, la torture, la mise à mort. Et pas de réponses ! Pas de scène d'exposition, pas d'évasion, pas de dénouement, seuls quelques instantanés chaotiques, tendres ou cruels, jeu de piste au milieu des ruines.

    Aussi la partition d'Adama se fera-t-elle ruine parmi les ruines, sable dans le désert. Le jeu de miroirs musicaux et dramatiques imaginé par le metteur en scène, la compositrice et le scénographe semble dès lors tout à fait justifié, remplaçant les textes manquants par une sorte de résonance, de mise en abyme de l'action stigmatisée dans l'impossible entente israélo-palestinienne. Au-delà de l'idée, discutable en soi, mais qui du moins n'a rien d'incongru, le spectacle évite avec habileté de fermer des portes, et délaisse le psychologique pour un exposé froid, kafkaïen et carcéral, aux racines de l'inconscient.

    © Monika Rittershaus

    Il faut saluer la grande richesse, la cohérence forte du travail de Claus Guth, qui avec un vocabulaire visuel élémentaire – table et chaise, porte, fenêtre, pierre, uniforme et sang – développe un dense réseau de symboles et un tragique concret. Le tableau du mélodrame de Gomatz est des plus saisissants, dont le texte n'avait jamais craché une telle modernité que dans ce décor qui pourrait être de n'importe quelle administration, où une fenêtre observée par un désespéré suffit à dire l'appel de la liberté, et aux murs de laquelle grimpe un être rampant avec son crâne démesuré, telle une araignée nichée au fond de son piège ou au coeur de l'esprit humain.

    Sacrifiant l'effet dramatique de la fin, du coup un peu faible, le metteur en scène a l'intégrité de ne pas donner de réponse : la clémence est toujours possible, encore que déniée, et l'histoire ne se ferme pas. On est bien dans le « tout infini » que Chaya Czernowin a voulu dessiner dans une musique aux confins de l'ancien et du moderne.

    Dans ces conditions, le plateau est idéal, même si dans l'absolu, il y aurait des réserves à émettre si l'on entendait Zaïde seul, mais le projet fonctionne totalement avec des chanteurs pas toujours excellents mais sans cesse au service du propos. Mojca Erdmann a peut-être une présence un peu fraîche et sort par moments quelque peu de l'action, mais Topi Lehtipuu est éblouissant de présence, de folie, d'engagement. Noa Frenkel et Yaron Windmüller présentent un couple humain et déchiré, sur qui s'acharnent, grimaçants, un John Mark Ainsley schizophrène, un Renato Girolami très en voix et un Andreas Fischer sadique.

    Des résonances de Nono

    Dirigée au premier degré par Ivor Bolton, parfois à la limite du décoratif, de manière très assumée par une Camerata Salzburg bien sonnante, la musique lumineuse de Mozart s'entrecroise avec les sinuosités corrosives de la partition discordante et immobile d'Adama, dirigée avec beaucoup de finesse, de fixité et de tension par Johannes Kalitzke à la tête de l'oenm. On pense à Nono, au Canto sospeso, à Guai ai gelidi mostri.

    La haine et la bêtise ont encore de longues années devant elles, nonobstant l'engagement de quelques intellectuels de bonne volonté. Le public le prouve assez, qui hue évidemment toute la partie contemporaine, orchestre, chef et compositeur : on lui a pris son Mozart, il pourrait bien vous mettre en pièces pour moins que ça.




    Landestheater, Salzburg
    Le 19/08/2006
    Thomas COUBRONNE

    Création du spectacle Zaide · Adama au festival de Salzbourg 2006.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) · Chaya Czernowin (*1957)
    Zaide · Adama
    Singspiel en deux actes K. 344 · Fragment

    Création mondiale, commande du festival de Salzbourg
    Coproduction avec le Théâtre de Bâle

    Basler Madrigalisten
    direction : Fritz Näf
    Mozarteum Orchester Salzburg
    direction : Ivor Bolton
    Ôsterreichisches Ensemble für Neue Musik (oenm)
    direction : Johannes Kalitzke
    conception et régie : Claus Guth
    décors et costumes : Christian Schmidt
    éclairages : Wolfgang Göbbel
    vidéo : Alex Buresch & Kai Ehlers
    électronique : Experimentalstudio für akustische Kunst e.V., Freiburg im Breisgau

    Avec :
    Mojca Erdmann (Zaide), Topi Lehtipuu (Gomatz), Johan Reuter (Allazim), John Mark Ainsley (Soliman), Renato Girolami (Osmin), Noa Frenkel (Woman), Yaron Windmüller (Man), Andreas Fischer (Father), Paul Lorenger (Tänzer), Bernd Grawert (Schauspieler).

     



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