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CRITIQUES DE CONCERTS 20 mai 2019

Reprise de Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Christoph Marthaler et sous la direction de Peter Schneider au festival de Bayreuth 2006.

Bayreuth 2006 (1) :
Tristan contre les conventions

© Jörg Schulze / Bayreuther Festspiele GmbH

Nina Stemme (Isolde) et Robert Dean Smith (Tristan).

Bilan contrasté pour cette reprise du Tristan de Marthaler à Bayreuth, sous la direction de Peter Schneider, mille fois plus exaltante que celle de Eiji Oue l'an passé, avec toujours le couple star Stemme-Dean Smith : de bonnes idées en dépit d'un relatif manque de passion, et un plateau d'une excellence discutable.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 21/08/2006
Thomas COUBRONNE
 



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  • Le théâtre de Marthaler, assurément laid, dérange. Cette obsession des plus horribles tissus d'ameublement jamais manufacturés en ex-RDA, ce goût des vêtements de travail, blouses et autres chandails jacquard tout droits sortis de l'univers des Deschiens ne sont pas seuls en cause : il y a aussi une distanciation, un refus du lyrisme, une recherche du quotidien en ce qu'il laisse peu de place au pathos.

    Alors bien sûr, son Isolde est à peine amoureuse, son Kurwenal impotent, son Melot velléitaire, son roi Marke fonctionnaire et son Tristan marin propret. Exit la passion vénéneuse, la nuit envoûtante, la fureur, la menace, la mort tragique. Mais ce qui se révèle dans ce jeu dédramatisé, désengagé, c'est une catharsis ordinaire, une histoire d'amour banal, un désespoir tel que chacun de nous a pu en connaître : affreusement quelconque, sans superlatifs, sans héroïsme inouï, et cependant à notre cœur irrépressible et déchirant. Certains ne veulent ainsi pas voir au théâtre la projection de leur pauvre vie sans intérêt, mais de cet exercice ressortent pourtant, et malgré une certaine faiblesse, quelques idées fortes.

    Marthaler pointe du doigt la normalité comme coupable des maux des amoureux. Son Isolde fantasque est enfant du désordre, de l'inspiration. La première chose qu'elle fait en scène, c'est renverser les chaises du pont du navire sens dessus dessous ; aussitôt Brangaine s'attache à tout bien remettre en place. Elle est, avec le roi Marke, de ceux qui aiment l'ordre.

    Le gentil Tristan a sucé la même mamelle, bien élevé, dans le moule, pas un cheveu qui dépasse, pas un pli à son blazer. Mais que l'amour s'en mêle et tire le héros du rang, et voici la catastrophe. C'est tout naturellement Marke qui se retrouve avec le couteau fatal à la main : l'ordre a châtié un amour qui le menait à mal par un peu trop de fantaisie.

    © Jörg Schulze / Bayreuther Festspiele GmbH

    Ce qui manque à cette conception, sans doute, c'est la magie. Brangaine frigide et castratrice, Marke ennuyeux en diable dans son discours officiel et convenu, Isolde très enfantine, spontanée, incapable de se tenir. Cela fonctionne, cela fait sens, mais contrecarre assez ouvertement la musique exaltée de Wagner. Heureusement que Tristan, brisant la carapace de sa bonne éducation, insuffle un peu de lyrisme à une scène sinon bien placide.

    Ce beau lyrisme est aussi le fait de Robert Dean Smith, Tristan mélancolique, timbre clair, diction lumineuse, quelque peu malmené par les exigences du rôle – qui ne l'est pas ? – mais toujours humain et délicat. Loin des barriques hurlantes qu'on nous inflige trop souvent, son Tristan un peu léger est tout en finesse, en élégance, et ses accents de désespoir n'en sont que plus amers.

    John Wegner le seconde, Kurwenal hagard et cyclothymique, dans un rôle où Hartmut Welker était à la fois plus touchant et plus discutable techniquement, face au roi Marke gris, sans demi-teinte, à la déclamation scrupuleuse de Kwangchul Youn, symétrique d'une Brangaine institutrice à qui Petra Lang donne son timbre onctueux mais monocorde et des aigus difficiles.

    Une Isolde de moyens sinon d'incarnation

    Isolde est fermement chantée par une Nina Stemme dont le public s'est entiché, à juste titre quant à ses moyens, mais qui ne nous semble pas d'une incarnation, d'une musicalité exemplaires. La voix un peu mastoc, les aigus larges, mais surtout un manque de couleurs, d'inflexions, de caractérisation en font une Isolde solide mais assez terne. La Liebestod reste particulièrement plate, en dépit d'une direction inspirée.

    Après un prélude inexplicablement maladroit, Peter Schneider prodigue en effet une direction dynamique, soignée, fruit d'un métier très abouti. Ne couvrant le plateau qu'à des moments judicieux, et avec une grande science du tissu orchestral, il réussit une scène nocturne particulièrement frémissante et pleine de soupirs. Mais la standing ovation est bien sûr pour Stemme ; star oblige !




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 21/08/2006
    Thomas COUBRONNE

    Reprise de Tristan et Isolde de Wagner dans la mise en scène de Christoph Marthaler et sous la direction de Peter Schneider au festival de Bayreuth 2006.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde, drame lyrique en trois actes
    Livret du compositeur

    Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
    direction : Peter Schneider
    mise en scène : Christoph Marthaler
    décors et costumes : Anna Viebrock
    éclairages : Ulrich Niepel
    préparation des choeurs : Eberhard Friedrich

    Avec :
    Robert Dean Smith (Tristan), Nina Stemme (Isolde), Petra Lang (Brangäne), John Wegner (Kurwenal), Kwangchul Youn (König Marke), Ralf Lukas (Melot), Clemens Bieber (Junger Seeman), Arnold Bezuyen (Ein Hirt), Martin Snell (Ein Steuermann).

     



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