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CRITIQUES DE CONCERTS 06 avril 2020

Nouvelle production de Siegfried de Wagner mise en scène par Tankred Dorst et sous la direction de Christian Thielemann au festival de Bayreuth 2006.

Bayreuth 2006 (5) :
À meilleure école

© J√∂rg Schulze / Bayreuther Festspiele GmbH

Nettement plus prenant au niveau sc√©nique que les deux premiers volets, ce Siegfried du Ring de Tankred Dorst √† Bayreuth offre enfin une vie th√©√Ętrale √† m√™me de servir le livret de Wagner, dans une sc√©nographie toujours exemplaire malgr√© un plateau encore particuli√®rement m√©diocre, jusqu'√† contaminer au troisi√®me acte la direction de Christian Thielemann.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 25/08/2006
Yannick MILLON
 



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  • Enfin ! Il aura fallu attendre ce Siegfried pour vivre l'exp√©rience du th√©√Ętre dans ce nouveau Ring de Bayreuth √† la sc√©nographie toujours aussi remarquable. Car ce soir, m√™me si le duo d'amour du III voit les amants une fois de plus livr√©s √† eux-m√™mes, la direction d'acteurs existe, doubl√©e de quelques id√©es int√©ressantes quoique jamais r√©volutionnaires.

    Au coeur d'une for√™t entrevue √† travers les fen√™tres, le premier acte est situ√© dans une salle de classe, lieu de l'acquisition besogneuse de la connaissance qui rebute tant Siegfried, avec tout l'attirail n√©cessaire, du tableau noir au pupitre d'√©colier, du bureau de ma√ģtre Mime √† son laboratoire. Le parti-pris fonctionne √† la fois dans l'esprit du roman d'apprentissage, et dans la pertinence de la sc√©nographie pour le double interrogatoire Mime-Wanderer.

    Une fois Notung reforg√©e, Siegfried peut saccager les livres et se lancer √† l'assaut d'une vraie aventure, lib√©r√© d'un p√®re adoptif professoral, en brisant en deux le globe terrestre que celui-ci serre contre lui comme une m√©taphore du monde sur lequel il s'imagine prochainement r√©gner. Le h√©ros est tout ensemble infantile ¬Ė le petit jeu de l'ignition auquel il se livre hilare avec un barreau de son ancien berceau ¬Ė et rustre √† souhait ¬Ė la tentative de cirer ses chaussures avec le Tarnhelm dont il ignore l'usage.

    Le deuxième acte retrouve quant à lui la thématique chère à Harry Kupfer de la nature violée, avec cette forêt d'arbres tronçonnés que surplombe une autoroute en construction, avant le combat contre le dragon niché au fond d'une faille aux rougeurs volcaniques du plus bel effet. De même, on reste soufflé par les sublimes éclairages bleutés d'Ulrich Niepel dans la confrontation entre le Wanderer et Erda au III.

    © Jochen Quast / Bayreuther Festspiele GmbH

    Le Mime de Gerhard Siegel est excellent, sans les couinements habituels mais avec une vigueur dans le timbre, une √©mission percutante qui laissent filtrer ses funestes desseins ; des qualit√©s qui semblent souvent manquer √† Stephen Gould, Siegfried de belle ligne, sans vocif√©rations mais trop in√©gal ¬Ė un m√©dium gris, insuffisamment projet√©, souvent mang√© par l'orchestre. La couleur un peu sombre, les d√©licatesses de ce Tannh√§user id√©al ne sont certes pas sans charme, mais l'Am√©ricain dispense un chant un rien souffreteux, en contradiction avec son physique de b√Ľcheron.

    Linda Watson reste un monument d'indiff√©rence, de placidit√©, une Br√ľnnhilde molle encore passablement assoupie au tomber de rideau dont les vilains aigus plafonnent et vrillent toujours autant. Nettement plus pr√©sent, Falk Struckmann d√©cha√ģne sa noirceur et sa morgue dans l'√©vocation de la splendeur du Walhalla et reste l'un des seuls chanteurs de ce Ring √† avoir une authentique carrure wagn√©rienne, m√™me si ce soir les inhumaines s√©ries d'aigu du Wanderer le voient un rien en p√©ril sur les notes les plus tendues.

    Impossible à percevoir comme la face obscure de Wotan, Andrew Shore demeure un Alberich trop clair, dont l'aigu ouvert ruine toute crédibilité. Mihoko Fujimura est une Erda à zéro pour cent de matière grave qui respire tous les deux mots, Jyrki Korhonen un Fafner dont l'émission confidentielle ne risque pas d'enseigner la peur à Siegfried, Robin Johanssen un Oiseau correct.

    Lecture orchestrale sans acuité

    La direction de Christian Thielemann continue d'impressionner par la mobilit√© de son agogique, la pertinence de ses intentions ¬Ė l'√©vocation des conditions de la mort de Sieglinde, les Murmures de la for√™t, superbes ¬Ė mais sa battue, sans pourtant manquer d'√©lan dans le flot musical, engendre une p√Ęte sonore sans alacrit√©, sans v√©ritable acuit√© dans les timbres, et qui √† trop flatter l'oreille l'anesth√©sie ¬Ė les emballements du duo au III, aux cordes terriblement lisses, des cuivres rondouillards qui ne cuivrent jamais, des grondements orchestraux trop souterrains, comme att√©nu√©s par la coque de la fosse.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 25/08/2006
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Siegfried de Wagner mise en scène par Tankred Dorst et sous la direction de Christian Thielemann au festival de Bayreuth 2006.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Siegfried, deuxième journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)
    Livret du compositeur

    Orchestre du Festival de Bayreuth
    direction : Christian Thielemann
    mise en scène : Tankred Dorst
    décors : Frank Philipp Schlössmann
    costumes : Bernd Skodzig
    éclairages : Ulrich Niepel

    Avec :
    Stephen Gould (Siegfried), Gerhard Siegel (Mime), Falk Struckmann (Der Wanderer), Andrew Shore (Alberich), Jyrki Korhonen (Fafner), Mihoko Fujimura (Erda), Linda Watson (Br√ľnnhilde), Robin Johannsen (Stimme des Waldvogels).

     



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