altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 24 février 2018

La Voix humaine de Francis Poulenc et Paillasse de Ruggero Leoncavallo à Bologne

Une improbable sauce bolognaise

C'est un couplage étrange, sans raison visible, qu'a tenté le Teatro Comunale de Bologne en programmant le même soir La Voix humaine de Poulenc et Paillasse de Leoncavallo. Seul trait d'union, la présence au pupitre de Christian Badea, mais l'impression finale est d'avoir assisté à deux soirées différentes et incompatibles en une seule. L'opération sera néanmoins réitérée au mois de juin.
 

Teatro Comunale, Bologne
Le 11/04/2000
Francesco Maria COLOMBO
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Tristan entre en régression

  • Grande musique,
    grands interprètes

  • Un roi Carotte aux petits oignons

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Rendre compte de la performance de Raina Kabaivanska dans La Voix humaine est un peu embarrassant, parce que Poulenc avait imaginé une femme ravissante et jeune, et de fait, le rôle fut créé par Denise Duval. Mme Kabaivanska a certes un charme immense, mais comme chacun sait, ce grand charme paraît sur scène depuis au moins quarante ans. Prenons des gants au risque de passer pour un rustre : même une diva comme elle, qui ne manque ni de classe, ni d'intelligence, ni de maîtrise scénique, ni de charisme, ni de sens de la construction dramatique, finit par devenir, lorsqu'elle décroche le téléphone de La Voix humaine, une femme plus toute jeune qui tente pathétiquement de retenir l'amant qui la trahit. Ce pathétique qui tourne inévitablement au ridicule est l'exacte antithèse du jeu d'équilibre et de subtilités dans lequel réside le secret de la partition. Qui plus est, la mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti dispense au dernier moment un coup de théâtre involontaire : le visage défait de l'actrice se trouve multiplié et agrandi par des écrans éparpillés sur le plateau. Ainsi, il occupe pratiquement tout le devant de la scène. L'effet est déjà désastreux, mais la scénographie s'enlise encore plus avec un improbable suicide sauce mélo : l'étranglement avec le fil du téléphone. C'est dommage, parce que si la condition vocale de Raina Kabaivanska est désormais embarrassante, la personnalité de cette grande interprète méritait de laisser un autre souvenir.


    De son côté, le chef Christian Badea a procédé à un découpage de La Voix humaine en séquences très lentes, rendant la progression dramaturgique ennuyeuse et discontinue, même s'il a fait sonner l'orchestre de Bologne avec une remarquable légèreté. Il s'est rattrapé dans Paillasse, dirigé parfaitement dans le ton. Doté d'un vrai sens du rythme théâtral, il a trouvé le juste équilibre entre la nécessaire emphase et la souplesse du modelé de la phrase.José Cura est un Canio fier bâti sur le moule d'Antonio Banderas, avec toute la prestance et le machisme nécessaire, même si ses aigus sont quelque peu hasardeux. La radicale simplification émotionnelle du personnage de Leoncavallo, qui le situe à l'opposé d'un Othello ou d'un Des Grieux, rend cette fois le ténor argentin tout à fait crédible. Daniela Dessì est une Nedda simple, populaire et sensuelle. Son excellente forme vocale rassure après l'issue incertaine de sa dernière Tosca Bolognaise. Nedda lui va d'ailleurs beaucoup mieux que Fedora ou Adrienne Lecouvreur. Alberto Mastromarino possède un timbre dense, sombre, et une articulation franche. Il rend Tonio moins détestable que d'habitude. La mise en scène imaginée par Liliana Cavani, Dante Ferretti et Gabriella Pescucci, déjà connue du public de la Péninsule, transporte Paillasse dans une banlieue tout droit sortie du néo-réalisme italien des années cinquante. Elle exhibe un sens du détail qui frise la perversion. À tous égards, elle mérite d'être saluée.




    Teatro Comunale, Bologne
    Le 11/04/2000
    Francesco Maria COLOMBO

    La Voix humaine de Francis Poulenc et Paillasse de Ruggero Leoncavallo à Bologne
    Paillasse de Ruggero Leoncavallo,
    Direction musicale : Christian Badea
    Mise en scène : Liliana Cavani
    Avec José Cura (Canio), Daniela Dessì (Nedda), Alberto Mastromarino (Tonio)

    La Voix humaine de Francis Poulenc
    Direction musicale : Christian Badea
    Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti
    Avec Raina Kabaivanska

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com