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CRITIQUES DE CONCERTS 09 décembre 2019

Concerts Beethoven du London Symphony Orchestra sous la direction de Bernard Haitink à la salle Pleyel, Paris.

Une leçon de style

√Ä la t√™te du London Symphony Orchestra, Bernard Haitink propose, avec une perception de lettre et d'esprit, une lecture des 2e et 3e symphonies de Beethoven d'une limpidit√© toute classique o√Ļ l'√©nergie retenue se lib√®re dans un geste serein mais puissamment expressif. Du grand art, et assur√©ment une le√ßon de style.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 18/09/2006
Michel LE NAOUR
 



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  • Le programme en apparence traditionnel qu'offre Bernard Haitink et le LSO √† la salle Pleyel, confrontant deux symphonies de Beethoven de cr√©ation quasi contemporaine (1803 pour la 2e, 1805 pour l'Eroica), est en fait un r√©v√©lateur non seulement de l'√©volution du compositeur, mais aussi de la mani√®re dont il d√©cide de suivre une voie nouvelle en prenant le destin √† la gorge.

    L'interprétation du chef néerlandais s'affirme d'un équilibre structurel et d'une élaboration dialectique parfaits. Elle oppose, avec intelligence patricienne et noblesse de ton, les élans et la vitalité de la 2e symphonie, encore proche de Mozart ou de Haydn, à l'Eroica qui, par sa durée, sa rythmicité, l'attention portée aux timbres, l'effectif orchestral, s'inscrit dans la modernité.

    La battue imperturbable n'interdit pas une libert√© dans l'articulation et dans l'expression qui √©pure les sentiments (Larghetto de l'op. 36) et substitue √† la tension surhumaine une rigueur de pens√©e (mouvement initial l'op. 55), un galbe id√©al des phras√©s (Marche fun√®bre), un sens des nuances ¬Ė pr√©sent contin√Ľment ¬Ė, un lyrisme qui semble s'√©pancher sans contrainte dans une architecture √† la ma√ģtrise souveraine.

    Le London Symphony Orchestra est un instrument malléable, capable de s'adapter à toutes les situations, qui répond comme un seul homme aux impulsions transmises non seulement par Haitink, mais aussi par son Konzertmeister Gordan Nikolitch, d'une mobilité et d'une énergie décuplée.

    Domination de l'esprit sur la matière

    L'acoustique tr√®s analytique de la salle Pleyel favorise l'√©coute de cette conception aristocratique mais non sans engagement o√Ļ la retenue est semblable √† celle de la fission de l'uranium qui ne demande qu'√† imploser. On a parfois le sentiment d'assister √† la mat√©rialisation d'une r√©flexion pes√©e, r√©fl√©chie, moins visionnaire que celle d'autres chefs ¬Ė Furtw√§ngler, Toscanini, Klemperer
    ou encore, aujourd'hui, Harnoncourt ¬Ė plus tent√©s par la lutte dialectique et la puissance agogique.

    Pourtant, l'impulsion roborative, donn√©e en particulier par l'exceptionnel timbalier Nigel Thomas, le mariage des timbres ¬Ė entre bois subtils, cuivres parfaits et cordes √† l'unisson ¬Ė, le souci de doser et de d√©gager les contre-chants enfouis dans la masse sonore serrent au plus pr√®s la r√©alit√© de l'id√©e beethov√©nienne per√ßue comme la domination de l'esprit sur la mati√®re.

    Une telle interpr√©tation, par sa lisibilit√©, son int√©riorit√©, sa profondeur de perception, s'inscrit sans ostentation dans une tradition au romantisme pacifi√© mais non sans √©lans o√Ļ gr√Ęce et √©l√©gance pr√©valent sans pour autant n√©gliger les orages d√©sir√©s.







    Pour qui sonne la timbale

    Superbe démonstration de direction d'orchestre, de maestria symphonique que ce deuxième concert de Bernard Haitink à la tête du LSO. Un programme Beethoven d'une hauteur de vue et d'une énergie impressionnantes, emmené par un orchestre de prestige et son génial timbalier.

    Depuis l'époque du Concertgebouw, le Beethoven de Haitink s'est renouvelé et dynamisé, un peu à l'image de celui d'Abbado, avec toutefois une assise plus fortement ancrée dans la tradition.

    On retrouve l'architecture, les nuances millim√©tr√©es, le sens de la respiration, la maestria dans la gestion des transitions, mais on b√©n√©ficie aujourd'hui d'une vision moins l√©ch√©e, d'ar√™tes plus vives, de tempi plus contrast√©s ¬Ė sans √©garements dans les mouvements lents ¬Ė et surtout d'accents plus tranchants, notamment gr√Ęce au travail ph√©nom√©nal du timbalier Nigel Rogers, qui n'h√©site jamais √† cogner et que le chef n√©erlandais laisse s'exprimer comme son bras droit.

    Véritable épine dorsale, d'une prépondérance tout à fait inédite à l'époque, la partie de timbales des symphonies de Beethoven est demeurée trop longtemps sous l'étouffoir des chefs traditionnels, noyée dans les cordes graves avant le regain d'intérêt des baroqueux.

    Avec ses instruments en peau √† la d√©finition tr√®s nette, ses baguettes dures √† l'impact maximal, une intelligente vari√©t√© de frappe et d'accents selon la fonction harmonique, Rogers porte l'orchestre beethov√©nien, le propulse avec une rythmicit√© irr√©pressible ¬Ė un Finale de 5e et de 8e symphonie proprement √©poustouflant.

    Et pourtant, le LSO compte déjà parmi ces instruments d'excellence, même s'il serait abusif de l'évoquer dans les mêmes termes de splendeur sonore qu'Amsterdam ou Vienne. Car soyons honnêtes, si le quintette à cordes est d'un niveau inimaginable chez nous, aucun pupitre de vents de la phalange britannique n'est véritablement renversant.

    C'est plut√īt l'extr√™me qualit√© du jeu global, cette mani√®re de sacrifier l'individuel au profit du collectif qui l'emportent. Attaques et sons quitt√©s parfaitement ensemble, sonorit√© puissante autant qu'ineffable, ampleur de l'√©ventail dynamique, tenue musicale bien autant que physique ¬Ė on se s'avachit jamais dans les rangs ¬Ė, le London Symphony repr√©sente une mani√®re de panac√©e orchestrale dont on ferait bien de s'inspirer en France.

    Revenons enfin un instant sur la question de l'acoustique de Pleyel. Du premier balcon, le rendu sonore s'avère nettement plus confortable qu'au parterre. Restent la relative pingrerie de la réverbération et la définition un rien cotonneuse des instruments à cordes, particulièrement des violons, mais Pleyel est toutefois aujourd'hui la salle parisienne la plus à même d'accueillir le répertoire symphonique. On reste loin des prodiges de l'Auditorium de Dijon ou du KKL de Lucerne, également conçus par Artec, mais il allait de soi qu'en n'ayant pas la possibilité de toucher aux murs, on ne pouvait opérer de véritable miracle.


    Yannick MILLON
    Salle Pleyel, Paris, 19/09/2006




    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Ouverture de Fidelio, op. 72c
    Symphonie n¬į 8 en fa majeur, op. 93
    Symphonie n¬į 5 en ut mineur, op. 67

    London Symphony Orchestra
    direction : Bernard Haitink




    Salle Pleyel, Paris
    Le 18/09/2006
    Michel LE NAOUR

    Concerts Beethoven du London Symphony Orchestra sous la direction de Bernard Haitink à la salle Pleyel, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonie n¬į 2 en r√© majeur op. 36 (1803)
    Symphonie n¬į 3 en mi b√©mol majeur op. 55 ¬ę H√©ro√Įque ¬Ľ (1805)

    London Symphony Orchestra
    direction : Bernard Haitink

     


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