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CRITIQUES DE CONCERTS 23 mai 2018

Reprise de Lucia di Lammermoor de Donizetti dans la mise en scène d'Andrei Serban, sous la direction d'Evelino Pidò à l'Opéra de Paris.

Acrobaties en tous genres
© Eric Mahoudeau

Natalie Dessay (Lucia) et Matthew Polenzani (Edgardo).

Onze ans après sa création, la production de Lucia di Lammermoor d'Andrei Serban n'a rien perdu de ses multiples défauts. Mais comme souvent, c'est la solidité de la distribution, rehaussée d'une direction de fosse parfaitement idoine, qui fait oublier le dérisoire d'une approche scénique arbitraire et superficielle.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 13/09/2006
Gérard MANNONI
 



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  • Au-delà des multiples détails grotesques et inutiles qui l'émaillent, la mise en scène de Lucia selon Andrei Serban a surtout l'inconvénient d'être un pléonasme permanent. Au lieu de se situer dans l'espace que doit occuper l'imagination créatrice de l'homme de théâtre entre la musique et le texte, le metteur en scène roumain ne cherche qu'à les illustrer, accumulant alors les fausses provocations, les actions anecdotiques qui détournent l'attention sans rien apporter, compliquant la tâche de tout le monde et faisant trop souvent rire.

    Faut-il en citer ? Qu'a-t-on à faire par exemple de ces servantes qui lavent du linge avant de se faire lutiner par les soldats peuplant cette salle tristounette où s'ébattent une multitude de figurants athlétiques en maillots de corps 1900 ? On pense aux immortels Frères Jacques
    Et puis, par exemple, comment ne pas sourire pour le moins quand, au moment des noces de la malheureuse Lucia, on promène un énorme gâteau de mariage autour d'une grande table à la nappe immaculée, avant que l'on éloigne le gâteau pour poser sur la table
    la mariée ? Si c'est un symbole, il est d'une légèreté pachydermique !

    Le plus grave, cependant, reste bien que le décor, compliqué et sadique, ne fait que souligner à gros traits l'évidente cruauté de l'action, sans mystère, sans distanciation, sans que l'on ait le moins du monde la possibilité de s'interroger sur ces évidences, de les remettre en cause. Voilà bien du premier degré intégral. De même, les mille acrobaties que doit exécuter Lucia ne sont que la représentation visuelle des acrobaties vocales de la partition, sans leur donner non plus aucune autre dimension que celle de la performance qui va forcément susciter l'enthousiasme du spectateur.

    Tout cela est du faux travail de théâtre novateur, car finalement ne s'y greffe pas non plus une direction d'acteurs d'une quelconque efficacité, hormis les prouesses d'agilité de Natalie Dessay en tous domaines. Difficile à admettre après avoir vu les Noces de Figaro de Marthaler et l'Iphigénie en Tauride de Warlikowski la saison dernière, d'un tout autre niveau de travail théâtral et de réflexion sur l'oeuvre et sa place dans notre époque.

    Si la représentation emporte l'adhésion ce soir, c'est bien grâce aux interprètes qui dominent ce jeu inutilement pervers en très grands professionnels. Evelino Pidò, tout d'abord, au pupitre, tient tout son monde en bon ordre de marche stylistique et musicale, ce qui est fondamental.

    Le chant impeccable de Natalie Dessay

    Et puis, comme June Anderson en 1995, Natalie Dessay relève tous les défis comme en s'amusant, phrasant ou vocalisant dans toutes les positions de ce kamasutra lyrique imposé. Sur la balançoire, dans la paille, sur le dos, sur le ventre, sur une poutre, sur des barres parallèles, à quatre pattes, en sautant, en courant
    la voix est toujours en place, et le chant impeccable. Ce qui restera cependant, c'est ce côté petite chose fragile qui ne sait où trouver le moindre réconfort et paraît d'emblée destinée à être broyée par la vie et exprime ses espoirs et désespérances dans le plus beau chant qui soit.

    Moins malmené physiquement malgré une scène finale haut perchée, Matthew Polenzani donne, avec un timbre sans vrai charme, une leçon de bel canto. Tout y est, des nuances au phrasé, des bonnes courbes vocales aux bons accents, avec une sincérité fort touchante.

    Ludovic Tézier chante très bien également, mais on voudrait qu'il donne l'illusion de croire davantage à son personnage de méchant. Pourquoi nos grands barytons ont-ils toujours l'air si gentils alors que leur répertoire est surtout orienté vers les personnages noirs ? Déjà Jean-Philippe Lafont réussissait bien mieux en Telramund ou en Barak qu'en Scarpia ! Très beau chant également de la part de la basse coréenne Kwangchul Youn, ce qui est méritoire, car Serban n'a su donner aucune consistance dramatique à ce personnage difficile de Raimondo Bidebent.

    Oublions donc les vilaines images du spectacle pour ne nous réjouir que du beau chant entendu, et du retour si réconfortant d'une Natalie Dessay rayonnante à son meilleur niveau.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 13/09/2006
    Gérard MANNONI

    Reprise de Lucia di Lammermoor de Donizetti dans la mise en scène d'Andrei Serban, sous la direction d'Evelino Pidò à l'Opéra de Paris.
    Gaetano Donizetti (1797-1848)
    Lucia di Lammermoor, opéra en trois actes (1835)
    Livret de Salvatore Cammarano d'après la Fiancée de Lammermoor de Walter Scott

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Evelino Pidò
    mise en scène : Andrei Serban
    décors et costumes : William Dudley
    éclairages : Guido Lévi
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Natalie Dessay (Lucia), Matthew Polenzani (Edgardo di Ravenswood), Ludovic Tézier (Enrico Ashton), Salvatore Cordella (Arturo Bucklaw), Kwangchul Youn (Raimondo Bidebent), Marie-Thérèse Keller (Alisa), Christian Jean (Normanno).

     



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