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CRITIQUES DE CONCERTS 24 janvier 2020

Nouvelle production de la Femme sans ombre de Strauss mise en sc√®ne par Nicolas Joel et sous la direction de Pinchas Steinberg au Th√©√Ętre national du Capitole de Toulouse.

Nulle ombre sur la Femme
© Patrice Nin

Doris Soffel (la Nourrice)

C'est un véritable tour de force que vient d'accomplir Nicolas Joel à Toulouse en programmant une Femme sans ombre de rêve, comme on n'en avait plus entendu depuis Solti à Salzbourg. Un plateau d'une homogénéité et d'une qualité absolues, une direction fuyante et électrique, une mise en scène classique et efficace, bref, le choc lyrique de la rentrée 2006.
 

Th√©√Ętre du Capitole, Toulouse
Le 12/10/2006
Yannick MILLON
 



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  • Directeur du Th√©√Ętre du Capitole de Toulouse depuis 1990 et possible successeur de Gerard Mortier √† la t√™te de l'Op√©ra de Paris, Nicolas Joel est bien connu pour une qualit√© aujourd'hui rarissime : ne programmer un op√©ra qu'√† condition d'avoir r√©uni les voix ad√©quates. √Ä l'heure du tout visuel, des chanteurs fr√©quemment surdistribu√©s, ce bon sens √©l√©mentaire m√©riterait une remise au go√Ľt du jour. Pour preuve, cette Femme sans ombre toulousaine b√©n√©ficie d'un plateau digne de Salzbourg ou de la Staatsoper de Vienne.

    Pourtant √©clips√© √† l'applaudim√®tre par un trio f√©minin de choc, Robert Dean Smith tr√īne tout en haut de la distribution, Empereur absolument id√©al, d'un lyrisme aristocratique, d'une beaut√© de timbre, d'une radiance √† m√™me d'√©galer ses immenses pr√©d√©cesseurs ¬Ė on songe souvent √† James King, dont il a retenu la couleur de l'aigu, la clart√© des voyelles, la qualit√© de l'allemand.

    De m√™me, quand une interpr√®te a marqu√© un r√īle comme Rysanek l'Imp√©ratrice, on ne peut qu'acclamer la performance de Ricarda Merbeth, qui, si elle privil√©gie une √©mission directe sans les tremplins, les gliss√©s g√©nialement expressifs de la regrett√©e Autrichienne, n'en impose pas moins un chant √©blouissant de sant√©, de pr√©cision dans les coloratures, d'assurance dans l'aigu.

    © Patrice Nin

    Autre incarnation majeure, la Nourrice expressionniste de Doris Soffel, dont les consonnes marqu√©es, les graves poitrin√©s avec une √©nergie morbide, l'aigu ph√©nom√©nal ne craignent aucune d√©flagration de l'orchestre ¬Ė le sib hallucin√© de la fin du II, projet√© avec une jubilation sadique, tenu bien au-del√† de sa dur√©e √©crite, qui d√©clenche avant m√™me la conclusion orchestrale un tonnerre d'acclamations, destin√©es √©galement √† la Femme de Barak √©poustouflante de Janice Baird.

    Nous nous sommes déjà étendu sur les qualités hors du commun de l'Américaine, digne héritière de ses professeurs Birgit Nilsson et Astrid Varnay, voix dramatique comme il n'en est plus aujourd'hui. Là encore, le timbre un peu dur, l'émission percutante, les interventions musclées, dardées en toute facilité conviennent parfaitement à la frigidité de la Teinturière.

    Au milieu de pareilles furies, Andrew Schroeder se fait un peu oublier, Barak trop falot ¬Ė une voix un rien grise, sourde sur le haut de la tessiture, mais une demi-teinte plus ch√Ęti√©e que chez d'autres ¬Ė que vient aussi contrarier le Messager des esprits incroyablement sonore, au m√©tal somptueux ¬Ė nach dem Gesetz ¬Ė de Samuel Youn.

    Une direction à la pointe sèche

    Dans la fosse, Pinchas Steinberg d√©fend un Strauss all√©g√©, souvent √©lectrique et fuyant ¬Ė le vol vers la terre ¬Ė, avec quelques emportements traduits √† merveille par un Orchestre du Capitole en forme olympique : nuanc√©, d'une pr√©cision diabolique dans les mixtures de bois de l'√©vocation de la fauconnerie, transparent jusque dans les passages les plus charg√©s. Une direction √† la pointe s√®che, rapide et sans concession, qui ne s'alanguit jamais mais laisse toujours chanter les tr√®s belles cordes de la formation toulousaine.

    La mise en sc√®ne classique de Nicolas Joel a pour m√©rite premier de ne jamais perturber l'extase musicale, en ne retenant que l'essentiel du livret d'Hofmannsthal, sans y plaquer une quelconque relecture. Les d√©cors d'Ezio Frigerio permettent un efficace aller-retour entre le monde des esprits et celui des humains, camp√©s respectivement par une terrasse en escaliers aux teintes Jugendstil et le cloaque sordide d'un collecteur d'√©gouts. Mais ce soir, le th√©√Ętre aura lieu essentiellement dans les gosiers des chanteurs et la baguette du chef.

    Cela faisait tellement longtemps que Strauss n'avait pas été servi par des interprètes aussi royaux qu'on estimera que l'ancienne prépondérance de la partie musicale à l'opéra conserve de nos jours une vraie légitimité.




    Diffusion sur France Musique le 28 octobre à 19h.




    Th√©√Ętre du Capitole, Toulouse
    Le 12/10/2006
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de la Femme sans ombre de Strauss mise en sc√®ne par Nicolas Joel et sous la direction de Pinchas Steinberg au Th√©√Ętre national du Capitole de Toulouse.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Die Frau ohne Schatten, opéra en trois actes (1919)
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Ma√ģtrise, Choeurs et Orchestre national du Capitole
    direction : Pinchas Steinberg
    mise en scène : Nicolas Joel
    décors : Ezio Frigerio
    costumes : Franca Squarciapino
    éclairages : Vincio Cheli

    Avec :
    Robert Dean Smith (Der Kaiser), Ricarda Merbeth (Die Kaiserin), Doris Soffel (Die Amme), Samuel Youn (Der Geisterbote), Silvia Weiss (Die Stimme des Falken / Ein H√ľter der Schwelle des Tempels), Martin M√ľhle (Erscheinung eines J√ľnglings), Qiu Lin Zhang (Eine Stimme von oben), Andrew Schroeder (Barak), Janice Baird (Sein Weib), Hans-Peter Scheidegger (Der Ein√§ugige), Gregory Reinhart (Der Einarmige), Ricardo Cassinelli (Der Bucklige), Gersende Dezitter (Erste Dienerin), Zena Baker (Zweite Dienerin), Elsa Maurus (Dritte Dienerin).

     



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