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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2018

Nouvelle production de Giulio Cesare de Haendel mise en scène par Irina Brook et sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Un Jules César aride
© Alvaro Yanez

L'opera seria a donné bien du fil à retordre aux metteurs en scène contemporain. Forte du succès public de sa Cenerentola, Irina Brook a appliqué à Jules César la même recette insupportablement tendance. Comme en réaction à tant de dérision, Christophe Rousset peine à varier les climats à la tête d'une distribution déséquilibrée par les faiblesses du rôle-titre.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 16/10/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Adapté d'un livret vénitien de Giacomo Francesco Bussani mis en musique en 1676 par Antonio Sartorio, Jules César est indubitablement l'opéra le plus foisonnant de Haendel, rompant par l'extraordinaire diversité des climats, l'art de la transition, l'ironie constante, parfois cruelle, en somme son caractère de tragi-comédie historico-pastorale, selon l'expression consacrée par Polonius dans Hamlet, avec les canons de l'opera seria.

    Mais Christophe Rousset ne parvient pas, particulièrement au premier acte, à appliquer à Haendel cet esprit dont il avait si bien saisi les ressorts dans le Couronnement de Poppée. Tirée au cordeau, sa direction respire peu, pertinente dans les moments d'hypertension ? et les Talens Lyriques, passées les hésitations de l'ouverture, ne relâchent jamais la concentration, à l'exception de cors décidément dans leur plus mauvais soir ?, mais avare de coquetterie, de séduction, de sensualité. Et s'il desserre l'étau à partir du deuxième acte, élargissant sa palette, les enchaînements entre airs et récitatifs demeurent abrupts, et sa lecture finalement assez univoque, comme pour enrayer les excès de dérision pratiqués sur le plateau.

    Amoureuse du gag gratuit, Irina Brook tente en effet de perdre Jules César quelque part entre le Crabe aux pinces d'or et la Planète des singes, parsemant le charmant coin de désert conçu par Noëlle Ginefri des relents les plus tape-à-l'?il d'un Couronnement de Poppée de triste mémoire également créé sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, sans oublier quelques emprunts à la chorégraphie des Paladins, qui se jouent simultanément au Théâtre du Châtelet.

    © Alvaro Yanez

    Ce patchwork est sans doute follement tendance, comme l'était déjà la Cenerentola de Mademoiselle Brook, mais la réflexion dramaturgique n'y a pas droit de cité, et moins encore l'interrogation nécessaire sur ce genre plus que délicat à mettre en scène qu'est l'opera seria. L'ironie piquante sied à Jules César, pas la facilité.

    La distribution apporte quelques consolations, mais se révèle définitivement trop disparate pour convaincre. Ainsi, la proximité de voix jeunes et bien projetées disqualifie le Cesare d'Andreas Scholl. Car s'il a trouvé en Bertarido, écrit quelques mois plus tard pour le même Senesino, le rôle de sa vie, le contre-ténor allemand n'a pas la carrure vocale d'un Imperator.

    Plus mécanique qu'héroïque, la colorature est certes précise, mais elle défigure ce timbre plus très angélique qui ne retrouve qu'en de très rares instants sa splendeur passée : que de raideurs et de sons blancs pour quelques beaux trilles et surtout l'envoûtante messa di voce d'un Aure, deh, per pietà par ailleurs sans magie. Le rôle constitue, il est vrai, un défi quasi insurmontable pour un falsettiste.

    Certains ont néanmoins su s'y montrer crédibles, à l'instar du très jeune Franco Fagioli à Zurich en avril dernier, dont le tempérament explose littéralement en Ptolémée, qu'Irina Brook transforme en hybride de Zaza Napoli et John Galliano. Voix concentrée et vocalise calibrée, voici un vrai contre-ténor de théâtre, usant des ruptures de registres pour souligner la virilité complexée de cet effeminato amante.

    Le Sextus superbement épanoui d'Alice Coote

    Interprète fine et enjouée, timbre délicieusement rond et lumineux, Rosemary Joshua n'est pourtant pas à son meilleur sur la tessiture de Cléopâtre, qui la prive curieusement de souplesse, d'attaques souvent peu soignées, et n'atteignant pas systématiquement leur cible. Parfois un rien à l'étroit dans les tempi serrés de Christophe Rousset, la voix d'une insolente richesse d'Alice Coote s'épanouit superbement dans l'ardeur puérile de Sextus, formant avec la Cornélie habitée de Sonia Prina, dont la timbre tend de plus en plus à se résumer à un métal jugulaire, un duo bouleversant.

    Plus que le solide, mais parfois débraillé, Achillas de Mario Cassi, le Nirenus de Damien Guillon, privé de son air, révèle en quelques récitatifs une couleur attachante, qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler un certain Andreas Scholl, rare oasis dans ce Giulio Cesare relativement complet, mais décidément trop aride.

    Espérons donc que la maestria haendélienne de Christophe Rousset saura renouveler le miracle de Tamerlano dans les abîmes d'Ariodante en mars prochain.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 16/10/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Giulio Cesare de Haendel mise en scène par Irina Brook et sous la direction de Christophe Rousset au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Giulio Cesare in Egitto, opera seria en trois actes (1724)
    Livret de Nicola Francesco Haym, d'après Giacomo Francesco Bussani

    Les Talens Lyriques
    direction musicale : Christophe Rousset
    mise en scène : Irina Brook
    décors : Noëlle Ginefri
    costumes : Sylvie Martin-Hyszka
    chorégraphie : Cécile Bon
    éclairages : André Diot

    Avec : Andreas Scholl (Giulio Cesare), Rosemary Joshua (Cleopatra), Sonia Prina (Cornelia), Alice Coote (Sesto), Franco Fagioli (Tolomeo), Mario Cassi (Achilla), Damien Guillon (Nireno), Renaud Delaigue (Curio).
     



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