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CRITIQUES DE CONCERTS 20 janvier 2021

Concert de la Philharmonie de Munich sous la direction de Christian Thielemann au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.

Le chantre de la tradition

Pour ce premier concert √† Paris avec les M√ľnchner Philharmoniker dont il est le directeur musical depuis deux ans, Christian Thielemann n'a pas fait de cadeaux √† des Fran√ßais connus pour ne gu√®re l'aimer, en programmant deux auteurs typiquement germaniques qui ont rarement les faveurs des audiences latines. Et pourtant

 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 18/11/2006
Yannick MILLON
 



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  • Christian Thielemann n'a pas vraiment la cote de ce c√īt√©-ci du Rhin. R√©guli√®rement √©reint√© par la critique fran√ßaise, consid√©r√© par d'aucuns comme incapable de tenir une forme sonate dans un mouvement de symphonie, cet immense gaillard aux allures de g√©n√©ral prussien, au r√©pertoire franchement r√©actionnaire, qui affiche clairement son soutien √† Angela Merkl et plus g√©n√©ralement √† la droite allemande, n'a jamais engendr√© la sympathie chez les Fran√ßais.

    Le programme tr√®s tradition germanique propos√© ce soir au TCE ne risquait sans doute pas de d√©cider les ind√©cis, et c'est devant une salle tout juste aux trois quarts pleine que les M√ľnchner s'installent. Pourtant, de Pfitzner, Thielemann a retenu le meilleur, √† savoir Palestrina, chef-d'oeuvre de son auteur, qu'il avait fait red√©couvrir √† Covent Garden en 2001.

    Ce sont probablement les pr√©ludes des actes impairs o√Ļ l'expressivit√© op√®re le plus, en accablement, en chant douloureux des cordes. Avec cette stratification de la p√Ęte sonore, sur laquelle errent des fl√Ľtes qui exhalent un vent de m√©lancolie, et o√Ļ s'ins√®re sporadiquement une clarinette √† la longueur de souffle miraculeuse. Du grand art, et sans aucun doute le meilleur moyen de populariser un compositeur m√©connu et mal consid√©r√©.

    Vient ensuite Bruckner, base du répertoire des Munichois depuis toujours, que Thielemann avait d'ailleurs déjà choisi pour son concert d'intronisation à la tête de l'orchestre en 2004, à l'occasion d'une 5e symphonie en forme de sommet architectural, pas souriante pour un sou mais immense, marmoréenne, presque déshumanisée, laissant pourtant un Finale parmi les plus extraordinaires entendus de mémoire de brucknérien.

    Tant de grandeur abstraite peut-elle convenir √† la 7e symphonie, autrement plus lyrique ? Thielemann est de ces chefs qui font sentir d'embl√©e qu'ils savent parfaitement o√Ļ ils vont, et qui parviennent √† vous entra√ģner dans tous leurs p√©riples. D'un tempo tr√®s assis ¬Ė on n'osera parler de lenteur apr√®s Celibidache ¬Ė, d'un climat d√©j√† prenant dans le silence qui pr√©c√®de le premier tr√©molo des cordes, √©merge avec une superbe densit√© la longue courbe des violoncelles. Et instantan√©ment une conception diff√©rente de la 5e se fait jour, plus incarn√©e, moins monolithique, o√Ļ le geste invite en permanence les cordes √† chanter.

    Une gestique tout en économie de moyens

    Dans un legato somptueux que n'aurait pas reni√© un Karajan, le discours avance inexorablement, ponctu√© de transitions pos√©es sur des fins de mesures toujours √©tir√©es, avant d'atteindre son acm√© sur des crescendi monumentaux, dirig√©s avec une stup√©fiante √©conomie de la battue, l√† o√Ļ tant d'autres chefs sudoripares perdent une livre √† chaque climax.

    Cet art d'√©riger bloc sur bloc une cath√©drale sonore irrigue jusqu'√† l'intense d√©ploration du mouvement lent, dont le sommet est soulign√© par le traditionnel coup de cymbale lib√©rateur. La Philharmonie de Munich affiche une qualit√© de jeu aussi rare en France que la musique de Pfitzner, notamment dans des cuivres d'une glorieuse assurance et d'un rayonnement inou√Į, ne franchissant jamais la barri√®re de la saturation.

    Au bout du compte, seuls certains √©pisodes du Finale semblent r√©sister encore √† Thielemann, qui se compla√ģt sans doute par trop √† en √©craser le th√®me en octaves d√©j√† peu a√©rien par nature, √† en alourdir inutilement les contours. Mais paradoxalement, comme le dirait Loge aux g√©ants b√Ętisseurs du Walhalla, ¬ę pas une pierre ne branle dans l'√©difice ¬Ľ. Et face √† un interpr√®te qui parvient √† pareil embrasement cosmique dans la coda, on met ses r√©serves dans sa poche, avec un mouchoir lest√© par-dessus.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 18/11/2006
    Yannick MILLON

    Concert de la Philharmonie de Munich sous la direction de Christian Thielemann au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.
    Hans Pfitzner (1896-1949)
    Trois préludes à l'opéra Palestrina (1917)

    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n¬į 7 en mi majeur, A. 109 (1884)

    M√ľnchner Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann

     


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