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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Concert de la Philharmonie de Munich sous la direction de Christian Thielemann au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le chantre de la tradition

Pour ce premier concert à Paris avec les Münchner Philharmoniker dont il est le directeur musical depuis deux ans, Christian Thielemann n'a pas fait de cadeaux à des Français connus pour ne guère l'aimer, en programmant deux auteurs typiquement germaniques qui ont rarement les faveurs des audiences latines. Et pourtant

 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 18/11/2006
Yannick MILLON
 



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  • Christian Thielemann n'a pas vraiment la cote de ce côté-ci du Rhin. Régulièrement éreinté par la critique française, considéré par d'aucuns comme incapable de tenir une forme sonate dans un mouvement de symphonie, cet immense gaillard aux allures de général prussien, au répertoire franchement réactionnaire, qui affiche clairement son soutien à Angela Merkl et plus généralement à la droite allemande, n'a jamais engendré la sympathie chez les Français.

    Le programme très tradition germanique proposé ce soir au TCE ne risquait sans doute pas de décider les indécis, et c'est devant une salle tout juste aux trois quarts pleine que les Münchner s'installent. Pourtant, de Pfitzner, Thielemann a retenu le meilleur, à savoir Palestrina, chef-d'oeuvre de son auteur, qu'il avait fait redécouvrir à Covent Garden en 2001.

    Ce sont probablement les préludes des actes impairs où l'expressivité opère le plus, en accablement, en chant douloureux des cordes. Avec cette stratification de la pâte sonore, sur laquelle errent des flûtes qui exhalent un vent de mélancolie, et où s'insère sporadiquement une clarinette à la longueur de souffle miraculeuse. Du grand art, et sans aucun doute le meilleur moyen de populariser un compositeur méconnu et mal considéré.

    Vient ensuite Bruckner, base du répertoire des Munichois depuis toujours, que Thielemann avait d'ailleurs déjà choisi pour son concert d'intronisation à la tête de l'orchestre en 2004, à l'occasion d'une 5e symphonie en forme de sommet architectural, pas souriante pour un sou mais immense, marmoréenne, presque déshumanisée, laissant pourtant un Finale parmi les plus extraordinaires entendus de mémoire de brucknérien.

    Tant de grandeur abstraite peut-elle convenir à la 7e symphonie, autrement plus lyrique ? Thielemann est de ces chefs qui font sentir d'emblée qu'ils savent parfaitement où ils vont, et qui parviennent à vous entraîner dans tous leurs périples. D'un tempo très assis ? on n'osera parler de lenteur après Celibidache ?, d'un climat déjà prenant dans le silence qui précède le premier trémolo des cordes, émerge avec une superbe densité la longue courbe des violoncelles. Et instantanément une conception différente de la 5e se fait jour, plus incarnée, moins monolithique, où le geste invite en permanence les cordes à chanter.

    Une gestique tout en économie de moyens

    Dans un legato somptueux que n'aurait pas renié un Karajan, le discours avance inexorablement, ponctué de transitions posées sur des fins de mesures toujours étirées, avant d'atteindre son acmé sur des crescendi monumentaux, dirigés avec une stupéfiante économie de la battue, là où tant d'autres chefs sudoripares perdent une livre à chaque climax.

    Cet art d'ériger bloc sur bloc une cathédrale sonore irrigue jusqu'à l'intense déploration du mouvement lent, dont le sommet est souligné par le traditionnel coup de cymbale libérateur. La Philharmonie de Munich affiche une qualité de jeu aussi rare en France que la musique de Pfitzner, notamment dans des cuivres d'une glorieuse assurance et d'un rayonnement inouï, ne franchissant jamais la barrière de la saturation.

    Au bout du compte, seuls certains épisodes du Finale semblent résister encore à Thielemann, qui se complaît sans doute par trop à en écraser le thème en octaves déjà peu aérien par nature, à en alourdir inutilement les contours. Mais paradoxalement, comme le dirait Loge aux géants bâtisseurs du Walhalla, « pas une pierre ne branle dans l'édifice ». Et face à un interprète qui parvient à pareil embrasement cosmique dans la coda, on met ses réserves dans sa poche, avec un mouchoir lesté par-dessus.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 18/11/2006
    Yannick MILLON

    Concert de la Philharmonie de Munich sous la direction de Christian Thielemann au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Hans Pfitzner (1896-1949)
    Trois préludes à l'opéra Palestrina (1917)

    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n° 7 en mi majeur, A. 109 (1884)

    Münchner Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann

     


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