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CRITIQUES DE CONCERTS 04 juillet 2020

Nouvelle production des Noces de Figaro de Mozart mise en scène par Jean Liermier et sous la direction de Juraj Valcuha à l'Opéra de Lorraine.

Les Noces de Désiré
© Liermier

Si elle se réclame de la Règle du jeu de Jean Renoir, la nouvelle production des Noces de Figaro de l'Opéra national de Lorraine confiée à Jean Liermier évoque davantage Désiré de Sacha Guitry. Sous la baguette virtuose du jeune Juraj Valcuha, Patricia Petibon n'aurait d'ailleurs qu'un pas à franchir de Suzanne à Arletty.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 26/11/2006
Mehdi MAHDAVI
 



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  • La r√©f√©rence explicite du metteur en sc√®ne Jean Liermer pour cette nouvelle production des Noces de Figaro de Mozart pr√©sent√©e √† l'Op√©ra national de Lorraine est la R√®gle du jeu de Jean Renoir. Nous ne sommes donc plus pr√®s de S√©ville, √† l'or√©e de la r√©volution fran√ßaise, mais au Ch√Ęteau de la Colini√®re, alors que le monde s'appr√™te √† entrer en guerre pour la seconde fois. Pourtant, lorsque s'ouvre l'objectif de la cam√©ra sur une cuisine 1930 reconstitu√©e avec art par Philippe Miesch, c'est plut√īt D√©sir√© de Sacha Guitry qui vient √† l'esprit, o√Ļ Figaro, Suzanne, Marcelline et Bartolo auraient les traits de l'auteur et de ses acolytes Arletty, Pauline Carton et Saturnin Fabre.

    La transposition n'en est pas moins habile ¬Ė contourner l'√©cueil du jardin en situant le dernier acte dans une cave est m√™me une belle trouvaille ¬Ė, parfois r√©jouissante, mais strictement inoffensive, ce qui ne serait pas un d√©faut √† une √©poque o√Ļ la plupart des mises en sc√®ne n√©cessitent un d√©codeur si cette Folle journ√©e, o√Ļ les domestiques n'ont de cesse de d√©bouler sans pr√©avis dans les appartements de leurs ma√ģtres ¬Ė a-t-on jamais vu cuisinier et son marmiton p√©n√©trant dans la chambre d'une comtesse par la fen√™tre ? ¬Ė, ne mena√ßait d'y perdre son sel. Car plus d'une fois, les id√©es de Jean Liermier restent en friche ¬Ė comment la Comtesse peut-elle supporter la pr√©sence d'un li√®vre mort, troph√©e de chasse de son jaloux de mari, sur son lit, apr√®s avoir chant√© Porgi amor en serrant contre elle un adorable lapin en peluche ? ¬Ė, jusqu'√† ce troisi√®me acte qui, engonc√© dans un vestibule, tombe carr√©ment √† plat.

    De m√™me, la direction d'acteurs, aussi boulevardi√®re soit-elle, n'est souvent qu'√† peine esquiss√©e, soulignant les r√©flexes les plus maladroits des chanteurs. Et pourtant, que de ¬ę physiques du r√īle ¬Ľ ! Avec son vrai air de Jean Piat, Nicolas Cavallier, acteur et diseur toujours s√©millant, serait m√™me beau comme un comte. Mais malgr√© ses efforts pour chanter clair et jeune au premier acte, son Figaro renoue avec ses regrettables habitudes de basse en qu√™te de profondeur d√®s Se vuol ballare, s'interdisant tout legato dans un r√īle qui fait heureusement la part belle au chant syllabique. D'une prestance √©gale, Jean-Fran√ßois Lapointe exhibe des aigus ravageurs, mais son beau baryton s'√©panouit plus haut que celui du Comte.

    Une Suzanne aux multiples atouts

    De plus en plus souvent distribuée à des soubrettes montées en grade, la Comtesse bénéficie du grand soprano lyrique de Hiromi Omura, à qui font néanmoins défaut le frémissement de la ligne et cet indispensable soupçon de mélancolie dans le port et la diction. Gavroche joufflu, le Chérubin à la sa voix succulemment épicée de Diana Axentii est de ceux qui ont su s'attirer les faveurs de la cuisinière, tandis que Patricia Petibon n'a, pour sa première Suzanne, que des atouts : le timbre juste assez piquant, la tessiture idéalement apprivoisée, la caractérisation virtuose et variée, saupoudrée de ce charme un peu canaille qu'avait Arletty, et couronnée d'un Deh vieni, non tardar au ralenti funambulesque.

    Compl√©t√© par le Basilio presque trop bien chantant d'Avi Klemberg, malheureusement priv√© de son air, la Barberine au piani r√™veurs de Kathouna Gadelia, le Bartolo bonhomme de Marcos Fink, et l'impossible Marcelline d'Anna Steiger, qui n'a plus de voix que de poitrine, ce plateau √† l'√©quilibre fragile est men√© avec un entrain irr√©sistible et un r√©el sens de la fusion des timbres par le jeune chef slovaque Juraj Valcuha, qui peine toutefois √† ma√ģtriser les ensembles, notamment le Finale du II, √† la progression bouscul√©e, et celui du IV, o√Ļ la Comtesse arrive comme un cheveu sur la soupe.

    Si la journée ne fut donc pas tout à fait folle, cette baguette plus que prometteuse, le Chérubin potelé de Diana Axentii et la Suzanne éclatante de rousseur de Patricia Petibon auront du moins égayé la noce.




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 26/11/2006
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production des Noces de Figaro de Mozart mise en scène par Jean Liermier et sous la direction de Juraj Valcuha à l'Opéra de Lorraine.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Le Nozze di Figaro, opera buffa en quatre actes (1786)
    Livret de Lorenzo da Ponte d'après le Mariage de Figaro de Beaumarchais.

    Choeur de l'Opéra national de Lorraine
    Orchestre symphonique et lyrique de Nancy
    direction : Juraj Valcuha
    mise en scène : Jean Liermier
    dramaturgie : Jean Faravel
    décors : Philippe Miesch
    costumes : Werner Strub
    éclairages : Jean-Philippe Roy
    continuo : Anne-Catherine Bucher

    Avec :
    Jean-François Lapointe (Il Conte di Almaviva), Hiromi Omura (La Contessa di Almaviva), Nicolas Cavallier (Figaro), Patricia Petibon (Susanna), Diana Axentii (Cherubino), Anna Steiger (Marcellina), Marcos Fink (Bartolo), Avi Klemberg (Don Basilio), Simon Kang (Don Curzio), Jean Ségani (Antonio), Kathouna Gadelia (Barbarina), Anne-Claire Raineri et Pauline Yon (Due ragazze).

     



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