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CRITIQUES DE CONCERTS 26 octobre 2020

Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Paavo J√§rvi au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.

Le plein bonheur viennois
© Sheila Rock

C'est d√©j√† No√ęl au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es. Le temps d'un programme cent pour cent viennois, la battue incandescente de Paavo J√§rvi fait feu de tout bois dans des Mozart, Haydn et Schubert d'anthologie, g√©nialement servis par la griffe inimitable des Wiener Philharmoniker. Deux heures d'un bonheur sans nuages.
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 29/11/2006
Yannick MILLON
 



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  • Voil√† ce qu'on peut qualifier de d√©buts r√©ussis. Pour son premier concert √† la t√™te de la plus prestigieuse phalange autrichienne, le fulgurant Paavo J√§rvi aura frapp√© un grand coup. Sur le papier, on pouvait l√©gitimement s'interroger sur l'ad√©quation entre cette baguette volontaire et le classicisme viennois, surtout √† la t√™te d'une formation aux sonorit√©s aussi rondes et ductiles.

    Il aura fallu au chef estonien moins des deux accords initiaux de l'ouverture de la Fl√Ľte enchant√©e pour mettre tout le monde d'accord. √Ä Mozart, il apporte vigueur, sens de l'√©quilibre, et surtout un d√©tach√© impeccable, un bouillonnement int√©rieur qui ne souffrent aucune r√©serve. Et d√©j√† on peut se p√Ęmer devant les sonorit√©s des Viennois : ces timbales en peau, cette harmonie digne d'un orchestre √† l'ancienne, ce tapis de cordes lumineux et qui joue avec tout l'archet.

    Vient ensuite la 104e symphonie de Haydn, o√Ļ se confirme le petit quelque chose de George Szell entrevu dans Mozart, dans cette battue √† la rythmique imperturbable, aux contours tr√®s nets, avec la m√™me dimension pince-sans-rire qui fait mouche dans les touches d'esprit du compositeur, la m√™me pointe d'ironie caustique mais aussi les m√™mes attaques incisives. Sans duret√© aucune, J√§rvi d√©fend un Haydn motorique, √† la pointe s√®che, dont la mesure ne bronche pas.

    Après l'entracte, les soi-disant longueurs de la Grande symphonie de Schubert filent comme le vent, au gré d'une direction tout de flamme, d'une rigueur ne sombrant jamais dans la raideur. La sonorité de rêve des cors viennois ouvre tout l'espace nécessaire au reste de l'orchestre dans le portique introductif, relayée par ce hautbois coloré, pincé et très timbré qu'on n'entend qu'au sein des Wiener. Mais le luxe suprême, ce sont ces cordes denses, charnues et profondes, soulevées par la fièvre de la battue, qui se donnent sans jamais s'économiser, terminant dans le Finale sur des do graves martelés bien à la corde et raclant admirablement.

    Dans la mouvance toscaninienne

    Pour reprendre un vieil antagonisme, on est ici dans le sillon des toscaniniens, certainement par des furtwängleriens, de par cette rectitude rythmique imperturbable, sans ralentis dans les transitions, cet Andante très dramatisé, mais aussi ce feu, cette tension continue dans les volets extrêmes. Quel plaisir de voir ainsi couplée l'énergie d'un interprète à poigne avec les caractéristiques habituelles des Wiener Philharmoniker, dans une interprétation engagée, presque militante, loin d'un confort charmeur en soi mais souvent synonyme de routine, de ronron inoffensif !

    En bis, une Valse triste de Sibelius aux nuances infinit√©simales et √† l'emballement central fr√©n√©tique confirme la r√©ussite de cette rencontre au d√©part improbable, et sonne comme un petit cadeau de No√ęl suppl√©mentaire dans une soir√©e d√©j√† salu√©e par des cris d'enthousiasme √† l'issue du programme officiel.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 29/11/2006
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Paavo J√§rvi au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Zauberflöte, ouverture (1791)

    Joseph Haydn (1732-1809)
    Symphonie n¬į 104 en r√© majeur, ¬ę Londres ¬Ľ (1795)

    Franz Schubert (1797-1828)
    Symphonie n¬į 9 en ut majeur D. 944, ¬ę la Grande ¬Ľ (1826)

    Wiener Philharmoniker
    direction : Paavo Järvi

     


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