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CRITIQUES DE CONCERTS 11 décembre 2019

Oratorio de No√ęl de Bach sous la direction de William Christie √† la salle Pleyel, Paris.

Les pièges de Pleyel
© Ana Bloom / Virgin Classics

On adore la nouvelle salle Pleyel. √Ä juste titre. Mais il faudra sans doute aussi savoir en √©valuer un jour les limites. Les voix baroques y ont-elles vraiment leur place ? On est tout √† fait en droit de s'interroger apr√®s cet Oratorio de No√ęl par William Christie et ses Arts Florissants, par ailleurs brillamment d√©fendu.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 12/12/2006
Gérard MANNONI
 



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  • ¬Ćuvre ample et magnifique, l'Oratorio de No√ęl de Bach n'a pas l'√©clat th√©√Ętral des grandes Passions, mais son int√©riorit√©, la densit√© spirituelle de ses chorals, l'envol√©e de ses choeurs et le dessin de l'√©criture vocale des parties de solistes ont un charme alli√© √† une force sobre qui impressionnent et s√©duisent tout √† la fois. Le choeur des Arts Florissants est sorti grand vainqueur de l'√©preuve constitu√©e par l'int√©gration des ensembles baroques dans les grandes salles actuelles.

    C'est un probl√®me qu'il n'est pas politiquement correct de soulever, dans la mesure o√Ļ le public que ces ensembles attirent est si nombreux qu'on peut difficilement cantonner ces concerts dans des lieux qui leur correspondraient mieux mais qui, de toute mani√®re, ne seraient pas rentables. La situation est pour l'instant irr√©versible, mais ce n'est pas une raison pour ne pas en souligner les inconv√©nients. Ainsi donc, la partie chorale de l'Oratorio de No√ęl a sonn√© avec toute la pr√©sence et la couleur voulues, sous la baguette inspir√©e de William Christie, donnant relief, vie, tonicit√© √† aux admirables structures de cette musique.

    Du premier rang du premier balcon, place normalement id√©ale, la partie orchestrale parvient de mani√®re d√©j√† bien moins satisfaisante, permettant quand m√™me d'appr√©cier avec suffisamment de clart√© le travail effectu√© par Christie, l'approche du chef √©tant tr√®s judicieusement situ√©e au point d'√©quilibre exact de la partition entre m√©ditation et th√©√Ętralit√©, voyage int√©rieur et r√©cit biblique didactique, avec un tr√®s subtil soin du d√©tail parfois difficile √† discerner ici. Les interventions du violon solo, par exemple, paraissent perdues dans l'espace, et cela malgr√© les incontestables qualit√©s acoustiques du lieu test√©es avec d'autres types de formations.

    Voix inexistantes

    Quant aux solistes vocaux, il faut bien reconna√ģtre qu'√† l'exception de l'excellent baryton Markus Werba, aucun n'est √† sa place dans un lieu pareil, ce qui cause d√©s√©quilibre et frustration. Le contre-t√©nor Tim Mead a une tr√®s jolie voix et un style sans faille, mais des moyens inadapt√©s √† une salle de ce type. Voix plate, sans charme, portant mal, du t√©nor Marcel Beekman et pr√©sence bien trop fluette aussi du soprano de Marie Arnet. Quant √† Nicholas Watts, charg√© du r√īle important de l'√Čvang√©liste, il est insignifiant √† tous √©gards : son, expression, musicalit√©. Il est plus que probable que tous ces artistes auraient exist√© diff√©remment dans un lieu autre, peut-√™tre une √©glise ou une salle plus r√©duite.

    Ce type de considérations est très mal accepté, on le sait. Ceux qui les émettent sont le plus souvent soupçonnés d'agir avec les plus perverses arrière-pensées. Inutile pourtant de refuser d'affronter la vérité en acceptant sans discuter les affirmations que l'on assène à tort et à travers, pour des raisons souvent plus commerciales que musicales. N'oublions pas, toutes proportions gardées et en restant conscient des limites d'une telle comparaison, que le Palais des Congrès de la Porte Maillot, que l'on a renoncé finalement à utiliser autrement que sonorisé et pour des comédies musicales, fut à l'origine le havre de l'Orchestre de Paris et qu'on y donna même de la musique de chambre.

    Ceux qui s'insurgeaient contre cet état des choses étaient accusés de surdité et de ringardise. Essayons donc de garder la tête froide et les oreilles honnêtes. Pleyel est une salle superbe à l'acoustique quasi idéale pour les voix d'opéra et pour les vastes formations orchestrales. Est-elle idéale pour les baroqueux ? Posons la question. Tout le monde y gagnera, les salles de concert et même les ensembles baroques.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 12/12/2006
    Gérard MANNONI

    Oratorio de No√ęl de Bach sous la direction de William Christie √† la salle Pleyel, Paris.
    Johann-Sebastian Bach (1685-1750)
    Oratorio de No√ęl, BWV 248

    Nicholas Watts (l'√Čvang√©liste)
    Marie Arnet, soprano
    Tim Mead, contre-ténor
    Marcel Beekman, ténor
    Markus Werba, basse

    Choeur et Orchestre Les Arts Florissants
    direction : William Christie

     


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