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CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2019

Nouvelles productions de la Mort de Cl√©op√Ętre de Berlioz et de la Voix humaine de Poulenc dans la mise en sc√®ne de Mireille Delunsch et sous la direction de Kwam√© Ryan √† l'Op√©ra de Bordeaux.

La femme aux deux visages
© Guillaume Bonnaud

Regain de vitalit√© dans un Grand-Th√©√Ętre de Bordeaux sous le signe de la nouveaut√© : nouveau directeur musical, le Canadien Kwam√© Ryan ; nouvelle salle de concert qui ouvrira en 2008 ; et pour l'heure nouvelle production de la Voix Humaine de Poulenc avec les d√©buts de Mireille Delunsch √† la mise en sc√®ne.
 

Grand-Th√©√Ętre, Bordeaux
Le 16/01/2007
Nicole DUAULT
 



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  • Artiste au double visage de chanteuse et de metteur en sc√®ne, Mireille Delunsch est v√©ritablement deux femmes en une. Elle chante la cantate la Mort de Cl√©op√Ętre de Berlioz en pr√©lude √† la Voix humaine de Francis Poulenc. Reine d'√Čgypte et h√©ro√Įne anonyme de la Voix, ces deux femmes pourraient √™tre la m√™me. Toutes deux sont face √† une cassure, √† la solitude et au d√©sarroi. Toutes deux ne voient qu'une cons√©quence √† la brisure de l'√Ęme : le suicide.

    Cl√©op√Ętre a perdu le pouvoir et l'amour. Son charme jadis si efficace sur C√©sar puis Marc Antoine n'allume pas les feux d'Octave. La morsure du serpent an√©antira la vie de cette arri√®re-petite-fille d'√ąve. La femme du monde imagin√©e par Jean Cocteau et mise en musique par Francis Poulenc, frustr√©e dans son d√©sir, vit elle une agonie. Dans les deux r√īles, Mireille Delunsch fait montre d'une formidable intensit√© dramatique. Et dans sa d√©sesp√©rance, elle fait frissonner un public qui √† l'issue du dernier souffle de la Voix humaine, suspendu dans l'√©motion, laisse un instant avant d'applaudir.

    Le rapprochement bienvenu de ces deux oeuvres si diff√©rentes dans un m√™me programme, c'est Kwam√© Ryan qui en a eu l'id√©e. Pour ses d√©buts √† la t√™te de l'ONBA (Orchestre national Bordeaux Aquitaine) dans deux r√©alisations op√©ratiques, le chef canadien originaire de l'√ģle de Trinidad, pass√© par Cambridge et la f√©rule de Peter E√∂tv√∂s, para√ģt en totale symbiose avec sa formation. Dans l'acoustique lumineuse du Grand-Th√©√Ętre, les moindres d√©tails sont perceptibles.

    La mise en sc√®ne aboutie, imaginative, raffin√©e de Mireille Delunsch magnifie les deux ouvrages. Pour la Mort de Cl√©op√Ętre, la reine v√™tue d'or porte la coiffe au serpent de Pharaon. Elle se d√©tache sur un proscenium dont la toile de fond en triptyque reproduit le d√©cor du rideau de sc√®ne du th√©√Ętre. La musique de la cantate √©crite en 1829 par un Berlioz de 26 ans en perspective du Prix de Rome √©tonne par sa violence color√©e et son modernisme. On comprend presque que les examinateurs effray√©s par l'audace qui s'en d√©gage, deux ans apr√®s la mort de Beethoven, n'aient pas donn√© le prix √† Berlioz qui devrait attendre l'ann√©e suivante.

    Le rideau se baisse et se rouvre presque imm√©diatement. Cl√©op√Ętre se d√©tache sur un plateau noir ne laissant appara√ģtre qu'une loge d'artiste avec sa table de maquillage entour√©e d'ampoules lumineuses. Elle s'assied devant son miroir, enl√®ve sa coiffe et son manteau d'or. Elle appara√ģt en robe noire style ann√©es 1950 et lentement d√©maquille son visage du kh√īl et du henn√©. Peu √† peu s'entrevoient au centre de la sc√®ne une chambre d'h√ītel banale avec un lit, un fauteuil de cuir et une malle, o√Ļ dans un moment l'anonyme de Cocteau ira puiser les photos de son amour perdu. Le d√©cor s'illumine de n√©ons blancs qui clignoteront chaque fois que le t√©l√©phone sonnera. Peu √† peu derri√®re ce d√©cor, on aper√ßoit l'orchestre et son chef. En un instant, ils ont quitt√© la fosse pour se retrouver sur le plateau autour de l'h√©ro√Įne.

    Cette mise en scène sobre, dépouillée, Mireille Delunsch l'a réalisée avec un complice, André Weitz, scénographe habituel d'Olivier Py. Aucune surcharge, le chagrin et la douleur, le déchirement et l'abandon n'existent que par les intonations vocales de la cantatrice qui affirme fourmiller d'idées de mises en scène.

    Elle pense à des ouvrages du XIXe siècle, à Faust par exemple. En attendant une carrière nouvelle, la chanteuse sera prochainement à la Bastille Louise dans l'opéra éponyme de Gustave Charpentier et Elsa dans le Lohengrin de Wagner. Le dédoublement est sa vie, son habitude, sa richesse, elle qui avant de chanter commença par le piano, le saxophone, la musicologie et imaginait devenir styliste.




    Grand-Th√©√Ętre, Bordeaux
    Le 16/01/2007
    Nicole DUAULT

    Nouvelles productions de la Mort de Cl√©op√Ętre de Berlioz et de la Voix humaine de Poulenc dans la mise en sc√®ne de Mireille Delunsch et sous la direction de Kwam√© Ryan √† l'Op√©ra de Bordeaux.
    Hector Berlioz (1803-1869)
    La Mort de Cl√©op√Ętre, sc√®ne lyrique (1829)
    Mireille Delunsch (Cl√©op√Ętre)

    Francis Poulenc (1899-1963)
    La Voix humaine, tragédie lyrique en un acte (1959)
    Texte de Jean Cocteau
    Mireille Delunsch (Elle)

    Orchestre National Bordeaux Aquitaine
    direction : Kwamé Ryan
    mise en scène : Mireille Delunsch
    scénographie : Pierre-André Weitz

     


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