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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Récital du contre-ténor Max Emanuel Cencic à la salle Gaveau, Paris.

Éclosion d'un phénomène

À une époque pas si lointaine, qu'un contre-ténor chantât juste était exceptionnel, que son timbre n'écorchât pas les oreilles non averties tenait du miracle, qu'il ne trébuchât pas sur la colorature, et il était promu phénomène. À l'issue de son premier récital parisien, Max Emanuel Cencic apparaît comme le fruit le plus abouti de trente années de tâtonnements.
 

Salle Gaveau, Paris
Le 15/01/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Lorsque Max Emanuel Cencic entre sur la scène de la salle Gaveau pour son premier récital parisien, il sait avoir fort à faire pour conquérir le public. Ceux qui ont écouté ses disques, ornés de portraits pour le moins extravagants d'un artiste qui se veut touche à tout, s'attendent à voir, peut-être même plus qu'à entendre, un phénomène. Les autres ont, au mieux, entendu parler du nouveau contre-ténor qui monte. Et puis le flûtiste Luis Beduschi vient de mettre tout ce petit monde ? Gaveau, un des plus beaux lieux de musique de Paris, et sa programmation méritent décidément mieux que des demi-salles ? dans sa poche grâce à la superlative fluidité de son jeu dans la Sonate en trio op. V n° 3 d'Arcangelo Corelli.

    Costume cintré en taffetas vert, à peine agrémenté d'une broche rutilante, souliers indéniablement tendance, Cencic n'a pourtant d'une fashion victim que l'apparence. La démarche n'est en effet ni celle d'une pop star, ni de l'animal de cirque que d'aucuns attendaient. Timidement accroché à une feuille volante, à laquelle il n'a d'ailleurs que très rarement recours, soulignant à peine les circonvolutions de la ligne par quelques arabesques de la main, le contre-ténor débute son programme par la cantate Di queste ombrose selve d'Antonio Caldara.

    Incontestablement le choix de l'exigence, car cette pièce austère, presque aride, aux mélismes tortueux, qui le cantonne dans le tiers inférieur de son ambitus, n'est pas de celles qui séduisent immédiatement. Accompagné de musiciens individuellement excellents, mais qui se cherchent sans jamais vraiment se trouver, il peut y faire valoir ses qualités les plus fondamentales, celles-là mêmes auxquelles peu de contre-ténors peuvent prétendre.

    Un legato fascinant

    Le grave est décidément d'une beauté inouïe, certes pas tonitruant, mais toujours concentré, timbré, cuivré, et le musicien d'une absolue probité, ennemi de l'effet gratuit, faussement expressif qui viendrait pallier les défaillances de la ligne, car Cencic a su développer un belcantisme que l'on a longtemps cru interdit à sa catégorie vocale : legato fascinant, dynamique voluptueuse, vocalisation fluide, souffle infini, et surtout une parfaite fusion des registres. Un art du chant inestimable, mais sans doute trop intériorisé, chambriste, pour susciter le délire.

    D'autant que Luis Beduschi s'apprête à lui porter le coup de grâce avec Dix variations sur un menuet, qui plus est anonymes. Plus encore que par la démonstration de virtuosité, c'est par le supplément d'âme qu'il confère à cette pièce sans histoire grâce à la pureté d'une sonorité que pas le moindre souffle ne vient contrarier que le flûtiste se distingue. Et l'expression plus extravertie, plus virtuose de Mi palpita il cor de Haendel a beau laisser entrevoir les chatoyances du timbre du chanteur, d'une discipline vocale et musicale toujours limpide, le flûtiste sort vainqueur de la confrontation. Mais Cencic est loin, très loin, d'avoir dévoilé toutes ses armes.

    Les extravagances de Domenico Scarlatti, les écarts monstrueux de la cantate Qual pensier, qual ardire, ses brusques changements de caractère, finissent en effet par libérer l'instrument et le tempérament du contre-ténor, déployant des réserves de couleur, de souffle étonnantes qui le mettent sur un pied d'égalité avec les plus beaux mezzos féminins de l'époque, et une expression toujours juste et musicale, qui ne se hausse jamais du col. Mais le plus impressionnant est encore à venir, avec un Ombra mai fù, extrait de Serse de Haendel, d'une plénitude, d'une puissance proprement phénoménales, don ultime d'un artiste préférant à l'esbroufe l'épanouissement progressif d'une palette vocale et expressive d'une variété miraculeuse.

    Non, il ne manque décidément rien à Max Emanuel Cencic pour être une star !




    Salle Gaveau, Paris
    Le 15/01/2007
    Mehdi MAHDAVI

    Récital du contre-ténor Max Emanuel Cencic à la salle Gaveau, Paris.
    Arcangelo Corelli (1653-1713)
    Sonate en trio op. V n° 3 en fa majeur

    Antonio Caldara (ca. 1670-1736)
    Di queste ombrose selve

    Anonyme (XVIIIe siècle)
    Dix variations sur un menuet

    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Mi palpita il cor

    Domenico Scarlatti (1685-1757)
    Sonate en ré K. 277
    Fille, già più non parlo
    Qual pensier, qual ardire

    José Ferrer (1745-1815)
    Sonate en sol mineur

    Antonio Soler (1729-1783)
    Sonate en sol majeur

    Max Emanuel Cencic, contre-ténor

    Luis Beduschi, flûtes
    Ronaldo Lopes, théorbe
    Francesco Galliglioni, violoncelle
    Aline Zylberajch, clavecin

     


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