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CRITIQUES DE CONCERTS 06 décembre 2019

Betulia liberata de Mozart sous la direction de Nikolaus Harnoncourt à la salle Pleyel, Paris.

Gravité mozartienne
© Marco Borgreve / BMG

Rarissime à Paris, Harnoncourt était assuré de remplir la salle Pleyel malgré la programmation d'une Betulia liberata de Mozart d'ordinaire peu mobilisatrice. À la tête du Concentus Musicus, du Choeur Arnold Schoenberg et d'un très beau plateau, l'Autrichien exalte jusqu'à l'excès le tragique d'un oratorio de jeunesse qui n'a jamais revêtu pareille gravité.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 30/01/2007
Yannick MILLON
 



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  • S'il est un chef parmi ceux qu'on appelait autrefois les baroqueux qui sait se faire d√©sirer √† Paris, c'est bien Nikolaus Harnoncourt, si rare que chacune de ses apparitions fait figure d'√©v√©nement, m√™me avec des ouvrages aussi peu vendeurs que la Betulia liberata de Mozart. Command√© au jeune Wolfgang de quinze ans lors de son premier voyage en Italie, l'unique v√©ritable oratorio de sa production, narrant l'√©pisode biblique de Judith et Holopherne, comporte son lot de beaut√©s, largement exhum√©es l'ann√©e pass√©e.

    Harnoncourt, connu pour sa capacit√© √† d√©celer du malaise, du tragique dans tout ce qu'il touche ¬Ė jusque dans la Chauve-Souris de Johann Strauss ¬Ė, refuse ainsi √† la Betulia sa jeunesse, sa na√Įvet√©, sa d√©bauche de virtuosit√©, pour en faire un grand oratorio au souffle romantique, d'une solennit√©, d'une rigueur, d'une noirceur m√™me qui, d√©passant largement l'influence gluckiste, anticipe sur les grandes fresques religieuses du XIXe si√®cle.

    L'ouverture, lente, scand√©e avec s√©v√©rit√© par les cuivres en des accents impitoyables, laisse augurer de funestes pr√©sages pour le peuple assi√©g√©. L'approche du chef autrichien exalte autant les pages les plus r√©ussies, √©rig√©es au rang de chefs-d'oeuvre ¬Ė le sublime air avec choeur d'Ozias Piet√†, se irato sei ; le lamento de Chabris Ma qual virt√Ļ ¬Ė qu'elle prive la deuxi√®me partie, moins accomplie, de naturel et de fluidit√©, n'all√©geant gu√®re un ouvrage qui n'exigeait sans doute un soin rh√©torique aussi maniaque, surtout dans des r√©citatifs litt√©ralement diss√©qu√©s.

    Grandeur tragique

    Mais la grandeur tragique qui √©mane de l'interpr√©tation est assez irr√©sistible. Et alors qu'ils f√™tent ensemble le cinquanti√®me anniversaire de leur tout premier concert, le Concentus Musicus et Harnoncourt font montre √† chaque instant de leur complicit√©, de leur disposition √† faire corps. Hormis dans certaines introductions des airs o√Ļ la battue cherche son tempo, le rendu sonore est magistral, tout comme le choeur Arnold Schoenberg superbe de pl√©nitude m√™l√©e d'inqui√©tude.

    Le plateau r√©uni pour l'occasion, bien que plac√© derri√®re l'orchestre, l√† o√Ļ la projection des voix est la moins ais√©e, fait honneur √† cette lecture tourment√©e. L'Ozias de Jeremy Ovenden a l'agilit√© et l'√©toffe royale requises, une √©mission haut-plac√©e √† la Simoneau, un timbre clair et un rien nasal qui en font le t√©nor mozartien id√©al. Malgr√© une voix de plus en plus rentr√©e et un l√©ger assombrissement du timbre, Luba Orgon√°sov√° demeure une √©mouvante Amital, mod√®le de legato, d'homog√©n√©it√©, de ligne de souffle, et d√©tentrice de l'une des plus magnifiques messa di voce qui soient.

    Georg Zeppenfeld confirme en Achior un mat√©riau somptueux ¬Ė les graves naturels, la noblesse du timbre, l'√©galit√© de la voix ¬Ė et un chant aristocratique qui font merveille. Eva Liebau est un Chabris lumineux, aux magnifiques intentions ¬Ė la puret√© de tenues non vibr√©s sur toute la longueur ¬Ė et fait partie, aux c√īt√©s des Julia Kleiter et Sophie Karth√§user, de ces jeunes sopranos qui seront sans doute les grandes mozartiennes de demain.

    En d√©finitive, seule la Judith de Marijana Mijanovic ¬Ė dont on a coup√© ce soir le deuxi√®me air ¬Ė pose probl√®me, comme √† Salzbourg l'√©t√© dernier. Pourtant, l'√©mission, l'intonation paraissent plus stables, mais comment ne pas √™tre d√©rout√© par cette voix chaotique et fabriqu√©e sonnant comme celle d'un contre-t√©nor en bout de course et sortant d'un physique d'une maigreur effrayante ? Un petit surplus de componction pour cette Betulia liberata transform√©e en drame universel.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 30/01/2007
    Yannick MILLON

    Betulia liberata de Mozart sous la direction de Nikolaus Harnoncourt à la salle Pleyel, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Betulia liberata, azione sacra en deux parties (1771)
    Livret de Métastase

    Arnold Schoenberg Chor
    Concentus Musicus Wien
    direction : Nikolaus Harnoncourt
    préparation des choeurs : Erwin Ortner

    Avec :
    Jeremy Ovenden (Ozìa), Marijana Mijanovic (Giuditta), Luba Orgonásová (Amital), Georg Zeppenfeld (Achior), Eva Liebau (Cabri), Elisabeth von Magnus (Carmi).

     



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