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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Version de concert de Riccardo Primo, rè d'Inghilterra de Haendel sous la direction de Paul Goodwin au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

La deuxième vie de Riccardo
© Jan & Magda Bellen

Paul Goodwin

Malgré les tentatives de réhabilitation de Christophe Rousset et de Nicholas McGegan, Riccardo Primo, rè d'Inghilterra n'avait pas été joué depuis dix ans. Avocat des causes difficiles, Paul Goodwin tente, après Lotario en juin 2005, de redonner vie à cet opéra où le génie dramatique et musical de Haendel peine à transcender un livret définitivement maladroit.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 17/02/2007
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Il aura donc fallu attendre dix ans pour que Riccardo Primo, rè d'Inghilterra revoie le jour après les exhumations sans lendemain de Christophe Rousset, au concert et au disque, et de Nicholas McGegan, à la scène. Composé sur un livret médiocrement adapté d'Isacio Tiranno de Francesco Briani par Paolo Antonio Rolli, poète de talent, mais librettiste de mauvaise volonté, multipliant les situations incongrues, parfois même risibles, enchaînées avec une clarté toute relative, cet opéra fut surtout, à l'instar d'Alessandro, Admeto, Siroe et Tolomeo, le terrain de la rivalité entre Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni, dont il suffira de dire qu'elles en étaient venues aux mains lors de la création d'Astianatte de Bononcini, le 6 juin 1727, pour en mesurer l'ampleur.

    Principale cause de la faillite de la Royal Academy of Music à l'issue de la saison de 1728, cette rivalité n'en fut pas moins attisée par Haendel lui-même, qui s'appliquait à donner successivement le beau rôle à l'une ou l'autre prima donna. Dans Riccardo Primo, il échut à Francesca Cuzzoni, à travers la figure aimante et malmenée de Costanza, dont le compositeur soigna tout particulièrement les airs, d'une tonalité plaintive et délicate propre à exalter les qualités de la diva, la Bordoni se voyant cantonner dans le registre vigoureux de Pulcheria, certes flatteur pour sa vocalité agile et plus corsée.

    Quant au castrat Senesino, il dut se contenter d'un portrait de monarque générique, à la vocalise mécanique, mais suffisamment brillante pour rendre justice à son héroïsme vocal, glorifiant l'avènement de George II, couronné le 11 octobre 1727 au son des Anthems composés par Haendel, un mois avant la première de l'opéra, d'ailleurs remanié pour la circonstance.

    Ardeur héroïque

    De même que dans Lotario en juin 2005, Paul Goodwin, décidément l'avocat des causes difficiles, a confié le rôle-titre à Lawrence Zazzo. Malgré une émission de plus en plus hétérogène, entachée de passages de registres particulièrement abrupts, et une intonation fragilisée, le contre-ténor demeure l'un des interprètes les plus convaincants des primi uomoni haendéliens grâce à la vigueur de la vocalise, l'intensité de la projection, notamment dans les récitatifs, et l'ardeur héroïque de l'accent. Voix et projection plus égales, Tim Mead ne saurait pourtant prétendre à des rôles moins secondaires qu'Oronte, fade d'expression comme de timbre.

    Dentelle cousue de fils d'or, la Costanza délicate de timbre et de ligne de Nuria Rial trouverait sans doute une meilleure assise du son et du souffle, qui lui permettrait d'aller au bout de ses intentions, si elle ne dansait tant en chantant. À l'inverse, Geraldine McGreevy, dont la couleur corsée et la vocalité ample mais agile se révèlent idéales pour Pulcheria, et plus largement les emplois de Bordoni, s'épuise à restreindre son instrument pulpeux et sa palette expressive jusqu'à la placidité, comme pour ne pas se démarquer de sa rivale.

    Et si l'usure conduit David Wilson-Johnson à nasaliser, son éloquence et son legato cauteleux s'accordent parfaitement au tyrannique Isaccio, tandis que le rôle plus qu'anecdotique de Berardo peut se satisfaire de l'engorgement grisâtre de Curtis Streetman.

    Comme pour pallier les chutes de tension de la partition, particulièrement handicapée par un deuxième acte interminable, Paul Goodwin tente de varier le geste, phrasant tantôt large, tantôt martial, mais reçoit d'un Kammerorchester Basel peu endurant et aux bois problématiques une réponse plus mécanique qu'inspirée.

    Reste à savoir si le beau succès remporté par cette version de concert permettra à Riccardo Primo, rè d'Inghilterra de réapparaître avant dix ans.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 17/02/2007
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de Riccardo Primo, rè d'Inghilterra de Haendel sous la direction de Paul Goodwin au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Riccardo Primo, rè d'Inghilterra, opera seria en trois actes (1727)
    Livret de Paolo Antonio Rolli, d'après Isacio tiranno de Francesco Briani.

    Kammerorchester Basel
    direction : Paul Goodwin

    Avec :
    Lawrence Zazzo (Riccardo Primo), Geraldine McGreevy (Pulcheria), Nuria Rial (Costanza), Tim Mead (Oronte), Curtis Streetman (Berardo), David Wilson-Johnson (Isacio).

     



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