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CRITIQUES DE CONCERTS 16 août 2018

8e symphonie de Bruckner par les Wiener Philharmoniker sous la direction de Christian Thielemann au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Sur les cimes
© Kasskara / DG

Événement considérable que ce passage des Wiener Philharmoniker au Théâtre des Champs-Élysées, où Christian Thielemann triomphe sur toute la ligne dans une 8e symphonie de Bruckner d'une portée architecturale et expressive inouïes. À la tête de Viennois engagés comme jamais et parés d'atours qu'on croyait perdus, une expérience transcendante.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 17/03/2007
Yannick MILLON
 



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  • Il est des concerts dont on sort vidé, épuisé par la grandeur d'une exécution portant un chef-d'œuvre au faîte de son potentiel expressif. La venue des Wiener Philharmoniker et Christian Thielemann au Théâtre des Champs-Élysées ce samedi soir fait partie de ces moments d'exception, rencontre miraculeuse pour une 8e symphonie de Bruckner à marquer d'une pierre blanche. Déjà impressionnant dans la 7e avec les Münchner Philharmoniker en novembre dernier, Thielemann peut cette fois prétendre à une place dans le cercle restreint des grands chefs brucknériens de l'Histoire.

    Avec la foi des bâtisseurs de cathédrales et l'inébranlable conviction de la nécessité de perpétuer la tradition – jusque dans le recours à la contestable édition Haas –, il érige un véritable monument symphonique, reposant sur des tempi très assis mais jamais inertes, une largeur de sonorités ne rimant jamais avec emphase ou démonstrativité, un rubato subtil élevant Bruckner au rang de maître dans l'art des transitions, un sens de l'avancée au coeur de la lenteur, de l'arche par-delà les centaines de mesures, une tenue de la masse orchestrale qui suscitent l'admiration.

    Dans cette lecture où la trajectoire d'ensemble ne prend jamais le détail en défaut, où l'économie du geste ne contrecarre jamais un intense lyrisme, seule la relative pâleur de la coda du premier mouvement, sonnant comme un tutti de plus là où l'on attendait un véritable climax, privée de l'acmé de tension des trompettes et timbales, peut décevoir.

    Le balancement très contrôlé des pizz, le raffinement des harpes dans le trio du Scherzo annoncent un Adagio d'une portée cosmique, lentissime mais assumé jusqu'à la dernière double croche, semblant abolir les frontières du temps comme de l'espace dans une pulsation immuable, avec ce sentiment d'éternité dans la manière de faire naître et mourir chaque son, de dérouler des courbes mélodiques infinies. Suspendues à ce tactus hypnotique, les dissonances des contrebasses ouvrent alors d'insondables abîmes d'inquiétude que nulle prière des bois, nul silence ne viennent apaiser. L'expérience ultime du doute, de la petitesse de l'homme face à l'immensité de l'univers ; du vertige.

    Grandeur épique

    Les Wiener Philharmoniker, vivant dans leur chair cette musique dont ils ont toujours servi chaque fibre comme personne, retrouvent aussi au cours de cette heure et demie la densité sonore des dernières années de Karajan, ce legato, cette irrépressible coulée de cordes où chaque atome de matière est rempli à ras bord, ces cuivres imposants qui viennent ambrer le rayonnement du quatuor, ce sens de la grandeur épique qu'on croyait à jamais derrière nous.

    Tout aussi capables de revêtir ces atours que d'assumer le génial dégraissage d'un Harnoncourt, les Viennois savent décidément se plier à tout dans leur répertoire, même si le timbalier survolté Anton Mittermayr, désormais rompu aux baguettes dures préconisées par le fondateur du Concentus, doit réfréner dans un premier temps son ardeur naturelle pour se conformer au feutre plus souple exigé par Thielemann, avant de dominer le Finale de ses implacables martèlements.

    Quelques micro-imperfections dans la finition instrumentale n'y changeront rien, on évolue ce soir sur les cimes de l'interprétation brucknérienne.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 17/03/2007
    Yannick MILLON

    8e symphonie de Bruckner par les Wiener Philharmoniker sous la direction de Christian Thielemann au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n° 8 en ut mineur
    Version de 1890, édition Robert Haas

    Wiener Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann

     


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