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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Nouvelle production de Louise de Charpentier mise en scène par André Engel et sous la direction de Sylvain Cambreling à l'Opéra de Paris.

Louise entre enfin à l'Opéra
© Éric Mahoudeau

Quasiment aussi populaire que Faust et Carmen de par le monde, l'opéra de Gustave Charpentier n'avait jamais été donné à l'Opéra de Paris. Seul l'Opéra-Comique l'avait accueilli jusqu'au milieu des années 1960. Après la Juive, c'est une autre grande page du répertoire français qui entre enfin dans le XXIe siècle.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 27/03/2007
Gérard MANNONI
 



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  • Rôle fétiche de Mary Garden, Louise fut aussi au répertoire de certaines des plus grandes cantatrices du XXe siècle. Parmi elles, on trouve aussi bien Emmy Destinn que Geraldine Farrar, Fanny Heldy que Dorothy Kirsten ou encore Arlene Saunders, Suzanne Sarroca, Renée Fleming, et même Leonie Rysanek qui la chanta lors de la création munichoise sous la baguette de
    Hans Knappertsbusch ! D'ailleurs, parmi les chefs qui défendirent Louise figurent aussi de grands noms comme André Messager, Gustav Mahler, Sir Malcolm Sargent ou Louis Forestier. Les honneurs de l'Opéra Bastille étaient donc bien dus à cette héroïne annonciatrice de révolutions sociales et culturelles qui se sont effectivement déroulées au cours du XXe siècle.

    La thématique de l'oeuvre est en effet double : libération de la femme d'une part, ode au Paris des petites gens et des Bohèmes d'autre part. On peut reprocher au livret de traiter le sujet à gros traits, de manière un peu manichéenne, mais en 1900, mieux valait être clair si l'on voulait être révolutionnaire et dénoncer les abus des structures familiales et sociales héritées du XIXe siècle.

    Les parents de Louise sont la réplique de Giorgio Germont de la Traviata et le sacrifice qu'ils trouvent moral et normal d'exiger de leur fille est la copie conforme, aussi odieuse, de celui imposé à Violetta. L'univers des Bohèmes, contrairement à celui de Puccini qui n'est en parallèle avec aucun autre, est ici la contre-image d'un monde fait de principes liberticides et où un égoïsme bien pensant et bien intentionné tient lieu d'amour et de générosité. Grâce à la passion sincère du poète Julien, Louise va donc briser tous ces tabous
    et advienne que pourra, car on ne sait si elle ne finira pas comme Mimi ou Violetta.

    © Éric Mahoudeau

    En choisissant de situer l'action non en 1900 mais en 1930, André Engel la place dans la mouvance de la lutte sociale qui allait conduire au Front Populaire et la rapproche un peu de la sensibilité actuelle. Trente ans de plus dans le siècle ne représentent pas beaucoup pour la génération des années 1940 et 1950, même si le monde avait quand même largement changé après le conflit de 1914.

    Nettement figurative, la mise en scène, dans les beaux décors de Nicky Rieti, opte pour un Paris dont la nature est absente : austère immeuble genre logement social, station de métro Montmartre préférée aux traditionnelles images de la Butte, couronnement de la muse en un café concert aux banderoles de réunion électorale où fleurissent les drapeaux rouges et noirs tout comme les poings brandis. Et c'est sur les toits, en plein ciel, que Louise et Julien vivent leurs amours heureuses. Rien de choquant, même si certains regretteront la disparition des petits métiers de Paris qui chantent off, rideau baissé, comme pendant les intermèdes musicaux destinés à permettre les changements de décor.

    La forme du « roman musical » choisie par Charpentier implique en effet une certaine continuité assurée justement par ces intermèdes. De la cohérence donc, et la volonté de montrer un monde rude, cloisonné. Un regret pourtant, celui que la bande des Bohèmes, en fêtards du métropolitain, ne donne pas une image très attirante de la liberté qu'ils symbolisent. Le sage Julien y paraît à ce titre peu à sa place.

    Si le spectacle convainc dans son ensemble, grâce aussi aux éclairages très travaillés d'André Diot, c'est d'abord la direction musicale qui emporte l'adhésion. Suivi par un orchestre de l'Opéra décidément magistral, Sylvain Cambreling donne une formidable lecture de cette partition tout en finesse, en subtilité, en nuances. L'orchestration de Charpentier est ce qu'il y a de plus magnifique dans l'oeuvre, avec un sens des couleurs instrumentales certes héritée de Massenet, son professeur, mais aussi de Berlioz.


    © Éric Mahoudeau

    La partition demande une analyse extrêmement fine, une palette de nuances infinie, ce que Cambreling a su trouver, phrasant avec élégance, laissant chanter les pupitres ? et notamment la petite harmonie ?, aux moments adéquats, sans jamais tomber dans le sentimental ni le mélodramatique. Les tempi sont aussi justes que les choix dynamiques, et l'ensemble est porté par une inspiration permanente qui rend pleine justice à cette très belle musique.

    Avec la voix qui est la sienne, qui reste aujourd'hui de plus en plus difficile à situer et qui n'est sans doute pas celle du rôle, particulièrement dans un lieu de cette taille, Mireille Delunsch campe une Louise totalement crédible, émouvante, présente. Elle doit lutter pour dominer le dernier acte, passant souvent mal la rampe, ne rendant pas le texte vraiment intelligible, mais elle est Louise, incontestablement. Étrange artiste décidément, hors du commun, hors normes.

    Paul Groves est un bon Julien, qui chante avec vaillance et beaucoup de conviction. Jane Henschel incarne une mère effrayante d'agressivité, de roublardise et de méchanceté, mais parvient quand même à émouvoir quand elle vient rechercher sa fille, sans qu'on sache très bien si ce n'est pas à ce moment-là qu'elle est la plus détestable. Magistral de bout en bout, José van Dam est en outre le seul a rendre pleinement justice aux mots, dont pas une syllabe ne nous échappe. Le reste de la très abondante distribution est sans reproches, tant vocalement que théâtralement, et les choeurs sont magnifiques.

    Un succès sans tache était au rendez-vous. C'est justice, mais une fois de plus, la preuve est faite que lorsque le chef tient la partition à pareil niveau, le reste suit, forcément.




    Opéra Bastille, jusqu'au 19 avril




    Opéra Bastille, Paris
    Le 27/03/2007
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production de Louise de Charpentier mise en scène par André Engel et sous la direction de Sylvain Cambreling à l'Opéra de Paris.
    Gustave Charpentier (1860-1956)
    Louise, roman musical en quatre actes (1900)
    Livret du compositeur

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Sylvain Cambreling
    mise en scène : André Engel
    décors : Nicky Rieti
    costumes : Chantal de La Coste Messelière
    éclairages : André Diot
    préparation des choeurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Mireille Delunsch (Louise), Jane Henschel (la mère), Marie-Paule Dotti (Irma), Natacha Constantin (Camille), Anne Salvan (Gertrude / la première laitière / la glaneuse), Paul Groves (Julien), José van Dam (le père), Luca Lombardo (un noctambule / le pape des fous / le marchand d'habits), René Schirrer (un chiffonnier), François Bidault (le marchand de chiffons), Elisa Cenni (l'apprentie, la plieuse, une petite chiffonnière), Yun Jung Choi (Elise), Adriana Simon (Blanche), Letitia Singleton (Suzanne), Cornelia Oncioiu (Marguerite, la Reine de Paris), Daniela Encheva (Madeleine), Caroline Bibas (un apprenti), Nicolas Maris (un chansonnier), Bartlomiej Misiuda (un colleur d'affiches / le bricoleur / un gardien de la paix), Myoung-Chang Kwon (un bohème), Young-Min Oh (un peintre), Rodrigo Garcia (premier philosophe), David Fernandez-Gainza (deuxième philosophe), Shin Jae Kim (un jeune poète), Hyun-Jong Roh (un étudiant), Pascal Mesle (un sculpteur), Marie-Cécile Chevassus (la rempailleuse), Joumana El-Amiouni (la marchande d'artichauts), Fernando Velasquez (le marchand de carottes).

     



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